INTRODUCTION. XIX
France : toatàTheure, ce matin encore , ne sortait-elle pas du cabinet du Roi son portefeuille à la main ; il était si beau , si gracieux le roi de La^felt et de Fontenoy I On lui passait la duchesse de Chateauroux, mais peu d'indulgence pour M^^ de Pompadour; quant à M*"^ du Barry , le prince de Ligne osait à peine la nommer pour mémoire. Nous fîmes à cette occasion un voyage à Chanteloup y et il fut décidé que si le duc de Choiseul , Ta mi intime de la princesse n'avait pas été chassé par la cabale du duc deLavauguyoD, qui faisait croire au roi (notez bien, le roi tout court !) que M. de Choiseul avait empoisonné le Dauphin , il serait encore à la tète des affaires et la révolution avortait; nous n'épargnâmes ni les gens de robe, ni les parlements^ ni surtout les encyclopédistes. 11 fut fort question d'un coup de panier donné , dit-on , par la duchesse de Grammont à M'^^duBarry, et qui lui valut ce mot du prince de Ligne : cr Voyez ce que c'est que « d'avoir un panier et pas de considération. » On blâma la petite maréchale (la maréchale de Mirepoix) d'avoir consenti, elle grande dame, à devenir la complaisante de toutes les maltresses du roi. Le maréchal de Richelieu aurait été reconnu parfaitement aimable , si seul à Versailles il n'avait gardé les talons rouges , l'air un peu guindé et les formules complimenteuses du dernière règne. On eut soin de me faire remarquer que le duc de Choiseul avait une merveilleuse manière à lui de porter son cordon bleu , qui consistai ta placer d'une certaine façon sa main dans sa veste en tr'ou verte.
Tout ce qu'il y avait de plus huppé à Versailles , toutes les grandes dames avec leurs belles robes traînantes et leurs paniers, leur rouge et leurs mouches ; tous les beaux jeunes gens poudrés, parfumés, pailletés, vinrent s'asseoir avec nous dans ce pauvre salon à demi barbare. C'était quelque chose de fascinateur et d'éblouissant qui ressemblait à l'acte