XHMOIRES
nirot-TX'ûî qai force la Rusùe , ainsi que nous,
• ; i.rl-fwr û? 3a seconde main ce que nous poii- -.-as xàjagw diredement.
- Vx2<> se joiiîuitnns que rètablisseraent, par
v:z-i cocTieïïîiMi formelle et générale, d'une éga-
! j;:* iu droits et tnitemens qui encourage nos
> .--r.TT-j-i-.iTK , en leur ^rantissant l'impartialité
T .--s :u£f:sf es . la pimition des fraudes , la liberté
■ -îï iMver les droit? en monnaie du pavs , et qui
■ !t?< i.*.-?i:*7>; des eQtnves que leur oppose la sii-
* ■,>cT-...'r'.t» tiinicSte iTune nation exclusivement
< yiiis comœ'eEt voilez -vous, répondît le 1 rr'JK'e. que nous rêsiittons aiii représenta- < tious nombreuses et constantes de nos négo- ■- cians et de uos propriétaires? Les immenses ■> consommations des Anglais et la rareté des ■' vôtres leur tbnt croire qu'im traité avec la " Fmuce est pour eux plus onéreux qu'utile, et » qu'ils ne trouveraient plus de dêbourfiés pour » leurs prt.HUictft>ns. si nous rompions les nœuds 1 qui nous unissent à l'Angleterre.
île gouvernement britannique protège, fa- -' vofise . vivitie son commerce et le nôtre ; votre •» cabinet . a cet égard , se montre inactif, insou- •' ciittt ; \o» negocians sont timides, ils ne hasar-
ou sooTxsias. 199
n dent rien; voua n'avez id qu'une maison im » peu solide ; notre peuple connut k peine vos » commerçans. »
Je m'efforçai alors de lui prouver que cette prétendue nullité de notre coinmerce en Russie n'était que l'efifet inévitable de la débveur avec laquelle il y était traité. « U fiiudrait, ajoutai- » je, que nos négocians fussent fous pour hasar- )• der des opérations dans un pays , dont le gou- » vernemeut assure i leurs rivaux , sur tontes les
> marchandises, dans ses tarife , un avantage de » douze et demi pour cent.
» Par cette injuste faveur qui vous nuit autant s qu'à nous, vous imitez le Portugal, et vous u vous placez vous-mêmes « vis-à-vis de l'Angle- » terre , dans la position d'une colonie à l'égard » de sa métropole. Les privilèges que vous
> lui accordez vous mettent tellement dans sa a dépendance, que déjà vous convenez que vos n propriétaires et vos négocians ne croient plus B pouvoir se passer d'elle.
» Mais osez lever cette fatale barrière, et vous » verrez bientôt quels avantages vous donnera la » concurrence de tous les peuples qui viendront B acheter vos productions. Notre commerce, que B vous croyez à tort si indolent, se montre ac-
3uO lléUOIRES
B tif et Horissant dans llnde, dans l'Amérique, » dans l'Afrique, dans tous les ports de rEurope, » excepté dans les vôtres, où il ne languit que B par l'effet de votre législation commerciale qui 1) l'en écarte. »
T^ prince parut piqué de cette réponse : il était t-braulé, mais non pas encore convaincu; cependant nous convînmes de conférer sur cet objet plus amplement et secrètement, car les circonstances n'étaient pas encore mûres ; d'un autre côté , je ne devais pas hasarder des démarches of- Ocielles qui auraient pu, en se trouvant mal accueillies, compromettre la dignité du roi.
A tout événement j'écrivis à M. de Vergennes les détails de ces entretiens, et, pour éviter, en cas de succès, de rae voir pris au dépourvu, je lui demandai provisoirement de me fsûre connaître, si, en supposant qu'on eût l'intention de &ire un traité, le roi voudrait accéder à la neutralité armée , diminuer les droits sur les cuirs de Russie, affrancliir le pavillon russe à Marseille du droit de vingt pour cent, faire annuellement un achat considérable de mâtures, de chanvres et de salaisons pour la marine royale ; si nos fermiers-généraux consentiraient à prendre une certaine quantité lie tabac d'Ukraine avec sûreté contre le»
ou SOUVENIRS. 3oi
fraudes; enfin si la stipulation entre les Russes et les Français de se traiter réciproquement comme les nations les plus fovonsées, paraîtrait, à sa majesté , suffisante pour m'autortser à conclure une convention, qui n'était pas encore tout-à-fait probable, mais que je croyais poitvoir cesser de regarder comme impossible.
Vers lu fin du mois d'avril 1785, je demandai à l'impératrice une audience pour lui présenter ime lettre du roi qui lui faisait part de la naissance du duc de Normandie , enfant infortuné (]iii, né sur le second degrédu trône, nemonta au premier, après la mort de son frère, que pour se voir promptement précipité dans une infAmp prison, où la mort moissonna cette fleur h peine éclose. L'impéfatrice, dans cette audience, me donna de nouvelles marques de bonté, et m'honora d'un assez long entretien.
Peu de jours après , le vice-chancelier me dit de sa part qu'elle voulait que, dans son empire . les Français fussent traités comme .ses propres sujets; que c'était à regret qu'elle en avait puni trois avec rigueur, et que dorénavant, dans le cas où une si triste nécessité se représenterait, j'en serais immédiatement prévenu.
