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» des mœurs, des intérétsdelaDation espagnole; » choses et personnes, tout était inconDu pour . » moi ; jeune et sans expérience , je manquais de ■ guide et de Lumières pour me mettre au &ût du » pays et des hommes qui te gouvernaient.
» A l'instant où j'éprouvais ct^t embarras extrén me, uu homme instruit, expérimenté, bienu veillant, le comte d'Ossun, ambassadeur de » France à Madrid , se prit soudain d'affection ■a pour moi, et me facilita un premier succès, en » me faisant partager les fruits de son expérience. » Par lui , je connus aussi promptemenl tous les » personnages les plus iufliiens de la cour et de » la société, que si j'avais habité vingt ans l'Es- M pagne ; ce qui me donna des moyens faciles de » réussir dans toutes les négociations* dont mon » gouvernement m'avait chargé.
» Dans quelque carrière que ce soit, tout dé- > pend souvent du premier pas : le mien fut » heureux, grâce aux bontés de M. d'Ossun, et » ce premier succès a sans doute depuis infinin ment contribué a la rapidité de mon avanceu ment, k mon élévatiou aux places les plus im- 8 portantes, et à !a haute faveur dont ma souve- » raine m'a honoré.
» Or, conservant dans ma mémoire le souvenir
ou souvEifins. 177
» du service que m'avait rendu M. !e comte d*Os-
> sufi , je me suis toujours dit que , si dans ma « carrière le hasard me faisait rencontrer un jeune ■ ministre français dont la position fut semblable 1 à celle où je me trouvais à Madrid, j'acquitten rais ma dette de reconnaissance, en me conduî-
> sant avec lui comme le comte d'Ossun s'était » conduit avec moi. ,
» Voilà, monsieur le comte, indépendamment M de l'attrait particulier que votre personne m'in- » spire , ce qui m'a porté à vous indiquer tout » ce qui peut vous faciliter à Pétersbourg un I succès, qu'heureusement je peux vous souhaiter
> sans aucun scrupule; car vous aplanir quelques » obstacles n'est nullement contraire aux intérêts * de ma cour. La Russie .et la France sont trop » loin l'une de l'autre pour se nuire directement; » mais leur bonne intelligence serait, dans mon H opinion , très utile à l'un et à l'autre pays ; » et, si par vos soins cette imioo s'opère, je re- » garderai ce rapprochement comme très heu- » reui. »
Pir* rt">tpjii -Vn-t/ni' "t^u de sï bons et de si mil- j . . ■.^.,,.rt L. ••bligeance et des bontés ■■ .,, ...,.^. -., ,w. -.^nnaissant de l'aimable ....^1 .... „■-■-.■ ^li l'filitF ■l» la plus brillante
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société , j'avoue qu'il m'en coûta pour m*éloigner si promptement de Varsovie.
Ceux qui ont connu tes princesses Czatorin^, Lubomirska , Sapiéha , les comtesses Potocka, Krasiuska , Cossoscka , Tyszkiewiez , sœur de l'illustre et infortuné prince Joseph Poniatowski, enfin tant d'autres qu'on a vues briller successivement dans les cercles les plus élégans de Vienne et de Paris, sentiront combien il me serait facile, si je n'avais pas craint une digression trop longue, de composer ici une galerie de portraits , dont on n'aurait peut-être plus voulu sortir pour me suivre dans mon voyage.
D'ailleurs la plupart de ceux qui me liront, ont vu et voient encore assez de dames polonaises, pour savoir que je n'exagère point en disant qa'il n'est pas de contrées en Europe, où l'on puisse trouver réunies plus de femmes de noms histO' riques, joignant les plus nobles qtialités de. l'âme aux charmes de la figure et aux agrémens de l'esprit.
Entre mille faits différens qu'on m'avait cités du courage et du caractère héroïque des dames polonaises, je me bornerai à en rapporter deux : dans une des dernières guerres soutenues par les Polonais contre les Turcs et les Tartares, la ville
de TrenlMmfa ètùt a&uàliir par c«5 Barfaam:
Imr dcmbImt . lenr bimir répondaient l'epotmuite dKHlaTillr.
