‹ Mémoires, souvenirs et anecdotes (volume 3)Chapitre 6 sur 14 · J^O BI^MOIRES · texte numérisé non relu

J^O BI^MOIRES

même, redoublait mon désir de la conoaître personnellement : cependant, son premier pas pour monter au trône refroidissait parfois mon enthousiasme ; mais, indépendamment de l'incer' titude de plusieurs personnes dignes de foi, sur la part réelle que Cattierine avait prise à la dernière scène de cette catastrophe, j'ai toujours pensé qu'on peut , sans blesser la morale, lor** qu'on juge les grands hommes et les monarques célèbres, mettre dans la balance où l'on pèse leurs actions, le poids des circonstances dans lesquelles ils se trouvaient, et faire ainsi de leurs qualités et de leurs défauts une part convenable à leur époque , à leur position , et aux mœtirs des peuples qu'ils gouvernaient.

Or, personne n'ignore que non-seulement la Russie était restée plus long-temps que toutes les autres contrées de l'Europe plongée dans les ténèbres; mais que, pendant la durée du dix-septième siècle, et même jusqu'au règne de Pieire in, l'empreinte des mœurs barbares, loin d'étrs effitcée, se lisait en caractères de sang sur les marches du trône des czars.

Ces princes, à peine sortis du joug des Tartares, devinreot, en brisant leurs chaînes, des despotes sanguinaires. Chacun d'eux semblait ne

ou sonvENins. 191

pouvoir monter au rang suprême qu'en foulant aux pieds le corps de son prédécesseur.

Ivan IV tua un de ses fils et mourut dans ua cloître. Fœdor l*'' ne régna qu'après avoir immolé Déraélrius-Uu faux Démétrius, le moiau Otrépiew, étrangla et détrôna Fcedor II. Wassily, qui lui devait la vie , l'immola à son tour. Ce même Was* sily finit ses jours dans un couvent.

Alors le sceptre des czars passa dans les mains de Michel RomanofF; ce prince, originaire de Prusse, fut la tige de la dynastie actuelle. Alexis, son fib, lui succéda; il fut le père de Fcedor III, d'Ivan et de Pierre. Fœdor mourut sans enfans, et laissa à ses frères un trône qui excita cntr'eux la discorde. Ivan ne conserva bientôt que le titre de czar , et céda le sceptre à son immortel frère Pierre I*"".

Ce monarque, puissant à ta guerre, profond en politique, était doué d'un vaste génie. Mais, comme il le dit avec fcanchisc , réformateur de son empire , il ne put se réformer lui-même. Cruel dans sa cour , barbare au sein de sa iamille, il «vïtiHaTTina i mn^t «on fils Alexis; et, donnant -..i-t-icu/- -M — i"it raille strélitzquicompo- -1^, .sawa- i,.,ii^...v.i,raeeaIui-mémeàcettebou- ■— 1-ir ■*. ,u, ,.r..r.j.<e, .es stupides bourreaux.

Pierre, ayant répudié sa prenait fiAimë'Ea^ doxie, épousa Gatlieriaer'^, née^dans la dasÊtilâ plus inHérieure, et sortie des bras.de' pluainM amans; il mourut. Cath^îne, ilsurpaiit leâ 'âilÉti du 61s d'Alexis, s'empara du sceptre; tile le. diiri^ nait, en mourant, k sa fiUe^tiée. BbosS plaça sur le trône le gra&d-duc, 'fils da je reux AlexiA, et qui prit le nom de Pierre IL Soil règne fut court; Anne, duchesse de Courlamiè} lui succéda, et, dominée par son fiiTori Mrear,' couvrit les édia&uds de; victittes, et petqdftW Sibérie d'exilés.- '".'

Dans ses derniers momens, elle avàit'l^iié tMr pouToiràun enfant, nommélvan, desoeàidi^l^ frère de Pierre le Grand, par sa mère, la dadiéMk de Brunswi(;b; mais une autre princesse» JieiecÉ dante de Pierre le Grand, Elisabeth, arrMto'll; jeune Ivan de son berceau, l'enferma dans ii$lf'' forteresse, et se fit proclamer impératrice. - i.'l;*'^,-

Après vingt ans de règae, Elisabeth, aulîmdt''; terminer les malheurs d'Ivan et de lui rep^e'lf ' trône, y appela son neveu, le duc deHoliMUf): Gottorp , qui régna sous le nom de Pierre Œ'^ -^ff • fut bientôt renversé de ce trône par s Catherinell, au moment où il voulait la i et la &ire languir dans une captivité s

on soovEBms. 19$

Après avoir tracé i regret ce rapide et terrible tableau, détournons-en nos regards pour voir par quelles grandes qualités, par queb talens, par quelle élévation de caractère et par quelle fortune * Catherine II, légîdatrice de son empire, parvint k couvrir de palmes et de lauriers la première et triste page de son histoire.

En peu de mots essayons d'esquisser l'ensemble d'une vie si célèbre, qui n'a point manqué de censeurs austères, mais qui mérite aussi les justes éloges de la postérité; car la souveraine d'i^n grand empire , quelques reproches qu'on puisse faire à sa politique ambitieuse, est encore digne d'être louée , lorsque la voix de tout un peuple proclame qu'elle est aimée.

