‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 83 sur 216 · LE CHATEAU DE GRÈYECOBUR · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DE GRÈYECOBUR

essor ; qae Timpulsion fut la même sous le long règne d^Henri II , et qu'en 1203 la confiscation de la Normandie , prononcée par la Cour des Pairs de France , fut le signal du départ pour un grand nombre de riches familles , on demeure convaincu que ce fut dans cette première période de la domination anglaise, dans le siècle des chàteaux-forts, que les sires de Crèvecœur , enrichis par la conquête , durent reparaître en Normandie , faire reconstruire sur un nouveau plan leur manoir féodal, tracer cette double enceinte , creuser ces fossés profonds , élever cette ànotte et bâtir ce donjon colossal , monument de leur richesse et de leur puissance.

Vienne maintenant le XIIP. siècle avec son architecture moins sévère ^ ses colonnes groupées avec art , ses voûtes élancées , ses fenêtres en' lancettes, ses arcades aiguës; c'est là, comme on Ta dit, toute une révolution à laquelle n'a point assisté Tarchitecte de Crèvecœur quand elle s'est faite, le château était terminé.

Encore quelque temps, et la vie des sires de Grèvecceur-en-AUge va s'écouler sans retour dans leur patrie adoptive ; on ne les retrouve plus en Normandie, ou du moins aucun événement ne les signale dans l'histoire de la province. Il serait difficile de préciser l'époque où le château cessa de leur appartenir : pris par le duc de Clarence, en 1&17 , sur la fin du règne de Charles Y I (1 ) , repris trente ans après par le brave Dunois, il était devenu la propriété de la famille de Ferrières, lorsque , le 19 décembre 1522 , Claude de Montmorency , maître d'hôtel de François P'. , et lieutenant-général de la Marine^ épousa Anne d' Aumont qui , après lui avoir apporté plusieurs grandes terres , recueillit , à la mort de Françoise de Ferrières , sa mère , la baronnie de Thury-en-Normandie , et la châtellenie de Crèvecœur-en-Auge.

Le voilà donc entré dans le domaine des Montmorency , ce ch&teau déjà vieux de trois siècles ; il n'en sortira qu'à la chute de la monarchie , et durant le long espace de deux cent soixante-dix ans , l'illustre famille comptera toujours parmi ses membres un châtelain de Crèvecœur. Lorsque Henri III érigea en marquisat la baronnie de Thury , en faveur

(i) Bréquîgny, daus sa colleetioo, nous a donné les noms des eapilalnes anglais placés par Henri V , en 1&48 , dans les filles et les orteresses normandes ; le commandant du château de Crèrecœur se nommait »ir Thomaê Kyrkeley*

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de Pierre de Montmorency^ gentilbomme de sa Chambre, les lettrespatentes énoncèrent parmi ses titres celui de seigneur de Grèvecœur , et la veuve de François de Montmorency , mariant sa fille Marguerite au baron de Sache , en 1589 , rappela dans le contrat que son mari était ^ en son vivant , sire et châtelain de Grèvec«ur-en-Auge.

Le 25 juin 1598^ Henri lY écrivait aux habitants de Gaen : Nous avùM ordonné le sieur de Crèvecceur pour commander , sous l'un de nos fils y dans nos ville et château de Caen ; nous l'avons jugé digne de succéder , en cette charge , au feu sieur de La Vérune , nous assurant qu'il apportera le même soin et non moindre affection à votre conservation et repos , et s'acquittera fidèlement de cette charge avec autant de vigilance et prudence qu'il nous en a témoignées es autres qui lui ont été com^ mises (i).

Ce sieur de Grèvecœur n'était autre que Jacques de Montmorency , chevalier de T Ordre du Roi et capitaine de cinquante hommes d'armes , l'un des plus intrépides champions de la cause royale , en Normandie , dans les guerres de la Ligue. Déjà trois Montmorency l'avaient précédé dans le poste important où l'appelait la confiance du Roi , et le prince sous lequel il devait l'occuper était le chevalier de Vendôme , issu tout nouvellement de la belle Gabrielle, et qui se trouvait investi du commandement de la grande forteresse > à l'âge de deux mois.

Lors du voyage d'Henri lY et de Marie de Médicis à Gaen, au mois de septembre 1603 , le sieur de Grèvecœur , qui avait été d'abord fort bien accueilli par Leurs Majestés , à leur entrée au château , fut remplacé , quelques jours après , par Bernardin Gigault de Bellefonds.

H ne faut pas croire que le château de Grèvecœur fût une de ces propriétés , comme les grands seigneurs en avaient en province , qu'ils ne daignaient pas visiter , et qui servaient tout au plus de résidence à leurs intendants. Il est certain que les Montmorency l'ont habité, et un acte de partage, en date du 1". octobre 1559, passé entre les enfants de Claude de Montmorency, énonce que François, l'un d'eux, échanson ordinaire du Roi et châtelain de Grèvecœur-en-Auge > demeurait dans ce château , à l'époque du contrat.

M) Registre de THôtel-de-VilIc de Caen. Année 1598.

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