A')6 MEMOIRES
seul semblait toujours être en tête-à-tête. La publicité de cette liaison prouvait qu'il n'existaU plus de sentiment ^le la même nature entre Catbe-, rine et lui.
De son côté , cette princesse dissimulait peu son penchant pour un nouveau favori, M. Yermoloff; et, comme cependant le prince conservait le même crédit, et on pouvait presque dire le même empire sur l'esprit de sa souveraine , on croyait assez généralement qu'un lien secret d'un autre genre et plus indissolt^le l'unissait à elle.
La table où s'asseyaient pour souper les convives très nombreux du grand-écuyer, -ne pouvait convenir au prince Potemkin; aussi se £ûsait-il servir à part , dans un cabinet , un souper auquel il invitait cinq ou six personnes habituellement admises dans son intimité.
le ne tardai pas à être de ce nombre ; mais oe ne fut qu'au moment où nous nous fûmes dégagés tous deux des obstacles qu'opposaient à ce rapprochement, d'une part son habitude de manquer aux formes d'usage, et de l'autre le parti bien décidé que j'avais pris d'exiger tous les égards convenables au caractère dont j'étais revêtu.
Un jour, par exemple, il m'avait invité à un
ou SflUVEHIBS. 177
grand diner : tous les convives s'y rendirent, aiusi que moi, en habit paré, tandis que lui, saiis !>e gêner, nous reçut n'ayant pour vêtement qu'une redingote fourrée. Je ne parus pas m'en apercevoir, parce qu'à ma grande surprise, personne n«; s'en montra étonné.MaÎ5peudejoiirs après, l'ayant à mon tour invité à diner chez moi , je lui rendis la pareille, après avoir &it comprendre à mes convives bien choisis, la cause de ce manque dp , formalité.
Le prince jugea facilement le motif qui m<^ dictait cette conduite; aussi, depuis, il prit tmi' jours avec moi le ton que je devrais. Son carac' tére m'était connu : la condcscendanci; a m 01prices, tout en Uii plaisant, excitait w^iup«rrb*-« dédains , tandis que , tout en le gênant , nuf. résistance décente attirait son estime.
Avant un mois , la froideur que pPilr^nt^eait entre nous cette nécessité d'égards réciproque» v: dissipa , et cette glace se fondit UMit a crMjp. I.'n soir, se promenant avec moi dan^ I*» %p^rl*m*^*; de M. ^^arisch]un, je fis Irmiber la f;onv*:r«tiori sur deux sujets d'un iïenre tre» f>ppfM,nnï% q»i': je savais plus p-tipres qii»: Ujtis autr<r% 4 Uxn v.»i attention.
Te bii p-»rl9. l'al^ii-'l rt(-^ niMVfXUn "iti'l»^''>
^7*! MiMomis
de l'impératrice , des provinces méridionalefi dont le gouvernement lui était coufié, de la prospérité dont elles me semblaient susceptibles, et du noble dessein qu'on lui attribuait de rendre un jour 1« commerce du sud de l'empire aussi florissant qne celui du nord. Comme' c'était en effet alors uu des principaux objets de son ambition , il se lÎTrà avec tant de feu à cet entretien qu'il le prolongea plus que je ne l'espéraiB..
Ensuite , venant naturellement à parler de la mer Noire, de l'Archipel, de la Grèce, il ne nne fut pas difficile, en évitant toute question politique, de l'amener à son sujet favori, c'est-à-dire à la discussion des causes de la séparation des Églises grecque et latine; et alors, ro'entraînant dans un cabinet où il s'assit avec moi , il se complut à me déployer &a vaste érudition sur les antiques et fameux débats des papes et des patriarches , des conciles partiels et des conciles eecuméniques, enfin sur toutes ces querelles tantôt graves, tantôt ridicples, et trop souvent sanglantes , auxquelles l'aveugle esprit des peuplée s'était livré avec un tel fanatisme, que la chute même de l'empire grec et l'embrasement de Constautinople par les Turcs n'avaient pu les en distraire, et qu'elles éclataient encore au milieu du
carnage et au famit des ■or» é txatà à ^ h c»-
pitale.
Cette oonvcratioa fiit â Iob^bc, «pelle miami occupa une gnuMfe partie de h ■■!. D» cet matant le pniice,dont favaii smâ le faAIr. aealtia ne pouvoir presque plnt k- paHcr de ■ni. F^quemment il m'invitât à -wtaàt cnafartr avec la sur divers «^ijets, et le ph» iomest sr da Mémoires que lui adrenaîent quelques uéfoiîaBi français» tclativeioent ans «MBBmicaliBBs cm»merciales possibles et ntilcc à cbUîr entre Ka«» et Marseille.