Catherine, fille du prince d'Ânhait-Zerbst, portait dans son enfance les noms de Sophie-Auguste-Dorothée d'Anhalt. Elle prit celui de Catherine en embrassant la rdigion grecque, lorsqu'elle épousa son cousin Charles-Frédéric , duc de Holstein-Gottoip , que l'impératrice Elisabeth 'enait de désigner pour son héritier, et de nommer ^••and-duc de Russie.

in»..^,, inior la fil' rJus mal assortie : la na- ^"'' -■'■' "".uoiiî ^ur le jeune grand-duc,

■ ,--.,. ■■*. ■,.-i,..Kfi« *n fii^'-'ir de Catt^rine. 11

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semblait que, par un étrange caprice , le sort eût voulu donner au mari la pusillanimité , l'inconséquence , la déraison d'un être destiné à servir, et à sa femme l'esprit , le courage et la fermeté d'un homme né pour gouverner. Aussi l'un se montra sur le trône et en disparut comme une ombre ^tandis que l'autre s'y maintint avec éclat. Le génie de Catherine était vaste , son esprit fin ; on voyait en elle un mélange étonnant des qualités qu'on trouve le plus rarement réunies. Tfiop sensible aux plaisirs , et cependant assidue au travail, elle était naturelle dans sa vie privée, dissimulée dans sa politique; son ambition ne connaissait point de bornes, mais elle la dirigeait avec prudence. Constante non dans ses passions , mais dans ses amitiés, elle s'était fait en administration et en politique des principes fixes ; jamais elle n'ubandonna ni un ami ni un projet.

JVJajestueuse en public, bonne et même familière en société, sa gravité conservait de Teujouement; sa gaîté, de la décence. Avec une âme élevée , elle ne montrait qu'une imagination médiocre ; sa conversation même semblait peu brillante , hors les cas très rares où elle se laissait aller à parler d'histoire et de politique : alors son caractère donnait de l'éclat à ses paroles; c'était

ou souvEETins. 19J

une reine imposante et une particulière aimable.

La majesté de son front et le port de sa tète , ainsi que la fierté de son r^ard et la dignité de son maintien , paraissaient grandir sa taille naturellement peu élevée. Elle avait le nez aquilin, la bouche gracieuse, des yeux bleus et des sourcils noirs, un regard très doux quand elle le vou* lait, et un sourire attrayant.

Pour déguiser l'embonpoint que l'âge, qui efface toutes les grâces, avait amené, elle portait une robe ample avec de larges manches, babillement presque semblable à l'ancien habit moscovite. La blancheur et l'éclat de son teint iirent les attraits qu'elle conserva le plus longtemps.

Trop entraînée, par d'autres penchans , elle avait ail moins la vertu de la sobriété , et quelques voyageurs satiriques ont commis une grossière erreur en aflirmant qu'elle buvait beaucoup de vin; ils ignoraient qu'habituellement la liqueur vermeille qui remplissait son verre, n'était que de l'eau de groseilles.

Cette princesse ne soupait jamais; elle se levait à six heures du matin, et faisait elle-même son feu. Elle travaillait d'abord avec sou lieutenant de police et ensuite avec ses ministres.

rgS u^moiuks

ïtarèment à sa table, servie comme celle d'un particulier, cm voyait plus de huit convives. Là, comme aux dîners de Frédéric , l'étiquette était proscrite et la liberté permise.

Philosophe par opinion , elle se montrait rdigieuse par politique; jamais personne ne set avec une aussi inconcevable facilité passer des plaisirs aux affaires; jamais on ne la vit entraînée par les uns au-delà de sa volonté ou de ses intérêts, ni absorbée par les autres au point d'en paraître moins aimable. Dictant elle-même à ses ministres les dépêches les plus importantes, ils ne furent réellement que ses secrétaires, et son conseil n'était éclairé et dirigé que par elle.

Catherine , jeime , étrangère , soudainement transplantée dans un empire dont il lui allait étudier à la fois la langue , les lois et les moeurs, avait vu l'aurore de sa destinée entourée des plus sombres nuages. Unie à un prince qui, loin de l'aimer , sentait avec jalousie sa supériorité ; dépendante d'une impératrice dont le caractère indolent, voluptueux et méfiant, ne lui offrait que des-écu«ls au lieu de protection, elle ne voyait devant elle de perspective que la captivité, l'exil ou la mort; car la nature lui avait donné trop d'esprit , trop de talent <t trop de fierté, pour

or soTivTinns. i^-

qu'une tranquille obscurité dans la disgrâce pût être son partage.

La langueur où tomba Elisabeth , usée par de honteux excès > accrut bientôt les périls qui menaçaient Catherine. L'impératrice prenant ea aversion le grand-duc son neveu, et jalouse des charmes de la grande-ducfaesse, portait uniquement son affection sur TenCuit qui devait te jour à Pierre et à Catherine.