Dans le même temps on apprit que les Turc*
Soa iiMhoiïies
Tenaient de faire, du côté de Silistrie, et aussi vers l'Ukraine , quelques mouvemens qui inquiétaient les Russes , et excitaient les justes plaintes de l'Autriche.
Le comte Ostermann m'en parla avec un peu d'humeur , et me dit que l'activité de ces Barbares ne laissait que trop voir commoit le ministère ottoman était conseillé et aiguilionné. )e l'assurai que la politique de notre gouvernement, loyale et modératrice, loin de vouloir o^W/^o/iner personne, n'avait pour, but que d'arrêter dans leur marche ceux qui voulaient s'agrandir et troubler par là le repos de l'Europe.
a Je veux le croire, répondit le vioe-chance- » lier ; car nous ne pourrions pas comprendre u pourquoi la France voudrait instruire, i^sci- » pliner et rendre redoutables, en Europe, des » Barbares qui en ont été si long-temps l'effroi. >
Je répliquai en riant que, dans leur état de faiblesse , nos vœux pour eux se bornaient à leur garantir im repos , qu'on ne pourrait troubler sans exciter parmi les puissances européennes de fâcheuses discordes.
Les paroles du r^mte Ostermann n'avaient à la vérité pas plus de poids que son crédit; mais bientôt le prince Potemkin me tint le même lan-
on soiTVEirins. 3o3
gage : «Comment, me dit-il, vous autres Franraiii
■ si brîllans, si polis, si aimables, persistez-vous « à vous déclarer les protecteurs de la barbarie » et de la peste ? Qu'en pensez-vous vous-même ? j* Si vous aviez de pareils voisins qui chaque an- » née vous menaçassent de leurs incursions , de » leur contagion , de leurs pillages et de l'entè- » vement de quelques centaines de chrétiens
■ qu'ils font esclaves, trouveriez-vous bon que
■ notre gouvernement vous empêchât de les chasser? D
Cherchant alors à concilier mes devoirs et mon opinion personnelle, je lui répondis qu'il serait certainement désirable qu'on pût, sjir tout le globe , dissiper les ténèbres, anéantir la barbarie et répandre la àvilisation. ■ Mais l'ignorance et n la peste, ajoutai-je, ne sont pas les seuls fléaux » du monde; j'en connais deux non moins dan- M gereux , c'est l'ambition et la soif des conquê- » tes. Si toutes les grandes puissances européenn nés voulaient d'un commun accord, et sans » qu'aucune tendît k s'agrandir, marcher à un » but moral et rendre à l'ancienne civilisation a les côtes d'Afrique, les repaires de Tunis et » d'Alger, les contrées, si florissantes autrefois,
que dévastent et siérilisentaujourd'hui, en Asie
3o4 niiiMoiRÊs
» et en Europe, les farouches mahométaiis , rien » assurément ne serait plus digne d'éloges; mais » il n'en est pas ainsi : la paix perpétuelle de M l'abbé de Saint-Pierre n'est pas plus chimérique » qu'un tel accord , et ce n'est que pour ne pas 11 exposer l'équilibre européen aux plus funestes » commotions , que mon gouvernement travaille » à garantir le repos des Turcs. »
« Qu'ils se tiennent donc tranquilles, reprit le » prince ; mon système à moi , quand je vois des « voisins inquiets faire des préparatifs menaçans, » c'est de les prévenir , de les attaquer et de les '> afifaibhr au moins pour vingt ans. »
La réplique m'aurait paru bonne si elle eût été sincère ; mais n'oublions pas qu'à cette époque , non contens d'être maîtres de la Crimée , les Busses , franchissant le Caucase et paraissant vouloir tourner l'empire turc parla Géorgie, donnaient des inquiétudes très fondées au ministère ottoman.
Au reste , comme on reçut bientôt par Vienne la nouvelle des conférences tenues à Paris pour conclure la paix entre la Hollande et l'Autriche, la probabilité de la guerre cessant d'exister , d'un côté les inquiétudes du roi de Prusse se calmèrent) et de l'autre l'espérance que pouvait con-
Depuis oe r^>étiient mràtnitplns de«nii I nf amlt dit ^oe Tt cent trente nulle hn
igmttpâ
et à tKHs oeat nulle Arvépfiin^ umm jr ««■>
vait loîn d'être eo—plê te ; h dtaci|iM <t fi»strucâoD7ituentMé^iffiei;firiddlcaeedbfiteai permettait nnc oalowli4e^caricyr:«MB^fl« premûent mAow pai paad ■■• 4e /§■ atdhar* Il 11 iliifiriiii t<%mnat à» rmninh tiMiwlliâ naturd et tgà Ifptimt ■■ pia «mhI 4* «É^^ ou nng-tdnq ^k rméia.
Cd autre c bitioD de CadmiM : le «HMiaieB «t r^ n étant pa» cnooR «■ g^amâmMÊÊlté^tmn de l'im p én i trice » t et cette année mène kl un empnmt qm ae htfm wtmfÊL
Sur ces cotreCiilBi, H k aMéAd Jb CMite m'anoonça rannée fmcÉiiiaei OiMMiiC /iM» fr^té et de j/ t umm Ê H^ mtm mfémdiÊffim
fasaeter -sd Sïime et de trau^mrter en Fnuitx BBCBs maritimes.
