‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 6 sur 216 · HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ. .IX · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ. .IX

est placé dans une main humaine comme un poinçon destiné à écrire; le coffret est regardé comme un secrétaire ou un dépôt de tablettes ; la bourse est méconnue et les deux têtes d'oiseaux qui en proviennent sont attribuées au cheval » ainsi que Tamulette royale , connue sous le nom de tête de bœuf. Chtflet recouvre le cheval de ces abeilles mérovingiennes devenues aujourd'hui les armes de TEmpire français ; il gratifie le pauvre animal d'une provision de boucles et de boutons , parures des vêtements et du ceinturon du roi.— Assez souvent les noms sont changés et les rôles méconnus. C'est ainsi qu'il appelle fibules les boucles et le bracelet^ et qu'il transforme l'aiguille en un ardillon de broche ; enfin, les vases, les clous, les pendants, l'attache et les fils d'or sont on omis, ou laissés à la merci du lecteur complètement désorienté.

« Qu'on ne croie pas que ces méprises soient particulières à Ghîflet, elles sont partagées par tous ceux qui l'ont suivi depuis deux siècles. Les PP. Lecointeet Ménestrier. Dom Mabillon lui-même ne trouvèrent rien à ajouter, rien à retrancher aux opinions et aux conjectures de l'érudit franco-espagnol. Le procès leur parut instruit et jugé pour toujours. Ce qui doit le plus surprendre, c'est que Montfaucon, l'auteur de YAniiquiié expliquée , n'ait pas trouvé dans l'élude des monuments romains , qui passèrent en si grande quantité sous son regard , quelques éclaircissements sur le véritable rôle d'une foule de pièces dont le type et la destination appartiennent autant à la Gaule romaine qu'à la France mérovingienne. Nais enfin ses yeux demeurèrent fermés* et par ses dessins, comme par son texte, il contribua beaucoup à propager et à perpétuer des erreurs qu'il avait aveuglément épousées.

c Dom Martin, l'abbé Dubos, Poutrain, Ribauld de La Chapelle , Biliardon- Sauvigny, dévoués exclusivement aux connaissances historiques qui se puisent dans les livres, n'étaient pas hommes à faire avancer la question.

« Un seul écrivain, au XVIII*. siècle, semblait capable d'y jeter quelque jour, c'était le comte de Caylus, auteur d'un Recueil (Vamiquités encore estimé aujourd'hui. Mais cet ardent promoteur de l'archéologie gallo-romaine ne s'arrêta pas à la sépulture de Ghildéric » et , à la mauière dont il traite certains monuments mérovingiens , on peut répondre qu'il eût échoué dans cette tâche.

« Frappé de tant d'obscurités , de lacunes et d'inexactitudes , le XIX^ siècle ne s'occupa guère du tombeau de Childéric que pour en contester l'attribulion et Tauthenticité. A l'exception de de Bast, modeste antiquaire flamand, humble et dernier écho de Poutrain et de Chiflet^ ses compatriotes, aucun écrivain sérieux ne consentit même à répéter les erreurs des âges précédents. C'est déjà un hommage à rendre à notre époque, qui devait créer la critique historique et inaugurer la véritable archéologie nationale.

« Quelques écrivains, quelques recueils ont mentionné çà et là le tombeau de Childéric et les objets qui en étaient sortis. Nous citerons, parmi les plus importants, le Moniteur (1] , le Magasin pittoresque^ (2) , la Revue numismatique, la Biographie

(4} Le Moniteur universel^ des 19 et 30 janvier 185S.

(9) Le Bingaâin pittoresque ^ t. XI^ p. 90, année 18^3; t. XIX, p. 271-37, année 1851.

X HISTOIAE DE LA SKHSiTÉ.

générale (1), le Trésor de Glypiiqm {2) , le Livre (S or des métiers (3); MAL Du Mersao, Lebas, Cbaboulllei, Ducbalais, Lenormant^ Joies Labarte, Daaban ei ValleC de Yiriville. Mais la plupart exprimaieot des doutes et laissaieut plaoer sor ce graod fait nalional les plus épais ooages.

< Afin d'arriver au bot si désiré de riuterprétalion sdentiâqoe , il fallait sortir de la voie battue; il fallait se tracer un sentier à travers la double nuit des siècles et des livres. L'interprétation du tombeau de Cbildéric était dans la terre« et jusqu'ici chacun était allé la chercher dans les livres. On la demandait à des textes imprimés ou manuscrits; on la cherchait sur des monnaies » sur des miniatures* sor des basreliefs , partout enfln où elle n'était pas.

« A coup sûr, les pages de Grégoire de Tours et de nos chroniqueurs francs, les miniatures des manuscrits carlovingiens» les types et les légendes des monnaies mérovingienneS) sont de précieux auxiliaires poor éclairer les recherches sépulcrales et l'étude des monuments souterrains ; mais seules et par elles-mêmes, ces sources sont impuissantes pour conduire au but désiré. Une seule chose était nécessaire pour élucider cette grave question^ la tombe. C'est à elle que nous nous sommes adressé ; c'est à la tombe des Francs , des Leudes et des soldats de la première dynastie que nous avons demandé le secret de la sépulture du fils de Mérovée ; c'est dans le cercueil des siigets que nous avons cherché l'explication de la tombe du roL

c C'est donc aux fouilles archéologiques* et surtout aux fouilles de cimetières» que je dois ridée de revenir sur le tombeau de Cbildéric, de le reconstruire pièce par pièce jusque dans ses moindres détails. J'ai pensé qu'à l'aide de la sépulture des Francs , sujets ou contemporahis de la dynastie mérovingienne , je pouvais nonseulement redresser les objets détournés de leur véritable sens, mais encore les montrer sous leur vrai jour et leur rendre leur rôle légitime. Il m'a semblé que j'étais suffisamment préparé pour dire à mes contemporains ce qu'ont ignoré les témoins mêmes de la découverte. Je pourrai non-seulement dire ce qu'était l'objet qu'ils n'ont pas compris , mais même indiquer la place qu'il occupait sur le corps du défuDt, le rôle qu'il jouait dans la tombe et celui qu'il avait rempli pendant la vie.

t Pour tout dire en deux mots, j'ai voulu ressusciter Childéric, le vêtir et l'armer de pied en cap, puis le remettre ainsi au milieu de ses soldats. J'ai voulu replacer sur son pavois le roi chevelu de Tournai, et l'entourer des fils de ces Saliens et de ces Sicambres qui l'acclamèrent autrefois dans les forêts de la Ganle.

t A tort ou à raison, il m'a semblé que plus de vingt fouilles pratiquées au sein

(i) Nouvelle Biographie générale , t. X, col. 800-30S.

(2) Trésor de Numiimatique et de Glyptique: sceaux des rois de France, > p. S, pi. L

(3) Paul Lacroii et Ferdinand Séré» Le Livre tCor det métier»: Histoire de Torfévrerie e( joaillerie, pi. III, fig. 1, 3, s, 4, p. 2i- Grand in-8s Paris, iS50.

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