La cour était livrée aux intrigues : chaque jour voyût éclore quelques projets conçus par des ambitieux , dont les uns espéraient dominer en dirigeant l'esprit de l'héritier du trône , d'autres en s'emparant de celui de la grande-duchesse.

Enfin un ministre habile et audacieux voulait enlever le sceptre au grand-duc , le placer dans les mains de son fils> iaible enËint , au nom duquel il pourrait gouverner l'empire, affranchir la noblesse, et changer ainsi l'autocratie moscovite en monarchie aristocratique et européenne.

La mourante Elisabeth, tour à tour assailliepar des conseils opposés, se réconcilia, avant d'expirer, avec Catherine et son époux. Elle mourut, et Pierre m lui succéda.

D'abord ce prince, effrayé d'un fardeau si disproportionné k ses forces , se rapprocha de Ca-

igS MÉMOIRES

therine, écouta ses conseils avec déférence, et parut déterminé à vaincre son indolence, comme ses penchans vicieux; mais bientôt son aversion secrète pour sa femme , les intrigues d'une maitresse et la bassesse de quelques courtisans firent disparaître ces courtes lueurs d'une raison incompatible avec la mobilité de son caractèi%.

Il est vrai que la conduite de l'impératrice ne s'était pas trouvée à l'abri de justes reproches : des liaisons coupables l'avaient consolée des chagrins que lui causait l'indifférence de son époux. On aigrit facilement les blessures d'une jalousie fondée. Herre passa rapidement du refroidissement à la haine; son lien lui pesait, il voidait en former un autre, et la perte de Catherine fut résolue.

Cependant cette princesse, au milieu de dangers si imminens, et forcée par eux, malgré les pencbans de sa jeunesse, à faire des pas rapides dans la triste carrière de l'intrigue des a>urs et d'une politique ambitieuse , avait su se concilier de nombreux partisans.

I.es grands étaient charmés de son attrayante aménité; le peuple, la voyant affable, douce ^ bienfaisante, assidue aux devoirs de la religion, l'aimait et la révérait. Tout le clergé croyait qu'il

oc SOnVEVIRS. lljÇl

régnait par son influence. La raagnifîceuce de ses dons lui assurait le zélé des militaires, auxquels elle prodiguait des éloges encourageans et des bieniaits.

Ainsi au moment où son faible et bizarre époux voulut la répudier et l'enfermer, afin de donner sa main et sa couronne » la comtesse de WoronzofiT, ce iut lui qui se vit détrôné.

On prétendait que son dessein était de déclarer illégitime la naissance de Paul Pétrowitz, son fils,qu*il regardait comme le fruit d'un commerce criminel. Cette violente résolution grossit te parli de Catherine en y joignant tous ceux qui , sans affection pour cette princesse , voulaient soutenir la cause d'un auguste enlitnt près de se voir sacrifié à la haine d'une maîtresse ambitieuse.

Pierre III s'était encore attiré de plus dangereux ennemis par ses injustes mépris ponr l'armée russe, et par les ser\iles hommages qu'il rendait à l'armée prussienne et a son héroïque chef. %aré par cet enthousiasme, il l'avait poussé au point d'accepter un grade dans les troupes de Frédéric , et de l'appeler souvent son général et snn maître.

Cependant le vieux maréclial Munich et im assez grand nombre de soldats fidèles tntoti-

raient l'empereur. L'indiscrétion et rétoTirdericde quelques jeunes officiers* conjurés dans le dessein de soustraire Cutherine aux coups qui- la ni^'naraient, avaient trahi leur complot mal concerte.

La moindre fermeté aurait dissipé cet orage r vainement la jeune impératrice, s'échappant la nuit du palais de PétershoiF, avait été enlevée par les Orloff, conduite à Pétersbourg et prodamée souveraine par quelques rebelles; Pierre, en marchant au devant elle , sous l'égide de Munich et à la tête de ses soldats , aurait facilenxent triomphé ; mais sa pusillanimité le perdit.

Après avoir iiii à Cronstadt , dont il trouTa les portes fermées,ùl revint tremblant, indécis, changeant à chaque minute de desseins, passant rapidement de la colère au découragement, et de& menaces aux prières. La fermeté de Munich ne put rallumer en lui une étincelle de courage.

Bientôt chacun l'abandonne ; il renvoie hù-mâme }e& soldats prêts à combattre pour lui ;. il essaie tardivement de négocier, dépose ses faibles armes, se soumet , signe l'abdication d'une couronne qu^ se reconnaît incapable de porter, et se livre eatre 'es mains des rebelles.

L'impératrice , qui avait refusé de le voir, l'en-

ou souTiiriits. iot

Toya dans une maison de campagne : là, les conjurés, après six jours d'horrible méditation, et redoutant la lenteur d'un poison qu'ils lui avaient donné , l'étranglèrent.

Une proclamation , qui ne trompa personne , attribua cette mort vi(^ente aux décrets de la Providence, et k mie malatUe dont cet infortuné prince , disait-on , avait éprouvé de fréquens accès.