Cïtedt jaar wm ua nooreau sujet de dïscufiatiBK 'fit Ât lâificnltcs; car l'année précédente fiunra £ibvT», étant venues k Riga, avaieul T^iim- fai^BtftB- les droits exigés, et étaient xibp- Tis iujLiueia ^DK les payer; mais , n)algré la ré- ■ïtaî^nir*^ Ùh fxxB^ . oD avait contraint les négoziHis irvnçsB' à scUo* cette dette.
Ig^ nnr» lObiBt ne diargent des mardtanàiss oDï- snr Ab vûnanx mardiands. Nous pretsnmnitî' Ë tnrt giiraDS£abarTes,qiiiaipfHtatait. TTFsirf^B: yznnr àa ^oaipliDiis qui n'appartiennent TodHaïKXii or'nx bst^BCOS de gnenc
3t. tie Terran>Bw. par des motifc qui tevkaÏQit v^zx câ-QciDSQiDCfs, I9P I e u M MBa ndût d'éviter, snrtsnt qo? ie > ponorû.. Jarwr avec le prince ly^ftiikin Ae^ «itT¥C>e9» rdatifc à la politique ; il désirah <jD*i!5 n'eus^nt poor objet que les intérêts de commerce; mais il était imposable de fn'arrèter dans cette étroite limite : un de cet Mijets me conduisait inévitabteme&t à Fautre.
Hn tfSet, me plaignant np jour an prince de la froid'-ur rpie les auti^ ministres me moDtraifjit relativement à nos aflâires de commerce : • <-»:tte froideur, me dît-il, vioit de leur iQcer-
3u8 HÉMOlKliS
II qui donnez des secoui^ aux Turcs avant qu'on » les attaque ? N'avez-Tous pas récemment envoyé i> à Coiistantinople un ingénieur et des'offîders X français , dont le langage ne respire que la ,1 guerre ? u • •
« Les alarmes, répliquai-^je , que répaudeut vos » ét^lissemens en Grimée , et rarmement d'une u escadre , qui-, en trente-six heures , pourrait paa rûtre devant Constaatinople , ainsi que vos ena treprises en Ane<, placent nattirellement un roi » allié des Turcs dans la nécessité de leur conseil- » 1er des mesiu'es qui les'mettent sur ua^pied 'déa fensif et respectable, v
a Ëh bien , me dit le prince , je suis prêt àtous signer, si vous le voulez, que nous n'attaque- » querons pas les Turcs; mais, songez-y bî^i , » s'ils nous attaquent , nous pousserons la guerre » et nos armes aussi loin que possible. >
a Alors , repris-je , si la paix est votre seul but, » vous avez un moyen certain de l'assurer en » vous rapprochant de nous; car le poids de nos » deux empires serait suffisant pour maintenir » coastamment l'Europe en repos. »
Tandis que je m'efforçais, suivant mes instructions, de faire entrevoir aux ministres de Catherine les obstacles insurmontables que cette
ou SOUVUfIRS. 3o^
princesse rencontrerait avant de s'emparer de CoDStantinople^ le prince Potemkin, tout en m'assurant que sa souveraine ne déûrait pas la guerre , cherchait à me prourer , que si elle était contrainte à la faire, ses succès seraient aussi rapides que faciles.
a Vous voulez , me disaîtril , prot^er un empire s à l'agonie , un Êiible colosse qui tombe en mi- » nés. Les Turcs, corrompus, amollis, peuvent » assassiner, piller , mais ils ne savent plus com- » battre; nous n'avons plus besoin d'artpourles H vaincre ; depuis quarante ans , dans chaque u guerre , iU répètent les mêmes fautes suivies des » mêmes revers.-Le passén'a point de lumières n pour eux ; leur superstitieux oi^eil attribue » constamment nos victoires au démon , dont » nous recevons, disent-ils, notre science, nos 7> inventions, notre tactique, et Allah seul, qui » punit leurs péchés , est , à leur avis , la cause de » leurs défaites.
» Au signal de la guerre, nous les voyons ac- » courir en foule d'Asie, marchant sans ordre et M consommant en un mois les subsistances et ap- » provisionpenKns amassés pour six. Couvrant la B terre de cinq cent mille conibattans , ils s'avan- ». canttomme un torrent débordé; nous marchons
3ie aiitoiBE5
» cootr'eux avec une année de quarante ou tio- > quante mille soldats partagés eo tron oa fpMtre » carrés hérissés de cancHis, et dont notre cava-
■ lerie remplit les interralles.
» Ces Barbares f<Hat retentir l'air de lurs cris; » ils fondent sur nous, en formant tme tÊpèot de a triangle dont la pointe se con^ioGe des plus M braves d'entr'evx enivrés d'o^Mum ;• les autres
■ ran^ i jusqu'à la base , sont garnis par les moins » intrépides et graduellement par les flua posil- » lanimes.
»' Mous les laissons approcher à pin-tée de fusil; B alors quelques dédta^es à mitraille portent le » désordre et la terreur dans cette nasse informe; » leurs preneurs d'opium , faoaliqnas tlévwiés à » la mort j Viennent seuls sabrer nos cwiqih et » périr sous nés baïonnettes.
» Dès qu'ils sont tombés, le rest» fui* et se a disperse. Notre cavalerie s'élance, les poursuit, » en fait un affreux carnage , entre pélcaiéte avec M eux dans leur camp et s'en empare. Leuite déj> hr'tà épouvantés se sauveiit derri^rs les mure » de leurs villes, où la peste les attend et sosvsat a les décime avant que nous prBBiiMM d'iUMut » ces forteresses.