Bésolu de banaîr toute oontnînte de nos entretiens, il m*écrivit un jour qa'il d uî r ji t ne parler de quelques albires, mais quD en éta^t empêché par des douleurs qui ne lu: pnmrttaï^Dt ni de se lever ni de s'habiller. Je lui répondis que . sans tarder, j'irais chez lui . et que je le priais de ne, se gêoer en aucune manière pour cette entFevuej*
En effets je le trouvai couché sur son lit, vét;i seulement d'une robe de chambre et d'un pantalon. Après m*avoîr adressé quelques excuses , il m^ dit, sans préambule : « Mou cher comte, je me » sens une vraie amitié pour vous; et, si vous en ■ avez aussi un peu pour moi , mettons de côt<-
aSo M^MOIBKS
» toute géoe, toute cérémonie, et vivons tous » deux en amis. »
Alors je m'assis familièranent sur le pied de son Ut, et je lut pris la main en lui disant : « Tj » consens de tout mon cœur, mon ch^ prince, n Une nouvelle connaissance exige des formes; a mais, une fois le mot d'amitié prononcé, il ne » peut plus rien exister en particulier de ce qui » gêne et de ce qui ennuie. »
L'intimité, la familiarité si imprévues, qui s'établissaient soudainement entre le principal ministre de Catherine et l'envoyé d'une cour contre laquelle ses préventions étaient connues, sujprirent étrangement tout le monde.
Le corps diplomatique, surtout, ne savait que penser d'un tel i-approcbement. L'inquiet et ardent comte de Goërtz s'efforçait vainement d'en deviner la cause et le but. En vain je lui dis franchement la vérité; il ne voulait pas me croire, ne pouvait se persuader que les chisme grec, et quelques*iÉÈiires de marchands , pussent être les objets ré^ de conférences si longues et si fréquentes; enfin il s'obstinait à penser qu'il était question de quelques négociations importantes , et contraïi-es aux intérêts de la Prusse, entre l'Autriche, la France Pt la Russie.
ou souTXKns. ï8ï
La siii|Mise et les conjectures de toits ceax qui cherchaient un mystère là où il n'en existait pas, s'accrurent bientôt rapidement
Le prince Potemkin avait probablenient communiqué k l'impératrice l'opinioo frrorable qu'il s'était &tte de moi. De jour en jour l'accueil que je reçus de cette princesse devint plus gracieux , plus aimable. La froideur de ses ministres à mon égard cessa; les courtisans les imitèrent; et, qiioiqa'an fond l'éloignement politique du cabinet de Pétersboui^ pour le nàtre restât le même , il était diffîâle que la société ne s'y trompât point , en voyant le ministre de France recherché, vanté^ fêté autant que l'avaient été, jusqu'à ce jour exclusivement , les représentons des cours amies , MM. de Cobentzel et Fitz-Herbert.
Je ne tardai pas à éprouver l'effet de ce changement de dispositions , d'abord pour quelques petites affaires, et ensuite pour de beaucoup plus importantes. Quelque temps avant mon arrivée en Russie , trois Français en avaient été brusquement chassés sans que le ministère en informât M. de La Colinîère, alors chargé d'affaires; il s'était plaint , comme il le devait , de ce manque d'égards, mais cependant avec ménagement, parce qu'il n'ignorait pas les justes motifs qui avaient
tSa X^HOIBES
dicté cet acte de rigueur. La répouee des ministres avait été vague et peu satisfaisante ; car alors, dans tontes les occasions , il semblait qu'on se fit un plaisir de nous désobliger.
Il est vrai que depuis très loog-temps on voyait abonder en Russie un grand nombre de Françai* peu recommandables, parmi lesquels se trouvaient même des femmes galantes, des aventuriers, des femmes de chambre , des domestiques , déguisant leur ancien état avec adresse , et leur ignorance sous les formes d'un langage assez poli ; mais on ne pouvait en accuser notre gonvernement :
tous ces gens-là , n'étant point recommandés, n'avaient d'autres papiers que des passe-ports , que nulle part on ne refuse aux personnes des classe* les plus inférieures, quand elles ne sont accusées d'aucun délit, et que, sous préteste de se livrer à quelques petites branches de commerce, elles ne sortent de leur pays que pour chercher ailleurs , par leur travail , des moyens d'existence.