Ce fut par ce concourt étrange d'érénemens , que la fille d'un petit prince d'Allemagne devint la souveraine d'un grand empire. Catherine II , échappée au divorce , k la prison , et parvenue au trône par l'adresse d'mi esprit délié, parles attentats de quelques conjurés audacieux, sut se maintenir sur ce trône périlleux, eu y déployant la prudence d'un génie éclairé et la fermeté d''uB grand caractère.

Son r^ne brilla d'un tel éclat, que les taches en pâlirent Si l'on déchire une page de sa vie, on concevra comment le prince de ligne disait que Catherine, populaire et généreuse comme lenri IV, fière, tendre et victorieuse comme r^uJc Tcxv, réimil en elle les grandes qualités et

- ^.iiir — s de ces He"T '«nonarques.

■i.-u /r4déri« .v..nt son r»>froidissement

pour cette princesse, se montra souvent son adulateur, a Si plusieurs reines, disait-il, ont acquis » une grande célébrité , comme Sémiramis par I«s » armes, Elisabeth d'Angleterre par son habileté » politique , Marie-Thérèse par son étonnante fer- » meté dans les périls, Catherine seule a mérité » le nom de législatrice. »

La vérité , dont l'histoire ne doit jamais s'écarter, veut que, sans déguiser ce que la morale condamne, on reconnaisse en même temps les grands talens , les grands succès , ainsi que les qualités nobles et généreuses qui firent en quelque sorte ajbsoudre Catherine aux yeux du monde, par l'aflection de son peuple et par la gloire.

La nouvelle impératrice ne tarda point à prouver à ses sujets qu'elle s'élevait au-dessus de toutes craintes , moyen te plus sur pour éloigner tout péril. Son administration fut calme et douce, comme si , née sur le trône, elle avait recneilU un paisible héritage.

Une seule révolte troubla momentanément la paix intérieure de la Russie : Ptigatcheff, Cosaque du Don, audacieux brigand , prit les armes sous le faux nom de Pierre m, séduisit une foule aveugle de paysans , pendit un grand nombre de nobles , fut attaqué , battu , poursuivi et livré aux

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généraux de Catherine par ses propres soldats. On eut quelque peine k obtenir de l'impératrice l'ordre de son supplice , parce que la peine de mort était bannie de sa législation.

Comine elle n'était ni faible ni méfiante , et que chacun, sous son règne , gardait avec sécurité ses charges et ses emplois, l'intrigue n'avitit à sa cour ni but ni activité. Aussi elle put se livrer sans inquiétude à la politique extérieure , et h l'exécution des vastes desseins de son ambitieux génie.

Bientôt, malgré tous les efforts de la maison de Saxe, elle rétablit les Biren en Courlande. Habile dans l'art de lier l'ambition des autres monarques à la sienne , après avoir donné un roi à la Pologne, et voyant que ce prince n'était ni assez fort pour se défendre en roi ,. ni assez docile pour la servir comme lieutenant , elle partagea avec ses alliés ce malheureux pays, et agrandit ainsi son empire par d'injustes dépouilles. D'un autre côté, marchant avec éclat sur la ligne tracée par Pierre le Grand , elle vainquit les Ottomans , peuple barbare,jadisreffroi de l'Europe, et dont la ruine inévitable ne fut alors et n'est encore retardée que par la déplorable rivalité des monarques chrétiens. Cinq cent mille Turc» l'avaient atta-

ao4 MEMOIRES

quée : Catherine en détruisit \» moitié par de sanglantes victoires où s'illustrèrent Romanzoff et Repnin>

Au grand étonnement du monde, on vit de»

flottes russes déployer leurs voiles sur l'Océan , traverser la Méditerranée, ranimer le» cendres de Sparte , annoncer aux Grecs le réveil liitur de la liberté , et incendier l'armée navale des musulmans dans le golle de Tscbesmé;^ enfin,- le grand -visir ayant été cerné à Schumla' par BomanzofF, l'ombre de Pierre le Grand fut vengée^

Le sultan , vaincu et forcé de conclure une paix honteuse , céda aux Russes la Nouvelle - Servie , ÂzofF, Taganrock , la libre navigation de la mer Noire , et reconnut l'indépendance de la Crâtnée. Plus tard Catherine enleva au kan Sahim-Gberay cette presqu'île, et conquit tout le Kuban , ainsi qucHledeTaman.

En marchant à ces conquêtes , ses troupes pénétrèrent par surprise dans le pays des Zaporaviens , peuple qui habitait les îles du Borysthène,. près des Cataractes ; c'était ime république de Cosaques émigrés , ne vivant que de brigandage et de dépouilles enlevées tour à tour aux Turcs, aux Polonais et aux Tartares.

Ces Cosaques pillaient même quelquefi»s les

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Russes, quoiqu'ils reoomiussefit pour la forme la suzeraineté de Tempire des czars, et que , depuis la femeuse révolte de Mazeppa leur chef, allié si fatal de Charles XII , ils eussent été contraints à recevoir pour prince un hetinan nommé par les czars.

