LE CHATEAU DE GRÈVEGOSUR
Nicotai de Ledes et canonicis ibidem Deo servientibus guidguid paier meus in eleemosynam dederai. Un de ses descendants^ faisant à ces mêmes chanoines de plus amples concessions , s'adressait à eux dans les termes les plus bienveillants : Dilectis fralribus nosiris canonicis infra baroniam nostram de Crevecoer. Plus tard, Hamon de Crèvecceur confirmait, en les augmentant , les dons faits par ses aïeux : Omnes donationes atavi mei^ vel avi mei\ vel patris, vel aliquorum antecessorum confirmavimus caria nostra prœsenli, pro nobis et haredibus nostris.
Ces fondations pieuses , dont le Monastigon angliganuh retrace la longue série , n'avaient pas pour cause, comme cela arrivait parfois dans ces temps reculés , un besoin de tardive expiation , ou une superstitieuse crédulité ; il s'y révèle , au contraire , un doux et calme sentiment de foL Dès qu'une église était bâtie , dès qu'un monastère était fondé , la noble famille semblait se concerter et s'entendre pour l'entourer d'une sorte de prédilection : Sciatis me dédisse concessione et consilio Mathildis uxoris meœ et Atexandri fitii mei et aliàrum hœredum meorum, disait, dans une de ses chartes , un antre Robert de Grèvecœur ; n'était-ce pas une heureuse pensée que cette association du donateur, de sa femme et de ses héritiers ? Ceux-ci , bien loin de se plaindre » se trouvaient heureux de pouvoir, à leur tour, faire de nouvelles libéralités , et la bienfaisance, en se perpétuant, devenait ainsi dans cette maison une véritable tradition de famille.
C'est, tout poile à le croire, un de ces chevaliers nouvellement établis de l'autre côté du détroit qui reconstruisit, dans le XIP. siècle , son château de Grèvecœur-en-Auge. Je n'en voudrais pour témoignage que ce que je trouve écrit , à ce sujet , par un archéologue éminent dont le nom fait autorité (1) : Les barons gui s'étaient fixés en Angleterre n'avaient point abandonné leurs possessions continentales ; ils venaient souvent les voir et les habiter; beaucoup d'entre eux mirent une sorte d'orgueil à donner dans leur pays natal des preuves de leur prospérité en faisant construire leurs châteaux sur un nouveau plan.
Si à ces réflexions on ajoute que, sous le roi anglais Henri !"• » fondateur du donjon du château de Caen , l'architecture militaire prit un nouvel
(I) M. de Caumonti