Les Russes, auraient dû plutôt s'accuser euxmêmes de la facilité inconcevable avec laquelle ils accueillaient, dans leurs maisons, desindividiu dont aucune attestation recommandable ne leur garantissait les talens et la probité , et leur donnaient même des places tic conûance.
00 SOUTEHIIIS. t85
C'était nirtout une diose c plaisante, que de voir quels étrangec fi dans plusieurs nuisons & Pétenbooi^, et piincipaiement dans les provînces^on accepUit conuDC (»iïcAtVe/,c'est4-dire gouTemeun et gouTCnualcs d'enfans.
Lorsque parfois on s'apercevait de ces mépiûes, et qu'ils étaient renvoyés , emprisonné» ou ***""", ils se seraient eu vain adressés au ministre 6aaçais , qui ne prenait ou ne devait prendre anciM intérêt à eux.
Mais il n'en était pas de même des trots FnO' Çais qui venaient d'être récemmeut expulses: tous trois étaient des EuHnmes connus, recoouBaadé»,
et Vuu d'eux même , oeieu du duc de G. , avait
été présenté à la cour.
Un de ces Français, lurt vif et £wrt étourdi, avait, dans un mouvement de colère, iiHullé «t frappé un de ses compatriotes, qui •.'«! était Imssement vengé par une délation Ujul-n-ùàt étnn. gère à la qu«-elle , délation que Ibomme de qualité dont je vims de parler, avait «u b cotipaUe faiblesse de signer.
L'impératrice, informé*-, par le maître de police, de la violence de l'un de ce» élraiiiçerv it de la fausseté de la dénonciation *ig|)ée [>ar W deux
autres, a^tt ordonné qu'on les renvoyât tous trois hors de la Russie.
Cette décision sévère était juste, et je n'aurais rien trouvé à dire si on n'eût pas refusé hautaiuement à M. de La CoHnière de lui en expliquer les raotife. Je crus donc convenable de r^résenter aux ministres de Catherine TinconvaiaDce d'un pareil procédé, contraire aux égards récîproc[ues que se devaient nos deux cours pour maintenir l'harmonie qui existait entr'elles, et j'exigeai que la note qui contenait ma plainte, fut mise sous les yeux de l'impératrice.
Peu de jours après, cette princesse, me donnant une pleine satisfaction , ordonna au vice-diancelier de m' expliquer les raisons qui justifiaient sa rigueur, et de m'assurer que dorénavant on ne donnerait aucun ordre semblable sans m'en prévenir. En efifet, depuis ce moment, je n'eus qu'à me louer de l'exactitude avec laquelle l'assurance que je venais de recevoir fut réalisée.
A ce propos , pour donner une idée de l'imprudenceaveciaquelleleshahitansdePétersbourg, les plus hospitaliers du monde, recevaient sans examen les étrangers, je vais raconter une anecdote relative à un aventurier aussi adroit qu'effronté.
ou soDVKdins. a85
Ce hardi fripon avait pris, si ma mémoire ne me trompe pas, le nom de comte de yerneuil. Il paraissait assez riche, et voyageait depuis quelques années. Nayant point en d'abord, disait-il , le projet de venir en Russie , il n'était muni d'aucune lettre pour notre l^ation ; il n'en montrait que d'insignifiantes, supposées ou écrites à lui par quelques dames allonandes ou polonaises.
Comme il s'exprimait bien , avait de la grâce , racontait avec gatt^, chantait et s'accompagnait agréablement, il trouva moyen à Pétersboui^, ainsi qu'on me l'a raconté , d'être admis dans plusieurs brillantes sociétés.
. Pendant quelque temps tout lui réussit; ses succès allaient croissant ; mais bientôt on s'aperriit , dans une maison , de la disparition de quelques couverts; dans d'autres, de plusieurs montres; ailleurs, de tabatières et de bijoux précieux.
Comme c'était précisément dans toutes les maisons où le galant escroc venait habituellement, que ces différens objets disparaissaient successivement, les soupçons s'éveillèrent, se communiquèrent; notre homme fut dénoncé; on voulut l'arrêter, mais il était parti.
