SUR LES CHASUBLES
ils farent martyrisés Tan 469 de J.-C* Saint Raven seuj, d'après Hermant , était entré dans la cléricature.
En lisant ce simple exposé , on a dû se demander déjà , s*il est possible que Tauteur du Cérémonial ait attribué à ces trois saints, dont deux très certainement n'étaient ni prêtres ni religieux , un ornement qui fut toujours, dansTË^ise, la marque distinctive du sacerdoce ou du moins des ordres sacrés.
Avant de répondre à cette question , lisons d'abord le texte dont nous aurons ensuite à chercher l'interprétation :
a Item sciendum est quod in omni festo duplici, cum duobus cappis,.... excepto temporali (sic) Adventus et temporali a Septuagesima usqiie ad Pascha, paratur altare majus textis.... et pulvinaribus , excepto festo B. R^noberti in Maio , in quo apponitur capsa ejusdem, et excepto festo B. Vigoris in quo paratur capsa majori. In festis autem duplicibus, cum quatuor cappis , quarum dus sunt de secundo stallo , paratur altare textis et CAPSA B*"™". Ravenni et Rasipbi, exceptis festivitatibus Natîvitatis B. Joannis , et translationibus S, Regnoberti , in quibus apponitur capsa ejusdem B. Regnoberti ; et excepto festo B. Pantaleopis in quo apponitur ejusdem capsa ; et excepta Annuntiatione B. Yirginis in qua capsa non apponitur nisi post Pascha celebretur. t
Il est évident que toute la difficulté roule sur le sens du mot capsa , répété six fois dans ce paragraphe. Est-^e, comme Ta cru M« Léchaudéd'Anisy, la chasuble des saints que l'on doit apporter devant ou sur l'autel (apponitur) ? Ne serait-ce point plutôt la châsse où ils reposent?
Tout le monde sait qu'en 1562 les protestants ravagèrent la cathédrale et s'emparèrent de quatre châsses précieuses où étaient déposées les reliques : l^ de saint Regnobert ; 2^ des saints Raven et Rasiph ; 3^ de saint Pantaléon ; li\ de saint Antonin. L'Angevin ne parle pas de la dernière ; il n'y a pas lieu d'en être surpris ; son manuscrit fut rédigé à la fin du XIII*. siècle, circa annum 1269. L'inventaire des joyaux, gapses, reliquaires, ornements, tentes, parements, livres et autres biens ^appartenant à l'église Notre-Dame de Bayeux fut dressé après le chapitre général l'an 1476. Or , voici comment s'exprime le texte de l'inventaire à l'égard de saint Antonin :
« En la tierce capsb ou fiertre , est clos et repose le corps du glorieux
DE SAINT RAYEN, SAIIST RASIPH ET SAINT PANTALÉON. 155
martyr Monsieur St Antonin , la quelle est de plus nouvelle et très*be]le façon. »
Cette châsse était nouvelle au XV% siècle ; elle n'existait doue pas lorsque F Angevin rédigea son Cérémonial.
Remarquons en passant le mot capse , traduction littérale du mot capsa , employé pour désigner les châsses.
Maintenant que Fou relise avec attention le texte cité plus haut , et Ton se convaincra sans peine que le mot capsa ne peut en aucune manière désigner la chasuble.
< Dans les fêtes doubles, dit le Cérémonial, que Ton célèbre avec quatre chapes, dont deux sont portées par les oflBciers du bas*chœur'(l], on pare Tautel avec des étoffes et avec la châsse de saint Raven et de saint Rasiph ; excepté aux fêtes de la Nativité de saint Jean , et de la Translation de saint Regnobert , dans lesquelles on apporte ( apponitur ) la châsse de ce bienheureux. »
Si je ne craignais d'insister outre mesure , je demanderais quelle est cette chasuble commune à saint Raven et à saint Rasiph , dont n'a jamais parlé aucun historien, La tradition rapporte que le corps de ' ces bienheureux fut enveloppé dans une peau de cerf, quand on les transporta de Macé^ à St-Ydast ^ et que ce fut dans cet état que les trouva Hugues II , évêque de Bayeux : 0$sa sanctorum cervino caria invotuia apparuerunu
Enfin , si le sens du mot eapm pouvait encore paraître douteux é quelqaes^ns , je les prierais de traduire avec moi la phrase qui termine, dans le Cérémonial, la dtalion donnée plus haut : < Et quotiens paratnr altare CAPSA MAJOHi , tenetur custos aceendere duos cereos in mijoribus candelabris* i Et toutes les fois que Cait orne F autel de la grande chasse , le couleur est tenu d'allumer deux cierges sur tes grands chandeliers.
Ce que nous avons dit de saint Pantaléon , de saint Raven et de saint Rasiph est applicable à saint Regnobert C'est donc sa châsse et non sa chasuble que l'on apportait sur l'autel les jours de fête qui lai sont con* sacrés.
(1) De seeundo stallo (ou forma). Ces mots sont opposés perpétuellement ft oeax*d : de stallo altiori ; les chanoines siégeaient dans les hautes-formes* et les chapelains occupaient le second rang.
SUR