‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 79 sur 216 · SUR LE ROMAN DU MOM-S*. -MICHEL · texte numérisé non relu

SUR LE ROMAN DU MOM-S*. -MICHEL

Otrié unt cen qu'il rcquist .

Unques dangier nais ne l'en fist. — Y. 2580.

c'est-à-dire n'usa d'autorité.

Cruel lis ont , ce 11 sembla ,

E vie chose bien semblout— V. 2613.

Il y a la bonne leçon dans le ms. : Irie chose.

On sait que l'orthographe du moyen-Age s'adresse plus aux oreilles qu'aux yeux, et que c'est pour cette époque principalement qu'on a raison de dire que le son est la raison du sens et de l'étymologie. Or , il y a, y. 2630, une phrase inintelligible à cause d'un mot , veaus , que l'éditeur déclare ne pas comprendre. Elle deYient claire si veaus est écrit voz , mot avec lequel il sonne et qui est dans le Yers précédent , et si le mot se est changé en ^t adverbe sic , donneiz étant à l'impératif de cette manière :

Si vos voleiz , ^

Si veaus (voz) non trueves li donneiz Tant que as angles ait dreit fait  qui il a grament forfeit

Le mot adossez, y. 271 &, est assez commun en Yieux normand , dans le sens ^affaisser, coucher ;

Par lor loges s^aclassent. IL de Rou , p. 86.

et, d'après M. Pluquet, il s'emploie encore aujourd'hui dans les environs de Bayeux.

Le toit, du Y. 292/t : • Je vos ai tolz toz dis amée, > pourrait s'expliquer par totus; mais, comme cette forme n'est peut-être guère usitée , il est plus naturel de supposer que le copiste avait écrit toit pour toz et qu'il fallait aamée , adatnatam. Ainsi , on lirait :

Je vous al toz dis aamée.

La forme lennen, du v. 17&6, n'embarrasse que par la manière dont elle est écrite. Écrivez l'en en ( l'on en ) et la phrase se construit et s'enlend. ' M. Michel , en deux endroits , a signalé des lacunes dans ce poème , malheureusement trè&-mutilé; mais il y en avait une très-frappante à

signaler au v. 2871 , où manque presque toute la légende de la pierre miraculeuse, redite analytiquement , v. 3117.

Mesra, du v. 2412, est indubitablement pour mestra, mettra; et chanée, v. 3474, est une cruchée, le contenu d'une cane^ cruche, en normand et en anglais.

Vre , du vers 3023 :

SI a en haut sa voix levée Al ure Deu omnipotent.

semble être nre, abréviation de notre.

Noaudre ? du vers 3035 :

Que ne péusse plus pcchier N'aveir noaudre reprovier.

est pour non autre.

Escherdaus , v. 3220 , s'explique par le patois normand esquerde, carde, de carduus, c'est-à-dire revêtu de poils durs , et par le français écharde.

Repoint , v. 3576 , s'explique par un mot des riverains de la baie du Mont-St. -Michel : « la mer est à son point , » c'est-à-dire à son plus haut degré; ce mot dérive de repungere, poindre en arrière, qui marque en même temps le retour. C'est le français actuel reflux. « La mer est de grant repoint »

Il y a deux vers d'une interprétation diflScile dans les chants de la foule , lors de l'arrivée des reliques :

Qui plus ne seit si chante outrée ^ Et Dex aie ! u assusée.

M, Michel voit hurrah dans le mot outrée , ce qui est possible , quoique haro soit plus essentiellement normand ; mais il marque du signe de l'inconnu la fin du second vers. Je crois que le dernier mot représente le français guise , issu de visée, ou manière de voir, et qu'il faut lire : f u à sa visée , wisée, t c'est-à-dire que chacun chante à sa guise , ce qui est au moins le sens du contexte.

U y a un vers (3051) qui nous semble torturé, pour le sens et l'orthographe :

Dex I tant a ci lai [t] destorbier !

sua LE BOMAN DU llONT-S\-ilIGH£U 89

11 n'est pas besoin d'exclamation ni d'addition de lettre ; c'est tout simplement un épipbonème qui clôt la période ainsi :

Oex tant a ci lai [laissé] destorbier.

C'est, du reste, le seul endroit où la ponctuation m'ait semblé erronée. Ces critiques qui , pour une part du moins , ne pouvaient être faites que par des personnes de la localité même , n'ont d'autre but que d'aider à la pureté de l'interprétation d'un texte important à plusieurs points de vue et plein de charme pour nous et qui , tiré à un trop petit nombre d'exemplaires, aura probablement les honneurs d'une nouvelle édition.

Sox^* — Pour compléter \e% obserrations de nos savants coUègoes, MM. Eugène de Beaurepaire et Le Héncher , sur le Roman du Mont-SK-Miehel , nous croyons devoir renvoyer à quelques pages excellentes, insérées par M. Paulin Paris , dans le t. XXIII de V Histoire littéraire de la France , sur un manuscrit de ce poème , qui offre des variantes considérables et qui, de plus-, contient des passages qu'aucun autre texte connu ne présentait. Nos collègues n'ont pu tirer parti de ce précieux document , le volume qui le contient n'étant arrivé que fort tard , nous ne savons trop pourquoi , dans nos bibliothèques publiques. Que ce soit leur excuse et la nôtre auprès àe l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres , qui pourrait s'étonner , à juste titre , que nous ne connaissions pas mieux ses travaux quand elle veut bien ne pas ignorer les nôtres.

Caen, 18 janvier 1859.

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