Dans cette singulière et belliqueuse république, on n'admettait aucune iènune ; les captives étrangères, fruits de leurs caurses et gardées avec soin dans leurs camps, hors de leurs frontières, ne pouvaient franchir ces limites et entrer dans le territoire zaporavien. Quand ces infortunées victimes de leur violence mettaient au monde des •nfans , les mâles entraient dans les iles avec leurs pères; tes mères et les filles étaient chassées avec mépris.

11 était plus &cile d'anéantir que de soumettre une tdle république. Les Russes exterminèrent une partie de ces sauvages guerriers, et en enlevèrent soixante mille qu'ils dispersèrent sur les côtes de la mer Noire. On en fît des matelots pour -armer les escadres créées par Catherine sur le f ont-Ëuxin.

Telles avaient été les guerres heureuses et les «enquêtes croissantes de l'impératrices , lorsque j'arrivai i sa cour. Depuis , et dans les dernières

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années de son règne, combattant de nouveau lés Titres , elle brûla leur flotte à remboucbure du Borjsthène, leur enleva Oczakofif, conquit la Géorgie, s'empara de Choczim, envahit la Moldavie,'prit Bender, Imail, et remporta plusieurs victoires, où périrent plus de quarante mille Turcs.

La paix de Jassy, en 179a, donna auiC Russes le Dniester pour limite , la possession tranquille du Caucase; Catherine, maîtresse delà Géorgie, étendit ses domaines jusqu'aux frontières de la Perse.

La Pologne, une seconde fois démembrée par elle , perdit son indépendance et jusqu'à sdn nom. La Courlande devint une province nitse.

Pendant cette longue série de triomphes et d'agrandissement, un seul et fuible motif d'inquiétude put troubler quelques instans sa tranquillité. L'infortuné prince Ivan languissait toujours dans un fort où l'avait relégué l'usurpation d'Elisabeth.

Un officier russe, en garnison dans ce fort, marche à la tête de quelques soldais vers la prison du prince détrôné, en enfonce la porte, et veut rendre la liberté au captif qu'il proclame empereur.

Alors le commandant surpris exécute l'an*

ou souvEaiRS. ao7

cieiine consigne donnée par Klisaljt'ih , et trancbe tes jours d'Ivan. L'officier rebelle, déconcerté , fut désarmé , arrêté , jugé et condamné.

Cependant la mort du malheureux Ivan fut encore imputée à l'impératrice; mais tous 1rs hommes dignes de foi, qui m'ont parlé en Ilus^e de cet événement, traitaient cette accusation d'injustice et de calomnie.

Tandis qiie les généraux de Catherine étendaient sa gloire et son empire, elle s'occupait avec activité des plans qu'elle avait formés pour la réforme de son administration intérieure, et pour accélérer dans ses États les progrès de la civiUsation , autant que les mœurs de son peuple le permettaient.

Les lois en Russie ne formaient qu'un chaos : chaque prince en avait publié de nouvelles sans abroger les anciennes; toutes se contredisaient; les juges, n'ayant pour guide et pour appui ni règles ni principes, ne pouvaient prononcer que des jiigemens arbitraires. Catherine, cherchant à débrouiller ce chaos , organisa des tribunaux réguliers et s'efforça d'établir une jurisprudence uniforme.

Par im sentiment généreux et qui pour la première fois peut-être entra dans l'esprit d'un rao-

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narque absolu, Fimpératrice convoqua dans Moscou tes députés des difiérens peuples de son vaste empire, pour délibérer avec eux sur les lois qu'elle voulait leur donner.

On lut devant cette assemblée solennelle l'introduction du code que cette princesse projetait. Cet ouvrage, devenu célèbre, avait été traduit eu russe; mais l'original était tracé &a français par la main de Catherine. On me l'a montré à la bibliothèque de Pétersbourg , et je vis avec surprise que c'était un résumé assez complet des masjmes de notre immortel Montesquieu.

Cette assemblée d'états si nouvelle, si imp^ vue, ne répondit pas à l'espoir qu'on en avait conçu : lorsque, après avoir accueilli par des acclamations unanimes le discours qui annonçait les intuitions impériales, la discussion s'ouvrit, une partie nombreuse des députés s'opposa au projet de l'afiranchissement des paysans ; d'autres élevèrent des prétentions trop limitatives du pouvoir impérial, ou trop favorables à l'aristocratie.

Les députés des Samoïèdes , tribus sauvages , dirent un avis remarquable par sa frandw naïveté : « Nous sommes , dirent-Us, deshommes i> simples; notre vie est employée à faire paître j» nos rennes; nous n'avons pas besoin de code;

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• mais &ites seulemeot pour les Biiues iios vol* » sins, et pour les gouvcrneun que tous nous K donnez, des lois qui les.enipèdaent de nous op< > primer. Nous sat>DS coutens , et il ne nous faut » rien de -plus. >

Cepeitdant, au bruit de ces discussions , les seHs de quelques seigneurs, agités par l'espoir de la liberté, commençaient eu plusieurs lieux à fiiire craindre des insurrections. L'assemblée fut dissoute, et l'impératrice se vit réduite à ré' diger seule ses lois.