Apres plwieun astaïUs <angtai« ?t au moment f CD sabâr ud dernier d'autant fius etTrarzat q;Kla brécbe était ouverte. U garnison, faible et épmice de btipue. était près de mettre Los les anses, et île lirrer ainsi les en^ns a l'escbrage. les rïeillards à U mort et les femmes aux plu> twrriUcs outrages, lorsqu'une întivpide Polonaise, nommée Kazanowska . parait les armes * la mais et suivie de quelques compagne» courageuses, rappelle les guerriers ^ riionDeiir, les fait rougir de leur faiblesse, ranime l'e^pi.-rance tantôt par des éloges, tantùt par des reprodies t-loquens.électrise les ciloyeos, donne de l'intr^iditéauz plus timides, de la force aux pi us faibles, et Eût passer dans leurs âmes le feu Ut-roique que lancent ses regards.
Asavoixce cri unanime, victoire, Uherté, retentit dans les airs. Tous s'annent , tous se précipitent en foule sur les pas de rhéroîne et fondent sur les Barbares, qu'ils étonnent, ébranlent» enfoncent, dispersent et mettent en fuite après un affreux carnage.
Avec moins de'gloire et non moins de fermeté.
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la princesse Lubomirska se tira par une rare prè' sence d'esprit du péril le plus ûnmineDt : elle se promenait un jour en traîneau sous la Toùte immense d'une sombre forêt; au détour d'un sentier étroit, elle se trouve inopinément à la vue et à quelques pas d'un ours que la faim rendait furieux. A l'approche du monstre, le cheval bondit , s'effraie, s'emporte, et de sou premier élan renverse le traîneau.
L'ours s'avance. L'heiduque de la princesse, se dévouantpour la sauver, se met entr'elle et son terrible ennemi; il l'attaque, mais son sabre se brise. Une lutte bien inégale s'engage ; l'ours serre le Polonais dans ses bras gigantesques. Soudain, sans se troubler, la princesse saisit deux pistolets tombés du traîneau, s'avance derrière le terrible animal , lui tire dans tes oreilles ses deux coups et l'étend mort à ses pieds. Ces femmes héroïques feraient croire vraies les fictions des romans de chevalerie.
Je formai aussi des liaisons avec plusieurs nobles polonais, qui, par leur patriotisme, par leur fierté, par leur bravoure, par leurs talens, auraient pu relever leur pays et lui rendre son indépendance ainsi que son antique gloire, si leirr nation, long-temps éclatante entre les nations hé-
ou SOUTETIRS. itïl
roîqocs, oe fut pas restée en arrière pour la tactique et pour les institutions, tandis que toute l'Europe, en s'éloignant des ténèbres féodsdes , faisait les pas les plus rapides dans la politique et dans l'art de la guerre. Ces âmes fortes me paraissaieot les géans de la fable , s'efforçant en vain de soulever tes montagnes qu'on avait entassées sur eux. Parmi les plus distingués de ces nobles polonais , je conserverai toujours un tendre souvenir pour le comte Ignace Potocki, dont l'étoquence rapide et entraînante cliarmait dans les conversations particulières et tonnait à la tribune.
La sœur du roi , madame de Cracovie , femme aussi distinguée par ses vertus que par l'aménité de son caractère, me conseillait et me pressait de retarder mon départ, parce qu'il tombait de la neige , et qu'elle prévoyait que sous peu de jours les chemins seraient impraticables. <■ Altcii- » dez , me disait-elle , que le traînaite soit éta- » b!i ; alors vous regagnerez promptement le > temps que vous nous aurez donné. ■
la nécessité d'arriver au terme de mon voyage, après de si longs séjours à Mayence, à Berlin, à Varsovie , ne me permit point de suivre cet avis, dont je ne tardai pas à reconnaître la sagesse. Ma première journée se passa sans acci*
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dens; la seconde fut difficile j la troisième on ne voyait plus de routes , la terre était couverte de quatre pieds de neige.
Cette neige s'entassait dans les villages jusqu'à la hauteur des portes , de manière qu'on n'apercevait que les toits de ces hameaux qui , de loin , ressemhlaient à des tentes éparses dans la plaine. Tous nos efforts parvenaient à peine à faire marcher de temps en temps au pas nos chevaux , et à les retirer des trous où ils tombaient fréquemment. Il fallut s'arrêter dans un très petit village, et y laisser mes trois voitures.
J'achetai des traîneaux de paysan , et je déterminai à force d'argent un courrier nisse, qui passait dans cet endroit , à me céder son kihitki. Malgré la légèreté de ces traîneaux , comme la neige ne s'affermissait pas, j'arrivai très difficilement à Bialystock.