Or, il faut savoir qu'en Russie, dans ce pays
Ik
i86 MiuûniEa
soumis à un pouvoir absolu, on jouissait cependant d'une liberté refusée à beaucoup de nati<ms libres: ou n*y exigeait de passe-ports quauxfnmtièreSjpour entrer dansTempireou pour eu sortir: mais , tant qu'on restait sur cet immense territoire moscovite, chacan pouvait k son gré, sans être retardé ou arrêté, voyager librement depuis les bords de la mer Baltique jusqu'à ceux de la raav Noire, et depuis le Boryslhène et la Dwina jusqu'au fleuve Amour, qui sépare la Chine de (a Russie , et jusqu'au Kamtschatka. Seulement , lorsqu'on voulait se rendre de Pétersbàur^ dan» im pays étranger , il fallait demander huit jours d'avance un passe-port, afin que la demandç de ce passe-port , étant afïlchée, avertit les créanciers pour les garantir de toute sui^rise.
On conçoit bien qu'il était impossible au prétendu comte de remplir ces formalités. Aussi s'en passa-t-il; et, sans trop savoir comment il se tirerait d'affaire, il arriva sans aucun papier à la frontière. Là , il se fait descendre dans une auberge , sort à pied , se promène dans la ville , et se rend intrépidement obea le gouverneur. 11 se nomme et demande à lui parler.
Un valet de chambre lui dit que son excellence se lève, -s'habille, et le prie d'attendre. Au bout
ou lOUTEKntS. «87
de quelques minutes, le comte feint Tinipatienci» et la colère, ccie, jure, tempête contre l'impolitesse du iiDuremeur , et dit , dans les termes les plus injurieux, qu'il n'aurait pas quitté la Pologne s'il avait cru ne trouver en Russie qu'un peuple barbare, des valets insolens , et des gouverneurs de province sans éducation.
Le valet de chambre rentre précipitamment chez son excellence, l'informe de l'emportement de l'étranger, des injures qu'il lui prodigue. Le gouverneur , irrité, ordonne à ses gens de saisir l'insolent voyageur , de l'embarquer sur-le^hamp dans un lubitka et de le jeter hors de la frontière sur ce territoire polonais qu'il regrettait tant.
L'ordre est exécuté; mais, trois heures après, arrive, par un courrier, une dépêche de Pétersbourg qui ordonnait trop tard au gouverneur d'arrêter le subtil escroc.
Revenons à la politique. Je diercfaais activement , comme on nie l'avait ordonné , à m'assorer des vues réelles du gouvernement russe relativement aux aiTaires qui alors intéressaient le plus notre cour.
Tout ce que m'avait dit M. de Stackelberg à Varscie v- 'ftr\ftrtna-'- dp Tviint <n point , et ce
«88 M]£»oiSES
qui me revenait par les voies les plus sûres de différens côtés, me prouvait que. l'impératrice, malgré l'intérêt apparent qu'elle avait paru prendre à l'échange proposé de la Bavière , était loin de désirer pour l'Autriche un agrandissement qui l'empêclierait elle-même d'obtenir dans l'empire germanique l'influence qu'elle souhaitait.
Il n'en était pas de même de la querelle existante entre Joseph II et la Hollande : le prince Potemkin désirait sa prolongation, parce qu'il' espérait qu'elle lui donnerait les moyens de réaliser ses projets de conquêtes en Turquie, prévoyant avec raison que la France , une fois en guerre avec l'empereur, ne pourrait plus s'opposer aux vues ambitieuses de Catherine sur l'Orient.
Bientôt on apprit que par ses ordres on armait , dans les ports de la mer Noire, cinq vaisseaux de ligne et dix-huit frégates. Cette princesse commençait à prendre quelque humeur contre les Anglais ; le cabinet britannique n'entrait pas dans son système politique, comme elle l'avait espéré; M. Pilt montrait personnellement de fortes préventions contr'elle; il n'était point diq>osé à souffrir la domination d'une grande piùssahce maritime dans le Levant ; et d'ailleurs l'impératrice, par sa proclamation des principes de la
ov soivrMi:'.. >V-
neutralité année , avait jeté d«s semmct*^ de û:~ corde entre l'AD^lrterre rt i» Musif.