Elle en fit plusieurs relatives à ta justice et i l'administration; mais elle ne put fonder aucune de ces grandes institutions qui exigent, pour donner quelque espoir de succès, un sol propice, des mœurs analogues auK vues du législateur , et un concours bien rare de circonstances fovorables.

Souvent Catheriue, avec la fierté d'un amourprc^re «atisfait, m'a parlé de deux ukases aux> quels elle attachait beaucoup de prix : l'un était rdatif à l'organisation de la noblesse et de ses assemblées, l'autre i l'abolition des duels. L'int-nfion -t*- ces deux lois était généreuse , politip.,.. .rn...>-.t|»>> rooendantla première laissait tou- '1 {j.rt...!^ ^..-mmi» j»i» pouvoir arbitraire!, elle

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préjugé du point d'honneur résista à la seconde.

L'impératrice érigea sur une place de Pétersbourg une statue en bronze à Pierre le Grand : ce monument, dû au talent de Falconnet, a pour base une immense roche de granit qui lui sert de piédestal.

Cette princesse, dont l'activité était sans bornes créa une académie, ainsi que des banques publiques k Pétersbourg, et même en Sibérie.

La Russie lui doit des Êibriques en acier , des tanneries , un grand nombre de manufactures , des fonderies, et l'introduction des vers à soie en Ukraine.

Donnant à ses peuples l'exemple de la raison et du courage, elle fit adopter l'inoculation en Russie, et s'y soumit la première.

Par son ordre ses ministres conclurent des traités de commerce avec toutes les puissances dç l'Europe. Sous son règne, à l'extrémité de la Sibérie, la ville de Kiakta devint un marché où se réunirent les Russes et les Chinois.

A Pétersbourg, une école militaire et des écoles de mariiie formèrent aux sciences de la guerre une jeunesse belliqueuse. Un collège , fondé pour les Grecs, annonçait assez clairement les desseins et les espérances de l'impératrice.

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On vit avec un do-jl,!'; ■ ■•,-,i.' , r ■ aiitocrutricc, iiivii']ii:irit 1.1 ),lid/,.,|, . - D'Alembi'rt eu Hii,,.-, ],.,... :■., .,.,',.

2 I 2 uiéhoihes

tion de l'héritier du trône, et le philosophe refuser cette occasion de propager ses principes par l'influence d'un tel élève.

Diderot, au contraire, vint avec orgueil à la cour de Catherine; elle admira son esprit, nlai& elle rejeta ses doctrines dont la théorie était spécieuse, et l;i pratique impossible.

L'impératrice, dirigeant elle-même avec soin l'éducation de ses petits-fils, Alexandre et Constantin, composa pour eux des Contes moraux et un Jbrégé de l'histoire des premiers temps de la Russie ^ qui sera bientôt connu en France, traduit et inséré dans un ouvrage que mon 61s, le général Philippe de Ségur, se propose de publier, et dans lequel il retracera ces époques reculées des annales russes.

Catherine, avant de terminer son r^ne, changea en ville plus de trois cents bourgs, et compléta l'organisation administrative et judiciaire de toutes les provinces de l'empire. Sa cour fut le rendez-vous de tous les princes et de tous les personnages célèbres de son siècle.

Avant elle Pétersbourg , dans son horizon de glace, était un point presque inaperçu et qui semblait tenir à l'Asie; sous son règne, la Russie devint européenne; Pétersbourg brilla entre les

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capitales du monde civilisé « et le trône des czars s'éleva ati premier rang des trônes les plus puissaos et les plus respectés.

Telle était l'illustre souveraine prés de laquelle j'étais accrédité: il est ^ile de juger, d'après cette courte esquisse , de l'émotion avec laquelle j'attendais le jour où je devais être admis en présence d'une princesse si extraordinaire et d'une femme si célèbre.

Depuis peu de jours , je savais qu'on s'était efforcé de prévenir l'impératrice contre moi. M. de I^ CoUoière allait habituellement chez madame la comtesse de Bruce, dont le mari était gouverneur de Pétersbourg. Madame de Bruce, tante du comte Nicolas de Aomanzoff, s'était acquis assez de célébrité par les grâces de sa figure et de son esprit, et par la longue faveur dont l'impératrice l'avait honorée jusqu'au moment où un accès de jalousie refroidit pour elle cette priucesse.

Madame de Bruce s'était plainte vivement à M. de la Colinière de mes procédés, à Mayence, à l'égard de son neveu. Celui-ci, dans ses lettres et ses dépèches, m'avait représenté comme un jeime Français arrogant , présomptueux et querelleur; il m'accusait de hii avoir enlevé trcs im-

-, .^ MEUUIRES

't«>uin«at la place qu'il devait occciiper à la table .* i'etecteur.

Ltj bruit de cette altercation s'était déjà ré- •diiJu dans la ville. Le comte de Goé'rtz, miais- ■,[■« JePrtisse, m'en avait parlé; il attribuait en ;Mi'tie le retard de mon audience à l'huraeor que i iittpêratrice en avait i-essentie.

