PAR M. DE BOYER DE SAINTE-SUZANNE
Membre titulaire de la Société.
Nous lisons dans une note du Rapport si consciencieux et si intéressant de M. Charma sur la découverte du Théâtre romain de Vieux : « Ou a quelquefois distingué le proscenium de la scène ; c'est que , trouvant dans le livre De architectura les mots proscenium , scena, pulpilum, on a voulu donner à chacun d'eux sa signification propre ; mais ces mots sont, à ce qu'il semble , employés indistinctement pour rendre la même idée et comme absolument synonymes ; de Bioul en a été surtout convaincu en voyant les ruines du théâtre d'Herculanum et dePompéi, où il a remarqué toutes les parties dont parle Vitruve, entr'autres le proscenium, sans en rencontrer aucune autre à laquelle on pût donner le nom de pulpilum ou de scena (1). > Cette opinion nous paraît contestable. Nous nous proposons de démontrer que les mots proscenium , scena \ pulpilum, ont chacun une signification spéciale et désignent les difTérentes parties , on pour mieux dire les différentes divisions du théâtre antique.
Le théâtre occupe une place importante dans la vie publique et privée des Romains. Les citoyens se réunissaient journellement au théâtre pour discuter les intérêts généraux de la cité, ou traiter de leurs affaires privées. Ils s'y rendaient les jours de fêtes pour assister aux spectacles donnés par les édiles.
(1) Voyei Biémtfireê de la Société de» Antiquaires de Normandie, t. XX, p. 472, note «.
1 i 8 OBSERVATIONS
Les spectacles, composés, suivant les circonstances, des jeux physiques (ludi équestres, gymnici), ou des jeux de Tesprit (ludi scenici, poetici, musici ) , étaient placés par les Romains au rang des solennités les plus importantes et les plus saintes. Ils faisaient partie du culte. On les célébrait pour apaiser le courroux des dieux ou mériter leurs faveurs. Si la patrie était en danger, on instituait des jeux pour conjurer Forage ; s'il survenait un événement heureux, si les armées victorieuses rentraient à Rome, chargées des dépouilles des vaincus , on donnait , pour en perpétuer le souvenir, des spectacles qui étaient mentionnés dans les actes publics ; on y marquait avec quelle pompe ils avaient été célébrés et quelle somme , à leur occasion , avait été dépensée.
Le théâtre , spécialement consacré aux jeux de Fesprit , était , après le temple , Fédiflce le plus important de la cité romaine ; de tous les monuments antiques, c'est celui qui nous donne Fidée la plus exacte des mœurs et de la civilisation du peuple-roi. Les études archéologiques reiatives^ au théâtre antique et les questions qu'elles soulèvent sont donc du plus grand intérêt ; c'est pour ce motif que nous avons cru devoir relever Fopinion indiquée ci-dessus et présenter à ce sujet quelques observations.
L'intérieur du théâtre romain se composait de deux parties principales : le lieu afifecté aux acteurs et la place occupée par les spectateurs. On appelait scène la première de ces deux parties; bâtons--nous d'ajouter , pour éviter toute confusion , que ce mot avait deux significations : dans le sens le plus étendu, il représentait , comme il vient d'être dit , le département des acteurs ; dans un sens plus restreint , il ne dési* gnait qu'une partie de ce tout.
En elTet , la scène ou le théâtre proprement dit se composait de quatre parties : 1". le pulpitutn; 2*. le proscenium; &\ la scène; 4*. le postscenium.
PuLPiTUM. — Les monuments qui nous restent ne peuvent donner anéun éclaircissement sur Fexistence et Femplacement du pulpitum ; on retrouve, il est vrai , en quelques endroits la scène et le pasiscenium dans ua* était plus ou moins satisfaisant de conservation ; mate off n'aperçoit plus mille part la moindre trace du proscenium et du pulpitum ; la raison en- est simple : le proscenium, bâti en bois, ne pouvait résister aux injures du temps comme les autres parties qui étaient construites en briques , en pierre et en marbre.