Je m'établis de mcn mieux dans ime mauvaise auberge, où, suivant l'usage polonais, il ne manquait aux voyageurs que ce qui leur est le plus nécessaire pour la nourriture et pour le sommeil. Mais j'étais à peine depuis un quart d'heiire dnns ce triste réduit, lorsqu'un officier polonais entra dans ma chambre, et me dit que madame de Cracovie, au service de laquelle i|
ou soovEitins. i83
était attaché , lui avait envoyé l'ordre de m'inviter à loger dans soo château, où elle avait tout &it préparer pour me recevoir.
Jamais plus ohligeante invitation ne vint plus ï propos. Je suivis mon guide , et je me rendis dans cette demeure vraiment digne de la sœur d'un roi. Je trouvai ce château vaste, noble, complètement et magnifiquement meublé. Ma suite s'y logea; et, à ma grande surprise , je vis que, par l'attention la plus délicate, la comtesse y avait envoyé maître d'hôtel , cuisiniers, valets de chambre, et un grand nombre de domestiques qui vinrent prendre mes ordres.
Je reçus d'elle aussi une lettre, par laquelle elle mettait son château à ma disposition , en me priant d'y séjourner tout le temps que je voudrais, et d'y donner l'hospitalité aux voyageurs, que quelques accidens pourraient mettre dans le cas de s'y arrêter.
Me voilà donc transformé en magnat polonais, et jamais chevalier errant ne ti-ouva dans ses aventures plus noble gite et accueil plus courtois. ' n'y manquait que la dame du lieu, dont il i'é*ai» imr>o!4l(> -^B ne pas regretter vivement iV.^^. -
-c ... i.Jinii- toujours à tomber en
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abondance, et à rendre les chemins impraticables : ainsi je restai plusieurs jours à Bialystocb , où vinrent se réfugier plusieurs sei»iieurs polonais et quelques dames, arrêtés comme moi par cette froide tourmente.
Averti de leur arrivée parle majordome de madame de Cracovie. je remplis ses hospitalières intentions; je les invitai à venir au château, dont je leur Bs de mon mieux les honneurs, de sorte que pendantune semaine, au lieu d'être en prison dans ma petite auberge enfumée , je vécus en magnifique palatin , tenant bonne table , avec une société aimable et polie , employant alternativement mes soirées à causer, à jouer , à faire de la musique et à danser.
Cependant un vent du nord très froid s'éleva; la neige s'affermit; !e traînage commença à s'établi^; ce fut pour moi le signal du départ ; je remontai sur mes traîneaux, et je continuai mon voyage , emportant avec moi le souvenir îuef&rable du château de Bialystock, des bontés de madame de Cracovie , et de sa gracieuse ho^italité.
Le chemin n'était encore pratic^le que pour de légers traîneaux. Un de mes gens , resté avec mes voitures, devait, aussitôt qu'il le pourrait,
ou SOI!VEHinS. l85
me les ramener à Pétersbourg; mais il était écrit que je serais puni de n'avoir pas écouté les sa(;es conseils qu'on m'avait donnés. La neige et le feu se réunirent pour m'inflïger ce châtiment ; l'une avait emprisonné mes voitures, l'autre les incendia dans le lieu où je les avais déposées ; j'en reçus la nouvelle en Russie.
Rien ne m'arriva de remarquable jusqu'à Riga, ville forte , populeuse , commerçante , et qui ressemble plus k une ville allemande ou suédoise qu'à une ville moscovite ; je n'y restai que quelques heures, et je parcourus avec rapidité les deux cents lieues qui la séparent de Pétersbourg. Je trouvai ime route superbe , traversant quelques jolies villes et de nombreux villages, partout des postes bien servies et des aul>crges très commodes. Sous un ciel âpre ,' malgré les rigueurs d'un froid qui s'élevait à vingt-cinq de,i;rcs, on reconnaissait à chaque pas les signes de la force , de la puissance, et les traces du génie de Pierre le Grand. Son heureuse audace , changeant ce» "oides contrées en riches provinces et triom- -lan»- de la nature, était parvenue à répandre « glacoe été nell*»; I3 chaleur fécondante de
* ' v-v- - ^'""^ "irtiit de plai.sir qued'ad-
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miration , aux lieux où l'on n'avait vu jadis que de vastes , incultes et fétides marais , les nobles édifices de cette cité dont Pierre avait posé les premiers fondemens, et qui, en moins d'un ûècle, était devenue une des plus riches et des plus brillantes capitales de TEurope.
J'arrivai, le lo mars 1785, dans lliâtel que M. de La Colinière avait loué pour moi; je m'occupai avec lui , sans.tarder, des démarches à Ëùre pour hâter le moment où je verrais cette femme extraordinaire, cette célèbre Catherine que le prince de Ligne appelait, dans son style piquant et original , Catherine le Grand.
