‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 60 sur 216 · Si com il chéent, cil les swient · texte numérisé non relu

Si com il chéent, cil les swient

Et escaiers les entraînent — V. 6725.

Sur ces deux vers, évidemment fautifs et de rime et démesure, M. Le Prévost cite le nos. de Londres , qui a la variante : « les everainent t , et suppose que Wace a francisé le mot anglais over rtiit. Il y a trop peu de saxonismes dans notre poète pour autoriser cette supposition , car les citations qa*il bit de phrases saxonnes ne pourraient permettre de dire que son style est saxonisé. Enraite , la difficulté ne serait que reculée , car le premier v^*s manque d*un pied et la rime n'est pas observée. Il nous semble que la vraie leçon est indiquée : d*abord, par le temps dans lequel le poète raconte cette action , c'est-à-dire le passé , temps auquel sont tons les verbes qui précèdent et ceux qui suivent ; ensuite par la nécessité de donner huit pieds à chaque vers , et enfin par la rime en irent des vers

suivants , avec lesquels les deux vers en question formeraient quatrain. Alors , on pourrait lire :

Si caro U chéent y cil les swiirent , £t escniers les entrainirent

Ces deux passés sont encore du patois normand.

/lO. Malgier kl fu Glers ordenez ,

E puis Arceveske sacrez ,

Mult fest ke sage ki Dex sert Variante. Mnlt féist ke sa'me Dex sert.

Ni Tune ni l'autre de ces deux leçons ne parait satisfaisante à M. Le Prévost. On le conçoit bien de la dernière ; mais Fautre forme un sens complet et bien en rapport avec le fait dont elle est la conclusion , et pour ainsi -dire la morale : « Il ne fait que chose bien sage qui sert Dieu. • Ne faire que sage est une forme encore quelquefois usitée de nos jours : elle est dans La Fontaine , le plus roman des classiques français.

k\. Tant ke France orent passée >

Al fuer de cbescune cuntrée , Achatoent fuerre è viande. — V. 7338.

Al fuer^ traduit par au prix^ ce qui a peu de sens« doit être la forme primitive de « au fur et à mesure , > c'est-à-dire au fur et à mesure que l'expédition entrait dans une contrée , etc.

WL As Garesce , dient aaquanz.— V. 7771.

c C'est bien le vrai nom de ce ch&teau, situé au milieu de terres labourables, dans les environs de Dol. • M. Le Prévost a été induit en erreur ici par Tabbé des Thuilleries. Le vrai nom de ce château , aux marches de Normandie et non pas en Bretagne, est Charruel, selon G. de Jumièges « vocatur Garruel , seu Garrucas. » Il était , en effet , au milieu de terres labourables. Ses restes se voient sur une hauteur, dans la commune de Sacey , canton de Pontorson. La Chronique des Ducs de Normandie l'appelle Gharrues. Ge château était à plus de six lieues de Dol. Stapleton a aussi commis sur sa carte l'erreur de mettre Gherruel au-delà du Goisnon. Aux rectifications, M. Le Prévost, d'après M. de Gerville, a rétabli la vraie situation de cette forteresse.

SDR LE ROMilN DB ROU. 67

hZ. De la preie accoillir se peinent ,

Se veant vos o els l'en melnent— V. 7818.

c Si en votre présence ils réussissent » Réussissent n'a pas de rapport avec l'en meinent, c'est-à-dire emmènent le butin, la proie.

hU. Estannans è boens mariniers.^ V. 7913.

Esturman signifie pilote , littéralement Thomme du gouvernail , de Tislandais stiari, gouvernail ; il ne faut donc pas le traduire par maielots , mot qui d'ailleurs forme pléonasme avec mariniers.

U5. En vlez eslamier fa mudez.

Et en Pestraîn fu seul lessiez. -^ V. 8039.

Évidemment ici esiamier et estrain expriment une idée différente, et on ne, peut leur donner à tous deux le sens de paille. Ce sens ne convient qu'au mot bien connu d'étrain, stramen. L'autre dérive de slamen, d'où le français étamine et qui signifie étoffe. Un esiamier est encore aujourd'hui, en Basse-Normandie, un fabricant de bas; on dit encore bas-d'estamier.

U6. Herbergeours è pautoniers. — V. 81^7.

Un paatonler ke Dens roalvle.^ Y. SZlk.

Dans le premier cas, pautonnier est traduit par valet; dans le second , par misérable. Ailleurs il est encore traduit autrement. — Y. Roquefort.

Ul. Com à Seignenr U obéirent ,

Li novels chatels abatirent , A enviz è volentiers le servirent

Évidemment il manque ici un vers pour compléter le nombre pair, toujours observé dans Wace. Une note nous apprend qu'il y a dans le ms. de Duchesne le vers suivant :

Se mal pensèrent si encororent.

C'est le vers absent, si Ton rétablit la rime.

f Se mal pensèrent , û encorirent »

ft8. Partie fu ki ke Fen die ,

Mise à chescun en Tabele.

Ce dernier mot est embarrassant; mais dire que le poète l*a mis pour la rime , c'est oublier et sa grande facilité et la richesse de son idiome. Il faudrait plutôt y voir une mauvaise leçon , par exemple une altération de mesnie, et Ton obtiendrait un sens conforme à rhistoire; car il est positif que Guillaume donna une partie des biens de Grimout à Féglise de Bayeux , et l'autre à ses chevaliers,

U9. En Normandie velt passer »

£t en CosteoUn arlver.

A] port ke l'en claime Winçaot , Par mer alout la nef siglant

Il est évident que Winçant est un port de Picardie , c'est-à-dire ^i>sant > et non pas un port du Gotentin. Mais quel mot le copiste a-t-il pu mettre pour celui-ci ? Comme il s'agit certainement ici d'un porLde Gotentin, du côté des tles du Gotentin, aujourd'hui iles St-Marcouf, et que, snr toute la côte , il n'y a pas de localité en atU , il faut peut-être y mettre cette localité d'JMlant, signalée dans le ravage de Hasting sur ce littoral et dont le nom s'adapte parfaitement au vers ; on dirait même avec une rime plus riche , si notre poète et son époque eussent tenu à cela.

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