Déjà les Aocrlv» mimiiestxieut isi craun*- d* upas conserrer les privilee» de '.ttnniierc*^ q-mi* ils jouissaient f^diHiittsn^îjt tiiiiif .'*tii;i" -it-v Pour éloigner cf diâUt'W , îe niuiLHirt (' -.iicfi""" redoublait d'activité; 1»» wnii^ -ifi- li-i'"'':.-.!; de cette natiou . pr-Klif uttijt tî uu '.mi* t«^ i»*-«*nji, les actes de c»ui^>iiiiSfaLic:» . irMi;'a.»n.- i»- lu'i'.»-! de faire gros^r aP-1*"r^yu'ï i»-^ ia:*i*Mii'î t'»-i. |K>rtatioii et d'att*-iju^.- î»".:i c' i!n:»'>'-^-iti. 'j m autre cûté. ils iD*Tii»'-Kt»a.: i-* ::• lu- v.*^*- •*- ,.- u». goctans russes. diCt^ j* 's^i'i-- ■.•! :<-.tr.iiii'*"iii' •*rif-, inquiétude^', df riWfL-ir «ur^ -■>--a-..'.iij' i' 'j> laiâserainsisairt à^-Vo'JU^ »*■' :>— jau'.r-.-m -i»-»^.
Le comm'Ti'- uimm:: '■'-• ' ■■•■■ '.t'j<*-ii#^-' vvenu â IVîtTïiixjurg ui»* •'.(rji!i* t "Wjv^'ji' .>-. commen^aiji d*' t*r;*- ïrk'i-.r; . :^' •*',■■•• .*-j**-'i»^h- Piirichis par l»rur :;»qih?j-'* !«•"■•• ;j<' .«rj*- ri*. I>iles spéculatirjtrt . «^ ^►-•r.o'-. :«»• ^ u>i'>">)' constant*- d^ leur e'-"'-'*»-!!*-»!*-!;' i-j . «■> i ' >• •• a\eiJi;lé par df» ii***:;' •■• -■ jr- ■•-; . i>» ;■•*-,', ;,j--.
p^iUr STljde *1 -.''J-J' l/J' V .* ':V.->- j;.-i,.-,.
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290 iréiroiRBS
Unis par un intérêt comman, ils avaient des assemblées régulières , des syndics , de sagef régiemens , et en toute occasion se secouraient ma* tuellemâit; ils réglaient d'accord les opénftioiis générales de Tannée^ fixaient le prix des jatmrchandises et presque le cours du change ; depliis ils accordaient aux Russes dix-huit mois de crédit pour tout ce qu'ils leur Tendaient, et leur payaient comptant les chanvres, les mâtures, les sui6, les cires et les cuirs qu'ils leur achetaient.
Telle était la puissance que je devais combattre dans un pays où nous n'avions que quelques négocians isolés et une seule forte maison , fiâié de Raimbert , dont l'habileté laborieuse résitfàit péniblement à des attaques et à des entraves de tout genre.
Les Russes croyaient ne pouvoir se passer des Anglais pour consommer leurs productions , et trouvaient peu d'avantages dans des relations commerciales avec la France qui , leur achetant peu , leur vendait beaucoup et cher.
Voulant profiter de la suspension des achats de chanvres de nos rivaux , suspension qu'ils annonçaient dans le dessein d'effrayer la Russie, j'écrivis à nos ministres pour les engager à finre des demandes un peu considérables d'approvi-
oc soniyiiA. ii;
sionnemras; mais oo De anTH tx ax^S. 7-^ i^blement «t tardivenirat.
Les négociant de la ïlzot y^ajàt itjza i-r-i^ qnaient cbez Rous-memn ; Jtw» 'jcr^ :tÉ*i>f^.j»^ séduisaient d» nuiM>L^» à* >i;.i-î ■••: i- *,■..-. deaux, qui. effray*** <ie* d'£t;--„î*> > ^ :;i - gation et de celi* des ô'.-.jtMa . i-LA-i'«:r— -: 1-» Anglais et les UoliiLds.;. >r :r,^rL»ï iijs otm-r-a en Kussie sur Uurî ia.<rM4iui-
Koiis founiiisk-rj: jr-*--'^ v;ï -jf. •s^U-"^ 'jt café, de sucre et ■-'■■ ■■*:>*. ■^■k..?. ; i.r :: 'iVr ttt notre insoucîarice . .*-• -TM.»r"-i- iol:; «a-iï^aiiune partie de et Zi-- T>i- :y>.ii ■-■jj->iyi't ii.r» nous-mêmes *l *ii ti;.- - » .-îi^a •.ti»i- i'.^:i ..ii* foute de matelots oi»^j'j;.*-r .i"*-^ ■--.■■.-.•* tij.r. Ce commerce J*"jr '^'.-v-jpt ; t^: j^-i'-j.*-: : ■i*-Li mille navires, taùd.s -::,»:<** ^vr; -• .< r .!Vj,* jijt voyaient habitiieii^-a.-^.: *■:,•■*- i.-;i ,■:•,■• tj'jt.i.'-ï qu'une vui^taioe de n*»..'-- rri.'j's.i.