Je vis combien il était nécessaire de faire ces- ^lt promptement ces plaintes mal fondées, et qui juruient pu laisser a Catherine des impressions làoluMises contre moi.

M. de La Coliniérc revit a ce sujet madame de Bruce, et lui dit, de ma part, qu'en déclamant ainsi et en exagérant les faits , ce serait à son neveu seul qu'elle ferait tort. Comme il n'y avait point eu de querelles ni d'explications entre lui elnaoi, en supposer une , était une tracasserie gratuite ; et, dans le cas où il aurait existé quelque altercation, il était facile de sentir qu'on donnerait tout le tort à M. de Romanzoff, puisque, croyant, même sans sujet , avoir éprouvé de moi une irapolitesse, it ne m'en avait point parlé.

La comtesse comprit, avec son tact ordinaire, la justesse de ces réflexions, et chercha promptemeBt h faire tomber tons ces bruits im peu K'gè- ■^^Nit répandus.

ov soirVKitiHS. ai5

Ce qui me servit encore mieux dans cette occasi(»i , c'est que le prince Potemkin, en en parlant à l'impératrice , se montra mécontent de la dépêche du comte de ItomanzofT, qui, disait-il, 6'était formalisé sans sujet, et aurait dû plutôt, pour une si petite affaire , s'expliquer avec moi que de se plaindre à sa cour.

J'obtins enfm mon audience, et peu s'en iallut que mon début ne devînt malencontreux : j'avais , conformément à l'usage , donné an vicechancelier la copie du discours que je devais prononcer ; arrivé au palais impérial , le comte de Cobentzel, ambassadeur d'Autriche , vint me trouver dans le cabinet 9Ù j'attendais le moment d'être présenté.

Sa conversation vive , animée , et l'importance de quelques affaires dont il me parla , m'occupèrent assez pour me distraire complètement , do sorte qu'à l'ioslant où l'on m'avertit que l'impératrice allait me recevoir, je m'aper^-us que j'avais totalement oublié le discours que je devais lui adresser.

Je cherchais vainement à me le nippelei- <'ii traversant les appartemens , quand tout à coup on ouvrit la porte de celui où se tenait l'imirératrioe. Elle était richernciit parée et debout, U

al6 It^MOIRZS

main appuyée sur une colonne ; sob air majestueux, la dignité de son maintien, la fierté de son regard , sa pose un peu théâtrale, en me frappant de surprise , achevèrent de troubler ma mémoire.

Heureusement, au lieu de tenter des efibrts inutiles pour la réveiller, je pris soudainement le p^rti d'improviser un discours , dans lequel il ne se trouvait peut-être pas deux mots de celui qui avait été communiqué à l'impératrice, et pour lequel elle avait préparé sa réponse.

Une légère surprise se peignit sur ses traits; cd qui ne l'empêcha pas de me répondre sur-le^^iaïap avec autant d'affabilité que de grâce , en ajoatanl même à sa réponse quelques paroles personnel» lement obligeantes pour moi.

Ayant ensuite reçu et remis au vice-chancelier ma lettre de créance, elle m'adressa di£férentes questions sur la cour de France, et sur mon voyag* à Berlin et ^ Varsovie. Elle me parla aussi 4é M. Grimm et de ses lettres, dans le dessein pro* bable de me laisser entrevoir les dispositlonB ikvorables que cette correspondance lui avait inspirées , relativement au nouveau minîstrede Frentie accrédité près d'elle.

Depuis, lorsque cette princesse m'eut admis

OD 80DVZHIBS. 317

dans son intimité, «lie me rappela cette audieoce « Que vous est-il donc arrivé, xne dit-elle , mon- M sieur le comte, la première fois que je vous ai a vu, et par quelle Êtntaisie avez vous soudaine- » ment changé le discours que vous deviez m'a- » dresser ? ce qui m'a surprise et forcée à changer

> aussi ma réponse, v

Je lut avouai que je m'étais senti un moment troublé en présence de tant de gloire et de majesté. « Mais, madame, ajout» -je, je pensai B promptement que cet embarras, très simple » pour un particulier , n'était nullement conve- « nable à mi représmtant du roi de France i ce B fut ce qui me décida , au lieu de tourmenter ma • mémoire, à vous exprimer, dans les termes qui

> vinrent les premiers à mon esprit, les sentimens » de mon souverain pour votre majesté , et ceux » que m'inspiraient votre renommée et votre » personne. »

«Vous avez bien fait,me répondit-elle ; chacun

> a ses défauts ; moi , je suis très sujette à prévenu tion : je me souviens qu'un de vos prédécesseurs,

'e K-i"- qu'il me fut présenté , se troubla telle- ■— ft. qu'il ne put me dire que ces mots : Le rai

- —'■■■ nntfrA J'af-tcnHais le reste; il redit

"■ — iniu. .ti'uire... i>t n'alla pas

liti MÉMOIRES

V pliis loin; enSn, la troisième fois , venant ii son- » secours, je lui dis que depuis long -temps je » connaissais l'amitié du roi son maître pour moi. M Tout le monde m'a assuré que c'était un homme » d'esprit, et cependant sa timidité me laissa b)u- » jours contre lui une prévention injuste, et que » je me reproche , comme -vous le voyez , un peu » tardivement. »

Le même jour je fus présenté au grand-duc Paul Petrowitz, k la grande -duchesse, et à leur fils le grand-duc Alexandre , depuis empereiur, qui vient de mourir après un règne glorieux. C'était ta première fois que ce prince, âgé de sept ans , recevait un ambassadeur et écoutait une harangue. J'ai toujours trouvé très ridicule l'usage d'adresser de graves paroles à un en£uit; aussi je ne lui dis que quelques mots sur son éducation, et sur les espéi'ances qu'on en concevait.

