‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 85 sur 216 · LE CHATEAU DE GRÈVEGOBUB · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DE GRÈVEGOBUB

épitaphe; mais, après tout, un certain air de mauvaise humeur ne messied pas au panégyriste de Claude de Sainctes ; ce devait être un ligueur mécontent.

Une fois en possession du château de Crèvecoeur , les Montmorency continuèrent toujours d'en jouir. Un aveu du 28 septembre 1 760 , reçu par M% Lamperière, avocat au Parlement de Paris, postulant aux juridictions de St.-Pierre-sur-Dives et sénéchal de la châtellenie^ constate qu'elle appartenait alors à Charles-François de Montmorency, duc de Luxembourg ^ pair et maréchal de France.

À l'époque de la Révolution, le châtelain de Crèvecœur quitta la France, et sa terre fut confisquée; des affiches en précédèrent la vente ^ et le grand seigneur , dont naguère l'écu timbré d'une couronne de prince portait pour devise : Dieu ayde au premier baron ghri^tien , n'était plus que l'ex-citoyen Anne-Léon Montmorency, émigré. L'adjudication eut lieu, le 25 frimaire an III (15 décembre 179/i), par-devant les administrateurs du district de Pofit-Chaslier ; c'était le nom corrigé de la ville de Pont-fÉvêgue qui, comme tant d'autres, avait subi l'empire des circonstances. Il faut lire l'histoire des troubles de Lyon, en 1793, pour savoir ce que c'était que ce Chaslier , dont le nom fut imposé par le fanatisme politique , à des villes , à des rues , à des places publiques. C'est à la suite de cette adjudication que les démolitions furent commencées. Le nouveau propriétaire disposa des canons du doujoa en faveur de quelques villes peu éloignées (1), et les ornements trouvés dans la chapelle passèrent, quelques années après, dans une modeste église du voisinage.

Le château avait , comme on le voit , changé trop souvent de maîtres , et traversé des temps trop agités , pour qu'on pût croire que le renom de ses preux et l'ancienneté de sa bannière fussent sa seule richesse. Un jour, on répandit le bruit qu'il renfermait des trésors; on rappela que les Anglais l'avaient occupé et s'étaient vus inopinément contraints d'en sortir; on.parla des luttes sanglantes des catholiques et des protestants, des fureurs de la Ligue, des douleurs de l'Émigration; ce que les] possesseurs du château n'avaient pu emporter , n'avaient-ils pas dû l'enfouir? On assurait qu'en pays étranger il existait , à cet égard , des

(1) La commane de Crèrecœnr en possède trob , qui serTent babituellement dans les réjouissances puUiqttes.

Page 1