‹ Mémoires, souvenirs et anecdotes (volume 3)Chapitre 9 sur 14 · OV SOUVENIRS · texte numérisé non relu

OV SOUVENIRS

B violence; on vient, par ordre tl'un seigneur » puissant, de ro'oiitrager sans sujet, et de me j> faire donner cent coups de fouet.»

« Un tel traitement, lui diS'je, serait inexcu- » sable, quand même une faute grave l'aurait » attiré ; s'il n'a pas de motif comme vous le prv- > tendez, il est inexplicable et tout-à-Êiit invrai- » semblable ; mais qui peut avoir donné un tt.*! ■ ordre?"

u c'est, me répondit le plaignant, son exoel- M leuce M. le comte de' Bruce , gouverneur de la » ville. — Vous êtes fou , repris-je; il est imposw sible qu'un homme aussi estimable , aussi cclui- « ré , aussi géDéralemeiit estimé que l'est M. le • comte de Bruce , se soit permis , à l'égard d'un » Français, une telle violence, à moins que vous » ne l'ayez personnellement attaqué et insulté. »

a Hélas! monsieur, répliqua le plaignant, je » u'ai jamais connu M. le comte de Bruce : je suis M cuisinier; ayant appris que monsieur le gouvcrj* neur en voulait im, je me suis présenté à son ' hôtel; on m'a fait monter dans son appartement. ■)ès qu'on m'a annoncé k son excellence , elle a . ....innitt ^u'on me donnât cent coups de fouet,

;t ^^u^ •'"■ U '^H^unp, a été exécuté. Mon aven- . 'ire pfti'i ' "lîtp» in''»'aiB*>rnl»lflMp •, mais

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» elle n'est que trop réelle , et mes épaules peuu vent au besoin me servir de preuves. »

« Écoutez, lui dis je enfin, si contre toute ap- » parence vous avez dit vrai , j'obtiendrai réparan tion de votre injure, et je ne souffrirai pas qu'on » traite ainsi mes compatriotes que mon devcùr » est de protéger. Mais, songez-y bien, si vous » m'avez fait un conte, je saurai vous faire repen- 11 tir de votre imposture. Portez vous-même au » gouverneur la lettre que je vais lui écrire; un N de mes gens vous accompagnera. »

En effet, j'écrivis sur le-champ au comte de Bruce, pour l'informer de l'étrange dénonciation qui venait de m' être faite. Je lui disais que, bien qu'il me fut impossible d'y ajouter foi, Tobligation de protéger les Français me faisait un devoir de lui demander l'explication d'un fait si singulier, puisque enfin il était possible que quelque agent subalterne eût abusé indignement de son nom pour commettre cet acte de violence. Je le prévenais que j'attendais impatiemment sa réponse, afin de prendre les mesures nécessaire pour punir le plaignant s'il avait menti, et pour lui £ùre rendre une prompte justice, si, contre toute apparence, il avait dit la vérité.

Deux, heures se passèrent sans qu'aucune ré-

ou soovuints. 339

ponse nemeparviotJecoiaraençaisàni'inipatienteri je me disposais à sortir, pour chercher moiinérqe réclaircissement que j'avais demandé, loi-sque je vis soudain reparaîtlv mon homme, qui véritablement |ie smiblait plas le même : son aiiétait cabne, sa bouche riante; la gaité brillait dans ses yeux.

« Eh bien! hli dls-je, m'apportez-vous une ré- » ponse? — Non, monsieur; son excellence va » bientôt vous la faire elle-même; mais je n'ai » plus aucun sujet de me plaindre; je suis con- » tent, très content; tout ceci n'est qu'un qui* 11 pi'oquo : il ne me reste qu'à vous remercier de » vos boutés. »

K Comment! repris-je, estceque lescentcotips » de fouet ne vous restent plus? — Si fait, mon- » sieur, ils restent sur mes épaules, et très bien » gravés; mais, ma foi, on les a parlaitement n pansés, et de manière à me faire prendre mon » parti assez doucement, 'l'out m'a été expliqué ; a voici le fait : M- le comte de Bruce avait pour cui- » sinier un Russe, né dans ses terres ; cet homme, a peu de joursavant mon aventure, avait déserté, ' et, dit-on, volé. Son excellence, en ordonnant - fie courir i sa recherche, s'était proposé de

t lai""» rhâtiftr '\ô< in'ir 'p lui ra"'*''"'rait.

a/jo miImoires

» Or, c'est dans ces circonstances que je me » présentai pour occuper la place vacante. Quand » on ouvrit la porte du cabinet de monsieur le s gouverneur, il était assis à son bureau, très B occupé et me tournant le dos. Le domestique » qui me précédait , dit eu entrant : Monseigneur, yt voilà le cuisinier. A l'instant son excellence, » sans se retourner, répondit : Eh bien , qu'on le B mène dans la cour^ et qu'on lui donne cent » coups de fouet, comme je l'ai ordonné. Âussi- » tôt le domestique referme la porte, me saisit, » m'entraîne et appelle ses camarades , qui sans » pitié, comme je vous l'ai dit, appliquent, sur o le dos d'un pauvre cuisinier français, les coups n destinés à celui du cuisinier' russe déserteur.

» Son excellence , en me plaignant avec bonté, » a bien voulu m'expliquer elle-même cette mé- > prise, et a terminé ses paroles consolantes par » le don de cette grande bourse pleine d'or que o voici. » Je congédiai le pauvre diable, dont je ne pouvais m'empécher de trouver lu juste colère beaucoup trop facilement apaisée.

Tous ces effets, tantôt cruels, tantôt bizarres, et rarement plaisans, d'un pouvoir dont rien n'arrête ou ne suspend au moins l'action, sont le» conséquences inévitables de l'absence de toutes

uu MirvKiriits. a4t

institutions et de toutes garanties. Dans un pays oii Tobéissance est passive , et la remontraDCfi interdite, le prince ou le maître le plus juste et le plus sage doit trembler des suites d'une volonté irréfléchie , ou d'un ordre dénné avec trop de précipitation.

En voici une preuve qui paraîtra peut-être un peu folle; mais c'est un &it que m'ont attesté plusieurs Russes, et qu'un de mes honorables collègues, qui siège aujourd'hui à la chambre des pairs, a souvent eu Russie eiitendu raconter comme moi. Or, notez que ce fait s'est, disait-on, passé soiu le règpe de Catherine 11, qui certes a été et est eucore citée , ' par tous les habitans de sou vaste empire, comme un modèle de raison, de prudence , de douceur et de bonté.

Un étranger très riche j nommé Suderlaud, était-banquier delà cour et naturalisé en Russie; il jouissait, auprès de rin^>ératrice, d'une assez grande- £i'^%uAriUn matin on lui annonce que sa maison est'eniQurée de -gardes, et que le maitra de police demande à lui parler. : ' '

Cet ofiBcier, nommé Reliew j entre avec l'air

consterné:* Monsieur SudeHandj'dit'ii, je tue vois,

» avec un vrai chagrin, cbai^ par ma gracieuse

» souveraine, d'exécuter uu ordre dont la sévérité

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