Les avantages d*r c«;> jxj?v*.-, r'-rj-lii*-,- .' -, -. gleterre souvent î. fi^='ii:rj: . ■^■j* ,'• vjv-*.<: v. vronzoff en montrât '^j*nq'>e .-, ...vj»-.' . ^-j.-v'-.ri propos qui lui é*iiaj/j*^*-t.r rt* ,' .■j'j»'.-\i#.'-i-^ mais trop de liem lun-.u.'ri.x "j-vv'»- . i-yr--. ï d'autres ciroastaiic«s [*OL,r ikitii^j >*r: i </ '^ point.
agi ME3I01RES
Il m'était plus facile d'nborder à cet égard le prince Potemkin, dont les Anglais contrariaient ouvertement les vues relativement au commerce qu'il voulait établir entre Rerson et Marseille.
Chaque jour rimpératrice me traitait de mieux en mieux. : dans un grand bal chez le maréchal Razoumowki , après m'avoir admis à sa partie , elle me parla long-temps et me montra une bienveillance particulière.
Ainsi encouragé et marchant avec plus d'assurance, je me pl'>ignis vivement aux comtes Bezborodko et Osterman du retard inconvenant de la satisfaction due au pavillon français et aux négocians de Marseille ; je développai de nouveau nos griefs en démontrant la justice de nos réclamations , et je m'attachai surtout à leur faire sentir que le refus d'une juste réparation, ou la prolongation d'un retard qui équivaudr^ût à un refus, démentirait les nobles principes proclamés par l'impératrice à l'époque de, la neutralité armée.
Les ministres me répondirent par des excuses vagues sur la distance des lieux , sur la difficulté d'obtenir des éclaircissemens exacts , des évaluations précises, et sur les obstacles suscités par des généraux négligens : ils finissaient cependant
oii socvRniRSfc ag3
par des promesses d'un jugement prompt ; promesses iaites cent fois à mes prédécesseurs, et sans qu'aucun efiét les eût suivies.
J'écrivis à M. de Vergennes et lui propasai, pour faire cesser ce déui de justice, de prendre des mesures vigoureuses et de menacer même de représailles , à moins que , pour compenser une si longue injustice, on ne consentit à nous dédommager par les avantages que pourrait nous offrir im traité de commerce.
J'eus même soin de faire entrevoir aux ministres russes à cet égard , mon opinion personnelle , et depuis je sus que la fermeté de mon langage, loin de choquer l'impératrice , lui avait plu , ainsi que la connaissance du caractère de cette princesse me Tairait fait espérer.
Les rapports flus fréquens que ma nouvelle position me permettait d'établir entre les ministres russes et moi , ainsi que quelques liaisons formées avec des personnes qui jouissaient de leur conBance, me mirent à portée de connaître leurs sentimens, qu'ils prenaient grand soin de déguiser.
' Ils ne partageaient pas les vues politiques du prince Potemkin , qu'ils n'aimaient point. Leurs vœux secrets étaient pour la paix; la guerre et les
ccQ^pè^ef 9t k-BT <^friient ancon aTmtage perj£<cLZ!à ; lis T Tcnrûnt dutcun ^ an ooDtraîre , des - ^^ttrrTS pe<ar Irar»^ dëparteneBs et des chances nisetffiK pnor leispùc.
w^trcazoJTcTXfiuitlistxnutîonduconuneree, c-i: «kv^Lt en léîiv k «icte: BeEborodko, de nomtrvfTS obsCK^^ dus ia marche diplomatique; tçK2>. un .lojrtxâsnaent de pomoir pour le prince FccecÀic. La Bo£4iK0if,p«u tentée de la conque ctî -.îu^i.^-,»;* deîïfts. ledoaaît les nouvelles char- S«» que riu£m«Ktitiioa nécessaire de rannée ferait peser sur eil«. Qiiel<{ae5 «enénux et les jeunes u.!L.itaiiv* tfcstniamt snits une guerre qui leur {•rv'aiettiit lie la ^"hi* et Je Favancement.