Un de nos célèbres magistrats lit un jour beaucoup mieux ; je crois que c'était M. de Malesherbes. Chargé, à la tète d'une cour souveraine, de haranguer un dauphin au berceau, et qui, loin de pouvoir entendre une parole, ne savait encore que crier et pleurer pour exprimer ses désirs et ses douleurs, il lui dit seulement: « Puisse, mon- » seigneur, votre altesse royale, pour le bon-

ou SOUVENIRS. 3I()

» heiir de la France et le sien , se rnoiitrer toii- » jours aussi insensible et sourde au langage de » la flatterie , qu'elle l'est aujourd'hui au discours n que j'ai l'honneur de prononcer devant elle ! »

L'accueil du grand-dnc Paul et de la grandeduchesse lîit obligeant pour moi. Les hommages qu'ils avaient reçus en France récemm' nt, les disposaient favorablement pour tout Français ; et, lorsqu'ils m'admirent plus particulièrement dans leur société , je fus à portée de connaître toutes les qualités rares , qui , à cette époque , leur méritaient l'affection générale.

J'ai dit lein- société, parce qu'en effet, si l'on en excepte les jours de représentation, leur cercle , quoique assez nombreux , semblait , surtout à la campagne , plutôt une aimable société qu'uue cour gênante! Jamais famille particulièro ne fit avec plus d'aisance . de griice , de simplicité, los honneurs de sa maison : dîners, bflls, spettaclos et fêtes , tout y était marqué à l'empreinte de la plus noble décence , du meilleur ton et du goùl le plus délicat.

La grande-duchesse, majestueuse, affable vt nah'HIe, belle sans coquetterie, aimable sans ap|(r" Innnait l'idée de la vertu parée. Paul ■if--- . ... jlairp ■■! My,t i..sii-iiitr :ji> r-'marqiwit

en lui une grande vivacité d'esprit et une noble élévation dans le caractère.

Mais bientôt, et sans qu'il fut nécessaire d'une longue observation , on apercevait dans toute sa personne, et principalement lorsqu'il parlait de sa position présente et future, une inquiétude » une mobilité, une méfiance, une susc^tibilité extrême, enfin ces bizarreries qui dans la suite furent les causes de ses fautes , de ses injusticee et de ses malheurs.

Dans tout autre rang où ce prince se fiît trouvé placé, il aurait pu faire des beureux et l'être lui-même; mais, pour un tel bomme, le trâne, et surtout celui de Russie, ne devait être qu'un écueil redoutable, sur lequel il ne pouvait monter sans s'attendre à en être bientôt et violemment précipité.

Sujet à l'engouement , U se passionnait pour quelqu'un avec une singulière promptitude, l'abandonnant et l'oubliant ensuite avec une égale Ëicilité- 1/histoire de tous les czars détrônés ou immolés était pour lui une idée fixe et toujours présente à sa pensée. Ce souvenir revenait comme un fantôme qui , l'assiégeant sans cesse , troubkùt les lumières de son esprit et offusquait sa raison.

Avant de commencer le cours de mes négocia-

ou sonvEHiits. 3a i

lions, et n'ayant d'ailleurs pour le moment aucune affaire urgente î* traiter, je m'appliquai exclusivement à connaître les personnages les plus înQuens de la cour, et à étudier les mœurs ainsi que les usages des habitans de cette capitale du Nord, si récemment créée, si peu connue encore par la plupart de mes compatriotes , et dans Jaquelleje me trouvais transplanté pour plusieurs années.

Assez de voyageurs et d'auteurs de dictionnaires ont (lécnt et détaillé les palais , les temples, les nombreux canaux, les ricbes édifices de cette cité, étonnant monument du triomphe remporté par un homme de génie sur la nature.

Tous ont dépeint la beauté de la Neva, la richesse de ses quais de granit, l'imposant coup d'oeil du port de Cronstadt, la triste magniâcence du palais et des jardins de Pétershoff, situés sur les bords de la mer de Finlande, et qui inspirent aux voyageurs une double mélancolie, en les portant à méditer à la fois sur les orages d'une vaste mer remplie d'écueils , et sur ceux qui entourent un despotisme sans limites et un ti>ôi>': "oiAÇfol sans ^IlnHi^^; car, malgré tous les — ...w^. ,,, 'iiTt »* 14" jrtB. là où on ne voit ■'■■ ...i...r i ,r ..^ po.1' vrUter, de

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