» Le tableau d'une seule catnpagne suffis pour
ou SOUVEHIRS. 3tl
u les décrire toutes ; car dans toutes ils montrent D la même pusillanimité, la même ignorance, et D nous en triomphons par les mêmes manœuvres. » Ils ne sont réellement braves qu'à Tabri de » leurs remparts; mais encore, que de sottises ne s commettent-ils pas pendant ta durée d'un siège! D Ils font de fréquentes sorties; et, au lieu de a chercher les moyens de nous tromper , leur stu- » pidité nous sert d'espion et nous instruit de » tous leurs projets.
» D'abord nous sommes certains que , suivant » leur routine , ils nous attaqueront à minuit ; de u plus , pendant le jour , ils ont grand soin de » placer sur la muraille , du côté de la porte par u laquelle ils doivent sortir, autant de queues de u cheval qu'il y aura de détachemens commandés » pour la sortie. Ainsi nous savons d'avance l'heure » de leur attaque, le nombre de leurs combat- B tans, la porte par laquelle ib passeront, le che- » min qu'ils doivent suivre pour nous attaquer et ■> pour nous surprendre. »
U y avait sans doute quelque exagération dans ce récit dénigrant; mais le fond en était vrai. L'ingénieur Lafitte, envoyé k Constantinople par mon père pour donner quelque instruction et quelques moyens de défense aux Turcs, racon-
3ii HiMoincs
tait , en m'écrivant , des traits fort étranges de
leur inobècilité.
Envové par les miDistres de h Porte sur les bords de la mer Noire pour les mettre k l'abri d'uD débarquement sur les points où ce débarquement aurait été le plus Sicile, M. Lafitte voulait avec raison placer convenablement ses batteries au sommet d*une pente qui s'étendait jusqu'au rîi,-»ae: jamais il ne put T &ire consentir le pacha qui cv>nimandait dans ce poste.
Co pacha, ignorant et entêté, devant, suivant l'usage des Tiuxs, &ire sur ses propres fonds la dispense de ces travaux , et voulant économiser le plus possible les frais de transport, ordonna iiupérieiisement â M. Lafitte de construire ses redoutes et de placer ses batteries fort loin de la mer, sur un terrain plat d'où Ton ne découvrait rien-
VuinemeDt l'officier fran^is lui fit remarquer que les ennemis débarqueraient sans être aperçus , et marcheraient contre lui à l'abri de toute atteinte, garantis par le rideau qui les couvrait. a Allez toujours, lui dit le pacha fataliste ; places » vos canons comme je vous le prescris ; tout dé- » ppnd d'Allah, et,s'il le veut, votre artillerie tuera !> Unit aussi bien l'ennemi d'ici que d'un autre » (.'ndroit. n
OV SOUVENIRS. 3l3
L'impératrice , encouragée par la âiblesse stupide de tels ennemis, n'était retenue dans ses . projets de conquête que par la crainte d'attirer sur elle les armes de la Prusse , de la Suède , les escadres de la France et probablement celles de l'Angleterre ; ainsi j« la crus de bonne foi , au moins pour le moment, dans ses démonstrations pacifiques.
Ce fut à cette époque, dans le mois de mai 1 7^5 , qu'elle publia sa femeuse ordonnance sur la noblesse. Je ralentirais trop ma marche, si je plaçais ici l'analyse de cette loi ; ce que j 'y trouvai de plus extraordinaire, c'est que, l'ukase divisant cet ordre en six classes, la noblesse ancienne se trouvait rangée dans la sixième; celle des provinces conquises, dans la quatrième; la noblesse donnée par diplôme , dans la première et la seconde classe, pour prouver apparemment que l'illustration acquise par des actions était préférée à l'ancienneté des titres.
La même ordonnance permettait aux nobles de commercer, d'établir des fabriques; elle les autorisait à se former eu assemblées et à adresser des représentations au souverain.
Vers ce même temps, je reçus de l'impératrice une marque de faveur à laquelle j'étais loin de
3l4 MÉMOilttS
m'attendfê : elle me proposa de raccompagner dans uû voyage qu'elle voulait faire imm^atement dans l'intérieur de r«rnpire, pour visiter les travaux ôrdontiés par elle, afin de surmonter les obstacles que des cataractes opposaient â la navigation d'Ub canal, qui joint la mer Caspienne à ta mer Baltique par le lac Ladoga, \t Wolchoff, le lac Ilmen, la Mista, la Tiierza et le Wolga.
Sa majesté me dit que toute étiquette serait proscrite dans ce voyage, où peu de personnes devaient être admises à l'honneur de la suivre.
Je chargeai IM. de la CoUnière, qui restait à Pétersbourg, de me remplacer près des ministres, et d'envoyer régulièrement ses dépèches à notre cabinet.
Avant de partir, je reçus de M. de Vergfenne» une lettre d'autant plus satisfaisante qu'elle me prescrivait exactement les mêmes réponses que j'avais cru devoir faire au prince Poterakin, relativement aux Turcs, à notre commerce et a notre système politique.
Je m'aperçus proniptement du changement de langage que dictait aux ministres russes la bienveillance marquée de l'impératrice pour moij et, dans leurs entretiens, ils commencèrent à me
ou 60UVZVIRS. 3l5
parler les premiers de l'utilité d'un rapprochement plus intime entre nos cours.
