LE CHATEAU DE GRÈVECOEUR
indices nombreux. Des fouilles furent pratiquées sur plusieurs points ; elles furent long-temps infructueuses^ et on commençait à n'y plus compter lorsque , en 1856 , sur le sommet de la tourelle , au moment même où le propriétaire qui dirigeait les travaux venait de s'éloigner , un ^trésor fut découvert et devint la proie d'un ouvrier infidèle. Ce fait ne peut être mis en doute, car , en 1857, une Cour d'assises a appliqué à son auteur la peine du vol domestique.
De ce trésor si long-temps cherché , et précieux sous plus d'un rapport, le hasard n'a malheureusement détaché et sauvé du creuset qu'une seule pièce ; elle est en or et du temps de Louis XII ; sa belle conservation et la grandeur de son module font vivement regretter de ne pas posséder le reste.
Grâce au talent des architectes modernes , ou voit s'élever dans nos campagnes des habitations somptueuses oti la nature et l'art semblent épuiser leurs ressources. La commodité y est partout unie à l'élégance ; l'intérieur est distribué avec goût; les dehors sont aussi riches que variés, le site on ne peut mieux choisi. Eh bien! au milieu de tout cela, il manque encore une chose que toute la puissance de l'art ne saurait donner: c'est le charme pénétrant des souvenirs. N'en déplaise aux partisans outrés du positivisme, les satisfactions de l'âme sont bien pour quelque chose dans nos jouissances , et elles n'en sont assurément ni les moins douces , ni les moins profondes. Quel plaisir intime , en effet, ne goûtoiis-nous pas à visiter ces antiques demeures, ces châteaux d'autrefois, vénérables témoins d'un autre âge, retraites séculaires de plusieurs générations éteintes 7 Sans se rendre un compte exact du sentiment qu'on éprouve , on est heureux de les voir , plus heureux encore de les parcourir. Les personnages qui y ont vécu , les événements qui s'y sont passés , sont autant de sujets d'étude et de méditation. // me semble^ dit un célèbre écrivain, qu'une voix humaine sorte de la pierre, se fasse entendre à travers les siècles, et, s* adressant à l'homme^ lui dise que d'autres hommes, dans ces mimes lieux, ont senti, pensé et souffert comme lui.
Je borne ici cette notice , trop heureux , en la terminant , de me rencontrer avec un philosophe qui étudia de près la nature et nous apprit à l'aimer, avec le peintre gracieux de Paul et Virginie.
SUR