‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 4 sur 216 · VI HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

VI HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ

VOUS adresser mes remerctments pour un honneur dont je fus aussi flatté que surpris. Une vie entièrement consacrée à Fétude et à la science , un dévouement absolu à notre pays , à ses monuments et à son histoire m'auront sans aucun doute valu cette distinction. Tune des plus flatteuses qui aient honoré mon existence.

c Sur le point de descendre du piédestal où voire faveur m'a placé , je vous dois au moins quelques mots qui justifient le choix que vous avez fait. Je dois à la science qui nous unit un tribut d'hommages que j'aurais voulu rendre plus digne d'elle. Quand votre bienveillance s'est arrêtée sur moi , vous saviez à n'en pas douter qui vous choisissiez. Évidemment , c'est à l'explorateur du sol que nous hal>itous que vous avez donné votre voix ; c'est un archéologue souterrain que vous Vous êtes résignés à entendre : ne vous plaignez donc pas trop du sort qui vous arrive aiqourd'hui ; ne vous étonnez pas si je vous entretiens un moment de ce qui fait chaque jour l'objet de mes constantes méditations. La bouche parle toujours de l'abondance du cœur.

« Je n'aurai garde de vous conduire dans une bibliothèque , ce jardin des connaissances humaines où je suis par trop étranger; pour vous guider dans ce domaine de l'intelligence « vous avez parmi vous des maîtres incomparables. Encore moins vous introduirai-je dans un dépôt d'archives où la vie de chaque siècle est venue s'étager sur de poudreux rayons ; il est parmi vous des hommes qui savent faire parler à ce peuple de morts le langage de son temps et de son pays. Je ne vous conduirai pas non plus dans ces églises et ces abbayes du moyen-âge où s'écoula ma jeunesse archéologique : nous sommes ici dans une ville où chacun sait lire dans ces poèmes de pierre dont un des vOtres nous a depuis long-temps appris à pénétrer tous les secrets.

i Je me contenterais volontiers d'un rôle plus modeste ; et si vous consentiez à me suivre dans le dortoir des populations éteintes , je soulèverais devant vous la pierre du sépulcre pour vous montrer tout ce que la tombe renferme de lumières^ et tout ce qu'elle peut dire aux vivants qui l'interrogent selon la science.

« Je ferais alors poser et défiler devant vous les vieilles générations qui couvrirent le sol de notre Normandie et qui y dorment d'un sommeil plusieurs fois séculaire. Vous verriez sortir de sa grotte de pierre ou de son tertre de gazon le Celle et le Gaulois, armés de silex et de bronze, tout chargés de cojliers et de bracelets. Puis le Romain se soulèverait du fond de son urne ou de son sarcophage , encore p:ré de ses bijoux, de ses broches et de ses fibules, étalant autour de lui un luxe prodigieux de vases , de patères , de coupes , de lagèues et même de tonneaux en terre cuite. Enfin le Franc sortirait de sa fosse, drapé de ses vêtements , de ses boucles , de ses agrafes et de ses perles de verre , tout prêt à lancer sur Teunemi ses flèches , sa framée , sa hache et son angon , se couvrant de son bouclier et se protégeant de son couteau, de son sabre et de son épée. En un instant, et comme par enchantement, la tombe mettrait sous vos yeux tout l'ancien monde avec ses croyances , ses mœurs , son génie , ses arts et sa civilisation.

c Mais cette revue. Messieurs, nous mènerait bien loin pour le temps dont je

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