Je me r«idis à Csarskotdo. Cadiertne II eut l'extrême bonté de me montrer dlMoéme tontes les beautés de cette nu^i6qlie maison de plaisance, dont les eaux limpides, lies frais bocages, les pavillons élégans, la noble architecture, les meubles précieux, les cabinets lambrissés en porphyre, en lapis-lazuli, en malaquite, avaient un air de féerie, et rappelaient aux vtfjrageurs qui les admiraient , le palais et les jardins d'Àrmide.
L'impératrice me dit qu'ayant appris que M. de La Peyrouse était chargé par notre gouvernement de compléter les observation» commencées par le célèbre Cook sur les côtes russes de l'océan IVclfique, et prévoyant qu'en s'élevant vers le nord, il pourrai!: y rencontrer un capitaine de la marine russe , auquel elle avait ordonné de chercher à doubler le cap Tschuski,et de tnieux reconnaître les côtes septentrionales de l'Amérique, elle venait de prescrire à celui -ci de traiter les bâtimras du roi, s'il les rencontrait, avec tous les égards que se doivent deux souverfuss amis.
le l'assurai de la réciprocité des ordres que recevrait certainement M. de Ia Peyrouse , relativement aux bàtimens impériaux. «Il est heureux
3l6 MÉMOIRFS
» et facile, madame, lui dis>je, de prévoir ixn»- » bien l'union de deux, souverains si puissans » pourra contribuer à la gloire de leur siècle. Il » me paraît désormais impossible que, voyant tous » deux du même œil les objets qui intéressent 1« >> bonheur de l'humanité , il n'existe pas de jonr n en jour là plus grand rapprochement entr'eux , » ainsi que dans leur système politique. »
La liberté complète , la gaîté de la conversation, l'absence de tout ennui et de toute gêne, auraient pu me faire croire , en détournant mes regards de la majesté imposante du palais de Czarskozelo , que j'étais à la campagne chez k particulière la plus aimable.
M. de Cobentzel y montrait la plus intarissable gaîté ; M. Fitz-Herbert , un esprit un et orné; le prince Potemlûn , une originalité qui le rendait toujours nouveau, même dans ses fréquensmomens d'humeur et de rêverie.
L'impératrice causait familièrement sur toutes sortes de sujets, hors la politique; elle aimait à entendre des contes, se plaisait elle-même à en faire ; et , si par hasard la conversation languissait un peu , le grand-écuyer Narischkin , par des folies un peu bouffonnes, rappelait inévitaMementle rire et la saillie.
ou SOIIVF.K1IIS. 3i7
Catherine travaillait presque toute la matinée, et chacun de nous était libre alors d'écrire, de lire, de se promener et de faire enfin tout ce qui lui convenait. Le dîner, peu nombreux en mets et en convives , -était bon> simple, sans &ste; Taprès-dînée était employée k jouer, k causer; le soir l'impératrice se retirait de bonne beure,et . nous nous réunissions alors, Cobentzet, Fïtz-Herbert et moi , ou chez l'un de nous, ou dans l'appartement du prince fî^terokin.
Je me rappelle qu'un jour rimj>ératrice,m'ayant dit qu'elle avait perdu une petite levrette nommée Zémire et qu'elle aimait beaucoup, me pria de faire son épitaphe. Je lui réponflis qu'il m'était impossible de chanter Zémire sans connaître t son origine, son caractère, ses qualités et ses défauts.
« Il vous suffira, j'espère , reprit cette princesse, » de savoir qu'elle était fille de deux chiens anglais > dont -voici les noms , qu'elle avait toutes sortes s de grâces, un peu gÂtéesseulementquelquefois » par la colère. »
Je n'en demandai pas davantage; j'obéis et j'écrivis ces vers , qu'elle loua bien plus sans doute qu'ils ne le méritaient.
KPITAPBE DE ZEBIIRE.
Ici mourut Zémire, et Ici Grilces en denil Doivent jeter des Benn lur loa cercueil.
Comme Tom, k» aïeul, comme Lady, u mère, OmMaQle dam ieigoAli, & la counel^in, Son seul <)éraut était ud peo d'bumetv ; Mai* ce drfaul venait d'un li bon onor !
Quand ou aime, on craint tant ! Zfmire aimùt tant celle Qne tout le monde aime comme elle ! VeoteE-vom qu'-«n vive rn T*pM , Ayant cent peuples pour rivau* ?
I,es dieui , t^miiini de sa tendrestf , Devaient à la fidélité Le don de l'immortalité , Peur qu'elle fût loujouri anprËi de u mahicua. '
L'impératrice (ît graver cette épitaphe sur une pierre qu'elle plaça dans les jardina de Czarskozelo.
Le 3 juin nous dous mîmes en voyage : tuie vingtaine de voitures cofQposaient la cortège de Catherine; alternativement elle admettait dfip»la sienne le priqce Potemkin et le comte CobieQtul, ou M. Fitz-Herbert et moi. Les pefspnnfls qui jouissaient constamment de cet hpiutei)rt ÂtaiCDt mademoiselle Protasoff , sa compagne fi4^ * tant* de la comtesse Rostopsin, dont on a pu apprécier, à Paris, l'instruction, l'esprit et la vertu, etM. Yer-
ou ttULVESIIlS. ilt)
iiioloCf, aide de c^mp et favori de sa souTerainci souvent od y appelait aussi le grand- écuyer.