CepeiMbuit. hor» ceux-ô. tous dbsiinulaient t^tr» of>inioa$ . djai$ la crainte de perdre la bien* veiilance de riraperathce. Ce motif empêchait les (.vttseiUers de cette priocesse de lui parler franche-Bciit sur le* dausers où pom-ût la précipiter K' prvijet. chimérique alors, du rétablissement d'im rtnpire grec-
Aussi je m*aper^us promptement que , tout en montrant extérieurement beaucoup plus de bienveillance à >IM. de Cobeatzel et Fitz-Herbert qu'à moi , les ministres vo}-aient sans peine mon intimité avec le prince Potemkin , étant persuadés
ou SOUVKHIIIS. M)5
que, suivant le système politique de nia cour, je ne profiterais de cette liaison que pour calmer son ardeur et le ramener, autant que je le pourrais , à des vues plus pacifiques , en ouvrant ses yeux sur les efforts réunis que pluûcurs grandes puissances opposeraient k des desseins d'agrandissement, qui compKHuettraient la tranquillité générale de l'Europe.
Le ministre de Prusse aurait dû me seconder, sinon par des démarches que sa position ne lui permettait pas , du moins par de sages conseils et d'utiles informations^ mais son caractère me le rendait plus nuisible qu'utile : vérifiant par son ardeur et ses inquiétudes tout ce que Frédéric m'en avait dit , il adoptait sans examen les plus fausses nouvelles que lui débitaient les fron* deurs et les mécontens ; et , loin de voir avec plaisir mon intimité avec le prince Potemkin , il en concevait d'injustes soupçons, et se persuadait que nous allions sacrifier la Hollande à l'empereur , les Turcs à Catherine ; enfin il attendait à chaque instant le signal d'une guerre générale.
D'un autre côté, le prince Potemkin, interprétant trop favorablement pour ses desseins politiques le désir que je lui montrais d'un rapprochement entre la France et la Russie,
af)6 HTÉM01HES
concevait l'espoir de nous entraîner dans son système, et ra'insimiait de temps à antre quelques idées de partage des vastes contrées possédées ou plutôt dévastées par les musulmans.
Un tel plan était trop contraire aux vues paciliques du roi pour que j'y prêtasse l'oreille; et, an lieu de lui répondre sérieusement, je feignis de regarder ces demi-ouvertures comme des plaisanteries. Je détournai, mais sans le choquer, son attention et notre entretien sur un autre objet qui ne l'intéressait pas moins vivement, c'est-àdire sur les moyens de donner la vie au commerce méridional de la Russie ; car, devenu pour ainsi dire maître du sud de l'empire, il se montrait jaloux du nord , et ne se dissimulait pas une vérité incontestable : c'est que seuls nous pouvions ouvrir des débouchés aux productions de ce territoire immense , mais à peu près désert, que sa souveraine le chargeait de peupler, de civiliser, d'enrichir et d'administrer.
De jour en jour, il m'en parlait avec plus de feu , de confiance et d'abandon ; enfin il me mit même bientôt à portée de conclure , si je l'avais ' voulu, une convention séparée relativement au roinmercedos provinces méridionales de laRus- ^i^' et di'snùircs.
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Plus il m'y paraissait disposé, plus je persistais à refluer toute idée d'un traité partiel. M. de Vergennes était trop habile pour y consentir ; car , .si nous avions donné dans ce piège , nous nous serions ôté l'espoir d'tin traité général.
Le prince, satisfit sur les'intéréts de ses provinces, se serait peu soucié de celles du nord, m'aurait froidement secon<té; et, privô de cv\ appui , il me serait devenu impossiJtle de triompher des obstacles presque insurmontables qiir m'opposaient l'adresse de M. Fitz-Herbert et l'acltvité de la ligne anglaise. I-a France serait restée dans une très feusse position , écartée des mers du nord par les privilèges exclu.sifs des Anglais, et accueillie seulement dans le sud où tout était encore à naître.
Mais, en faisant au contraire dépendre l'accomplissement des vœnx du prince pour ses gouvernemens, d'un rapprochement entier avec nous et d'un traité de commerce complet, j'étais certain cpi'à la première circonstance favorable il nous aiderait de tout son crédit
« Puisque vous reconnaissez, lui disaLs-je, les » avantages d'une concurrence universelle et les » abus des privilèges exclusifs, ne souffrez pas plus » long-temps que d'autres nations conservent un