Après avoir demandé au vice-chancelier, M. le comte Ostermann, l'heure à laquelle il pourrait me recevoir, je lui portai une dépèche dontM.de Vergennes m'avait chargé ponr lui, et je le priai d'obtenir de l'impératrice L'audience dans laquelle je devais présenter mes lettres de créance à sa majesté.
Cette princesse me fit dire que le surlende* main elle me recevrait; mais elle était alors souffrante; son indisposition se prolongea, et mon audience fut retardée de huit à dix jours : ainsi j'eus , plus que je ne le voulais, le temps de me reposer, et de m' entretenir avec M. de LaColî-
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nîère , sur l'état des affaires et sur les diffôrens persoDnages de ce grand tlif-âtre où j'allais bienlùt débuter.
Je reçus plusieurs letlrcs t\e M. le comte de Vergennes, qui me parlait en détail du projet d'échange de la Bavière, et des démarches qu'avait faites le roi ]K)ur s'y opposer. Il me prescrivait de cherclier à pénétrer les véritables inten- ' tions de l'impératrice, relativement à cette alTairr, et croyait ainsi que moi qu'elle en désirait faiblement le succès, quoique son ministre, M. de Romanzo£r,eûtagi en son nom avec tant de vivacité. Le but probable de cette princesse était de s'attacher de plus en plus l'empereur, mais en l'aidant moins par des efforts réels que par des paroles, des promesses et des annonces d'armement sans effets.
Je sus bientôt que la levée de quarante mille hommes, dont on avait fuit tant de bruit, n'était que le remplacement des soldats qui manquaient au complet de l'armée, et la levée ordinaire d'un paysan sfir cinq cents. Si on avait voulu la guerre, ce contingent aurait été doublé.
J'appris aussi que l'escadre, armée à Cronstadt, a'était destinée qu'à parader sur la mer Baltique , et à s'y exercer aux évolutions navales.
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Ce qui causait, avec raison, plus de suq>rise à notre cabinet, c'était l'activité des démarches du ministère russe pour éloigner de nous l'empereur ainsi que la Hollande, et pour les rapprocher de l'Angleterre,
J'ai déjà dit que l'altercation survenue entre les Provinces-Unies et Joseph II ne fut définitivement terminée qu'à la fin de cette année 1785; mais les négociations étaient en train, notre intervention avait été acceptée, et cependant Catiierine II s'efforçait de nous en enlever le liruit , et de se faire agréer, comme seule médiatrice, par la cour de Vienne et par les Hollandais.
Je ne partageais pas à cet égard l'étonnement de AI. de Vergennes;'il me semblait assez naturel alors que l'impératrice cherchât partout à afiaiblir notre inflnence. Depuis plusieurs années j une assez grande froideur régnait entre les cabinets de Versailles et de Pétersbourg. Le duc de Choieeol avait peu ménagé l'amour-propre de Catherine IL On croyait en Russie que l'ouvrage satirique de l'abbé C'iiappe avait été inspiré par ce miftistre.
De plus nous nous étions montrés contraires, en Pologne, à l'élection du roi Stanislas-Auguste. Plus tard, et à l'époque du premier partage de ce royaume , le ministère de l^ouis XV, bien que
on souvnrms. i8g
manquant d'énergie, avait manifesté des intentions hostites contre la Russie.
Enfin, l'ambition de l'impératrice ayant pour but principal la destructtoo de l'empire ottoman, la protection ouverte que nous accordions au grand-seigneur, blessait la passion la plus vive de cette princesse; le secret de sa politique se dévoilait suffisamment par cette passion, et c'était pour la satisfaire qu'abandonnant son ancienne alliance avec Frédéric , elle cherchait constamment à resserrer les liens qui l'unissaient à l'Angleterre , et surtout à Joseph II, dont elle espérait obtenir un utile concours dans ses vastes projets.
M. de La Colinière m'apprit que l'incommodité dont se plaignait l'impératrice, et qui retardait mon audience, avait pour cause un vif chagrin; elle venait de perdre son aide de camp , M. de Landskoy : de tous ses favoris, c'était peut-être celui qui lui avait inspiré le plus d'affection. Il la méritait, disait-on, par un sentiment sincère, fidèle et dégagé d'ambition ; enfin il lui avait per- MioHi^ . tmalgri lo 'listan"" H*>s rangs et la différence ^~.j^. , ... ■:-A-i- '^.«^iierine et non l'impéra-
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