HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ. VU
puis disposer. J*ai donc cra devoir me limiter dans ce vaste champ de la mort. J'ai clierché et trouvé un sujet que j'ai cm digne de tout votre intérêt. Je me propose de rouvrir devant vous un tombeau dont la découverte fut le plus grand événement archéologique du XVII'. siècle, et sur lequel depuis un an toutes mes méditations et mes études se sont arrêtées • celui du fils de Mérovée, du père de Clovis , de Tun des fondateurs de la monarchie française , en un mot de Childéric I".
t C'est un travail étendu , considérable , que je vous promets , Messieurs , pour un avenir prochain. Aujourd'hui je veux seulement vous dire pourquoi et comment j'ai été amené à réviser cette tombe, sur laquelle il semblerait qu'après deux siècles tout doit avoir été dit.
f Le tombeau de Childéric est le plus ancien monument de la monarchie française et le point du départ de Tarchéologie franque. Déposé dans le sol de la Gaule , avec les racines mêmes de la monarchie , il est comme la pierre angulaire de la France historique et monumentale. Sorti de terre au XVIP. siècle , ce dépôt ne fut alors compris ni expliqué par personne. Toutefois le siècle qui le découvrit sans le comprendre • fut frappé de sa richesse et de sa beauté vraiment royales. On l'entoura d'honneurs ; on replaça pompeusement dans le palais des rois et des empereurs cette majesté ensevelie , véritable semence des royaumes et des dynasties modernes.
f En paraissant ainsi à la lumière et à la vie, ce tombeau n'avait prononcé qu'un seul mot « le nom du roi qu'il renfermait ; mais ce mot , recueilli avec respect , retentit bientôt d'un bout de l'Europe à l'autre. Des villes , des princes , des prélats, des rois, des empereurs se disputèrent ces reliques royales « jusqu'à ce qu'elles vinssent enfin s'abriter sous les voûtes du Louvre , dans la capitale même de l'empire qu'elles avaient fondé.
< La science aussi fut convoquée auprès de la tombe du roi mérovingien. Pendant deux ans elle déploya, par l'un de ses plus puissants organes, toutes les ressources dont elle pouvait disposer , pour interpréter ces débris du monde franc , devenus un mystère pour les descendants de ce grand peuple. Ce travail fut vain : les erreurs s'amoncelèrent sur le monument qu'il s'agissait d'expliquer. Il faut convenir aussi d'un point qui est tout à la charge du XVII*. siècle : tandis que les interprètes du passé s'occupaient .péniblement à reconstruire la Grèce et l'Italie , la France était à peu près dédaignée. Si quelques auteurs cloîtrés tentaient de ramener l'attention sur le moyen-âge , les monuments de l'antiquité nationale n'en étaient pas moins négligés par la masse des érudits.
« On avait perdu le fil des traditions historiques , et l'on peut dire que, de tous les monuments du passée la tombe de nos pères était devenue l'énigme la plus mystérieuse et le plus indéchiffrable hiéroglyphe. Pendant les deux siècles qui viennent de s'écouler, on a peu avancé dans cette vole. Quelques savants ont trouvé moyen de reconstituer les catacombes de Rome, les pyramides et les momies de FÉgypte, les hypogées et les columbarla de l'Italie ;' un voile épais a continué de couvrir la tombe des Francs et nos sépultures nationales.
VIII mSTOIRB DE LA SOCXÈtÉ*
< Noos demandons la permission d'exposer , en pen de mots , les principales erreurs de nos devanciers^ non sar la sépulture des Francs en général (cette branche de rarchéologie n'existait pas)^ mais sur la tombe de Cfaildéric en particulier. Cette esquisse sera comme le manifeste de mon œuvre et Fexposé des motifs qui me l'ont fait entreprendre.
c Mallieureusement aucun homme de science n'était présent à l'exhumation de Ghildéric CMflet, médecin d'Anvers, à qui on confia, pour les décrire, les objets qu'on y avait découverts , les reçut dans un état alTreux de désordre et de mutUation. JLes renseignements dont on accompagna la r^nise des pièces étaient complètement erronés. Avec ce peu d'éléments, le bon docteur se mit en devoir d'interpréter tous ces objets défigurés et vraiment incompréhensibles. Le seul flambeau qu'il approcha de ces ténèbres fut un bataillon de classiques grecs et latins, flanqués de quelques bagiographes et écrivains du Bas-Empire. Ces derniers étaient excellents , mais leur voix se trouvait étouffée par les Romains du bon temps. Chiflet n'en essaya pas moins d'interpréter le tombeau 4u chef barbare. Borace, Virgile et Ovide, Saiiuste, Tacite et Tite-Uve , étaient peu propres à. le diriger dans ce dédale. On comprend aisément que de pareils guides ne le conduisirent qu'à des hypothèses, à des erreurs, à des abîmes. Tout ce luxe de citations dans lequel il s'enveloppa, ce déluge de textes dont il inonda son livre » ne le plongèpciit que plus sûrement dans la nuit et le chaos.
ff Malgré ses défauts et ses ioqperfections , le livre de Chiflet est cependant précieux pour nous, précieux par la description, et surtout par le dessin d'objets dont les originaux sont aujourd'hui perdus. Le grand mérite de Chiflet , c'est sa conscience , son exactitude 5 sa bonne foi: ce qu'il dit des objets matériels me parait sincère et vrai ; dans la description je l'accepte , mais dans l'attribution je l'abandonne.
c Pour le temps où il vivait , sa méthode a quelque chose de scientifique. Il cherche dans les auteurs, et parfois dans les monuments qui sont à sa portée , des analogues aux choses découvertes. A coup sûr^ il n'était nullement préparé pour un travail si épineux et si compliqué. Aussi l'on doit s'étimner qu'en moins de deux années il ait pu produire un volume aussi rempli que le sien.
« Après tout , Chiflet manquait absolument des meilleurs textes en pareille matière , de monuments et d'analogues. Ces documents n'existaient pas alors ou du miÀm ils n'étaient ni recueillis, ni classés , ni connus, ni même soupçonnés. L'archéologie monumentale n'était pas encore créée. Quelques hommes la pressentaient , il est vrai , et bientôt Fabbé Lebœuf devait l'appliquer aux églises et aux objets du moyen-âge. Mais l'archéologie monumentale et comparative est une création de notre temps , et il ne faut pas demander au XYli*. siècle ce qu'il n'était pas capable de produhre.
t II ne faut donc point s'étonner des erreurs qui se sont glissées dans l'cenvre de Chiflet , et dont nous allons relever les plus graves.
« Chiflet considère la boule de cristal' comme un fébrifuge employé seulement dans la maladie ; la fibule passe chea lui pour un étui de style et son ardillon