L'impératrice , ayant été plusieurs fois trompée par la légèreté ou la rivalité de quelques grandeit daines honorées de sa confiaoce» n'en admettnit plus d'autres dans sou intimité que maderaoisellfî Protasoff, chargée de la surveillance des demoiselles d'honneur. Elle appelait encore près d'elle, de temps en temps* une nièce du prince Potemkin , la comtesse Sltawronslù.
Catherine n'était escortée par aucune garde, rappelant ainsi ce vers de Voltaire, en parlant de Laïus :
Comme il éult iti» cnintc, U marduùt «um d^reiiM.
Nous partions le matin à huit heures; vers les deux heures, on s'iirrètait pour dîner,' dans une ville ou dans un bourg, oiî tout était préparé d'avance t pour que l'impératrice s'y trouvât aussi bien servie et presqu'aossi commodément logée qu'à Pétërsbourg. Nous (JinioM toujours avec elk. Notre course se terminait à huit heures du soir, et l'impéralriçe employait ia étirée, suivant s» coutume, aux aniusemons du jeu et de la conversation. Chaque matin , après une heure de travail et avant de partir, Catherine recevait Iw hom-
3ïO MEMOIRES
mages des magistrats, des nobles et des marchands du lieu où elle se trouvait; elle doonait à tous sa main à baiser, et embrassait toutes les femmes ; ce qui l'obligeait après à une sorte de seconde toilette : car, à la fin de ses audiences, comme l'usage du fard était universel dans les provinces, chez toutes les femmes, même celles des boui^eois et des paysans, le visage de l'impératrice se trouvait couvert de rouge et de blanc.
Son premier soin, en arrivant dans chaque ville, était de descendre dans l'église et d'y remplir ses devoirsreIi^ieux,dontla négligence aurait éloigné d'elle l'affection d'un peuple non - seulement croyant, mais ardent et superstitieux à tel point, qu'il adore saint Nicolas presqu'autant que Dieu lui-même : ce n'était que dans les lieux où l'impératrice s'arrêlait, qu'une garde établie annonçait la présence du souverain.
En quatre ou cinq jours nous arrivâmes, par une pente insensible, à Wischney-Wolot'ichok, point le plus élevé de ce vaste territoire, qui s'étend de la mer du Nord au Pout-Euxin , et que ne coupe aucune montagne transversale.
Là, sur ce point culminant, nous vîmes les fameuses écluses qui retiennent les eaux de plusieurs rivières réunies, et les rejettent soit dans le canal
OtI MllVEKmS. 3-ji
xle la Tnerza , soit dans celui de la Mista, pour naviguer vers la mer Caspienne, par le Wolga, onpoiir transportera Péterrfwurg les productions diistidi navigation qui féconde et enrichit d'immenses contrées.
Les travaux entrepris pour établir ces écluses paraissent dignes de l'ingénieur le plus habile; cependant ils ont été conçus et exécutés sous le règne de Pierre 1"*, par un simple paysim nommé Surtikoff, qui n'avait jamais Toyagé ni rien jippi'is ; il savait à peine lire et écrire : l'esprit est eu grande partie un don de l'éducation ; mais le génie est inné.
Les successeurs de Pierre le Grand avaient négligé de perfectionner ce grand et utile ouvrage; l'impératrice s'en occupait activement : elle fît revêtir en pierre ce qui était en bois, réunit au canal les eaux de plusieurs nouvelles sources, et conçut le projet de faire creuser deux autres canaux qui joindront un jour la mer Caspienne à la mer Noire , et celle-ci à la mer Baltique par le Borysthène , dont on établirait la communication avec la Dwina.
Sur notre route, nous voyions partout d'antiques marais desséchés, des villages naissans, des villes fondées ou repeuplées : aussi , partout , in
3aa MIÎMOJRKS
peuple , jouissant de ces conquêtes sur la nature, les seules qui ne coûtent point de sang ni de larmes , s'empressait de donner à sa souveraine les éctatans témoignages d'une sincère afiection.
Les paysans en foule, agenouillés d'abord comme serfs , maigre les ordres de leur souveraine, se relevaient promptement pour approcher de Catherine qu'ils appelaient matusk^a (leur mère), et causaient familièrement avec elle ; la crainte du maître disparaissait ; ils semblaient ne plus voir dans l'impératrice que leur protectrice et leur appui.
Après im court séjour, nous croyions partir pour longer les cataractes qui gênent le cours de la Mista jusqu'à Borowitz , où nous devions nous embarquer; mais Catherine nous avait ménagé une surprise. : sans avoir prévenu personne ni donné d'avance aucun ordre, notis changeâmes de route et nous fîmes une course jusqu'à Moscou. Le gouverneur n'en fut instruit que quelques heures avant notre arrivée.
L'aspect de cette grande ville, la vaste plaine au milieu de laquelle elle est située, son immense enceinte, ses milliers de clochers dorés, la variété des couleurs de ses dômes qui éblouissent les regards en réfléchissant, comme un prisrae.
«u souvtiHiBS. 3a3
. les ra}'dns du soleil, ce mélange des cabanes du peuple, des riches maisons des marchands, des magnifiques palais d'ime noblesse aussi nombreuse que fière., cette tourbillonnante population représentant à ïa fois des mœurs opposées, des siècles différens, des peuples sauvages et des peuj^es civilisés, des sociétés européennes, des bazars asiatiqiKs, nous frappaient d'étonnement et d'admiration; cependant je ne pus, dans ce premier voyage, qu'entrevoir cette antique capitale; nous n'y restâmes que ti-ois jours.
Catherine nous fit voir son palais de Petroski , ses maisons de plaisance de Kolominski et de Tsurizina, les jardins publics de Moscou, te bel aqueduc qu'elle avait ordonné de construire ; nous repartîmes ensuite pour Borowitz, en traversant Twer , Tarjowest et Wischney-Wolotscbok.
L'impératrice, voulant laisser quelques traces généreuses de sa courte apparition, fit don à la ville de Moscou d'ime rente de cinquante mille francs et d'une somme considérable destinée à remplacer, par un bel hôpital, ce redoutable bâtiment où se tenait, sous les règnes d'Anne el d'Elisabeth, la sanguinaire inquisition d'État. 1-1 ville de Twer eut aussi part aux bionfuîts de
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sa présence. Cette ville est très jolie; les boDoets de perles , les longs voiles blancs , galonnés d'or , des femmes qui habitaient cette ville on les fertiles campagnes qui l'entourent, leurs rïchea ceintures, leurs anneaux et leurs boucles dorées, auraient pu faire croire, en voyant loir foule réunie , qu'on se trouvait présent à quelque ancienne fête de l'Asie.
Mous nous embarquâmes à Borovvitz, sur de jolies galères. L'impératrice en montait nhe magnifique. Celle qui était destinée à M. de Cobentzel, à M. Filz-Herbert et à moi, contenait trois chambres élégamment meublées, et portait des musiciens qui nous éveillaient et nous endprmaient au son d'une douce harmonie.
Avant cet embarquement, et lorsque nosYDi*tures longeaient encore la rivière, le prince Potemkin et moi , sans en demander la permission à l'impératrice , nous hasardâmes par curiosité d« traverser et de descendre quelques cataractes sur un petit bateau. On disait ce passage dangereux; plusieurs bateaux y avaient été submergés. L'impératrice nous gronda un peu sévèrement de notre imprudence , et cependant cette étourderie plut à Catherine.
Entrés dans le lac llmen que nous devions tnt*
00 SOUVEITIHS. 3a5
verser pour arriver à Novogorod , nous joutmeB d'un spectacle nouveau pour nous. Cette espèce de mer calme et limpide était couverte d'une immense quantité de bateaux de toute grandeur, ornés de voUes colorie'es et de guîHandes de fleurs.
Les nombreuses troupes de mariniers , de paj'sans et de paysannes qui les montaient , cherchaient à l'eiivi à s'approcher de notre flottille brillante, en faisant retentir les airs du son de leurs instrumens, de leurs vives acchimations, et, lorsque le j<Kir finissait, de leurs chants mélodieux , mais agrestes et un peu mélancoliques.
Ce fut pendant le cours de cette navigation que, profitant d'une circonstance imprévue, je hasardai une démarche qui devint décisive pour moi, et qui réalisa le léger espoir que jusque-là j'avais à peine conçu , celui de faire avec la Russie un avantageux traité de commerce , traité vingt fois inutilement projeté par nous depuis quarante ans.
Un jour, en sortant de la galère sur laquelle nous venions de dîner avec l'impératrice , et un peu surpris de l'humeur sombre et silencieuse que cette princesse, contre sa coutume, nous
3i6 mÉnïonsK»
avait montrée pendant le repas, je sniTis le prince
Potemkin , qui paraissait Qon moins taciturne , et
j'entrai avec lui dans ta galère particulière qu'il
occupait.
Après quelques minutes d'entretien mal stùvi, durant lequel ses sourcils froncés, son ton sec et bref marquaient assez son agitation intérieure, je lui dis: a Mon cher prince, tous êtes bîea M moins aimable qu'à votre ordinaire ; vons rè- ). vez; vous êtes distrait; je crois réellement quet> vous me boudez. Ne puis-je savoir la cause de M ce changement que j'ai remarqué aossi dans le » maintien froid de l'impératrice ? N'y a-t-il pas i< là dessous quelques tracasseries de cour? »
a II est vrai, me répondit- il, que l'impératrice » .1 beaucoup d'humeur aujourd'hui et que je la » partage ; mais ce n'est pas vous ni votre gou- » vernement qui nous la donnez : <^est le ministère » anglais , dont l'égoïsme et la conduite démen- » tent toutes les protestations amicales et contra >' rient toutes nos \iies. Je l'ai dit , il y a long- » temps , à l'impéi-atrice ; elle ne voulait pas me y croire : M. Pitt ne l'aime pas; il s'attache per- " sonnellement à lui susciter des ennemis , d« » obstacles en Allemagne, en Pologne et en Tury '[iiio.
oir socvEsiBs. 3a7
u Le roi de Prusse , à qui tout tait ombrage ^ » et qui ne nous pardonne pas d'avoir quitté son u incommode alliance pour l'alliance beaucoup » plus utile de Joseph II, s'inquiète, s'agite et X forme avec d'autres électeurs une confédération » asseK menaçante contre t'Autriche. H prépare » ainsi une nouvelle guerre au centre de l'Eui> rope , qu'il est de notre intérêt de maintenir >> en paix.
B Agissant de concert avec Tempcreur, notre- M allié , cette agitation prussienne ne nous causait » qu'une légère inquiétude; mais nous apprenons » dans ce moment, par une voietrès sûre, que » le roi d'Angleterre , sur lequel l'impératrice et » l'empereur croyaient pouvoir compter, vien'., » sans aucun motif excusable, de se montrer B hostile contre nous, et que, ea sa qualité d'é- » lecteur de Hanovre, entrant dans le système u politique de Frédéric, il donne son accession à a la ligue électorale. Ce contre-tenip» dérange n toutes nos combinaisons,
» C'est un tour perfide que les Anglais nous » jouent; pour ma part j'en suis ftirieux, et je » ne sais ce que je ne donnerais pas pour leur » rendre la pareille et pour nous venger d'eux. »
Voyant que son irritation le portait à me mon-
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ti*er ainsi sans voile le fond de sa censée y je saisîi la balle au bond et je lui dis : « Si vous voulez » TOUS venger , il en est un moyen prompt et fai> cile autant que juste : ne leur laissez pas plus » long- temps en Russie des privilèges exclusif 3> qui réellement blessent les autres nations et » nuisent à vos propres intérêts. »
ff Je vous entends, reprit-il aussitôt, en se ^rv » dant et en souriant ; tenez , je vais vous parkr » en véritable ami : votre cour désire depilis longy* temps &ire avec nous un traité de commerce } » le moment est favorable ; saisissez-le; vous trou* » verez l'impératrice distraite de ses vieilles pré* >» ventions contre la France; son humeur se jette » à présent sur l'Angleterre; ne peixlez jp^s une » occasion précieuse; faites-lui une propoâtioQ » de rapprochement et de traité bien motivée , et y> je vous jure sur ma parole que je vous secon^ » derai de tout mon pouvoir* »
« Je suivrais volontiers, répliquai-jc, votre oon* » seil; mais il existe, et depuis long-tesmps, une » telle froideur entre nos cabinets, qu'on n'a pas » cru devoir m'autoriser à faire officiellement une i> telle démarche, dont le succès plairait sans » doute, mais que, dans Fincertitude de ce suc» ^ ces , je me garderais bien de hasarder; je craia-^
oti SDirvKAnts. 3s§
» drais trop, par une avance faite ainsi au nom » du roi, de compromettre sa dignité. >
Le prince se tut alors quelques instans; puis il me dit : « Votre crainte est mal fondée; cepen- » dant, pour ménager vos scrupules, suives mon » avis : nous avons souvent parlé ensemble de D commerce ; supposez que j'aie peu de itiémoire ; » écrivez-moi ce que vous m'avez souvent dit , » comme votre opinion personnelle; rédigez seus lement cet écrit en forme de note coiiSden- D tielle; ne la signez même pas; vous ne risquez u rien ; vous pouvez compter sur l'usage discret D que j'en ferai, et vous devez être sur qu'elle ne n sera connue des autres ministres que lorsque » vous aurez acquis la certitude d'une réponse » telle que vous pourrez, sans aucun inconvé- » nient, la leur présenter ofFicielieraent, revêtue » de toutes les formes usitées : par là , vous êtes B certain que vous aurez connu la réponse avant » d'avoir fait la demande; mais, je vous ie répète, i> battez le fer pendant qu'il est chaïul ; allez vite » vous mettre à l'ouvrage; je voudrais déjà que u cela fût fait. »
Je sortis sans lui répondre, et je r^agnai promptement ma galère, pensant qu'il était urgent de profiter d'un épnncber:if-nt d'aïuitié, drmt
33o MÉMOIRES
je ne devais probablement la vivacité qu'à la co> 1ère, et qu'il fallait ne pas laisser refroidir.
J'entre dans ma chambre; je cherche mon écrttoire; mais elle était enfendée dans une commode dont mon valet de chambre, qui disait alors une promenade en bateau, avait emporté la clé:
Impatienté de ce contre-temps , j'entrai dans la chambredeM. Fitz-Herbert, où M. de Cobentzel jouait, je crois, au trictrac avec lui. Je leur dis qu'ayant l'intention de profiter duT moment où notre flottille était à l'ancre pour écrire quelques lettres , je me trouvais , par l'absence de mon valet de chambre , sans plumes ni papierj alors M. Fitz- Herbert m'offrit obligeamment son écTitoire, que j'emportai chez moi.
Je ne sais pourquoi quelques personnes, à qui j'avais raconté les détails de mon voyage , ont , depuis, rendu publique cette anecdote assez insigniflante , attribuant à une sorte d'espièglerie ce qui n'était que l'efifet d'un pur hasard.
J'aurais été véritablement contrarié si la publicité de cette anecdote avait pu déplaire un moment à M. Fitz-Herbert, dont j'ai toujours fait profession d'admirer l'esprit, les talens, et qui m'honorait d'une amitié que j'ai payée de retour, vt que je loi conserverai toute ma vie.
Otr SOUTEHIRS. 33 1
Le fait est qw des esprits légers ont trouvé piquant de dire que j'avais signé mon traité de commerce avec la plume du ministre d'Angleterre, tandis qu'elle ne m'a servi qu'à écrire une simple note.
En deux heures de temps, je rédigeai la note suivante et la portai au prince Potemkin. Je crois devoir faire connaître ici cette pièce improvisée, puisque , par un heureux hasard , elle eut une si grande influence sur le succès de mes négociations.