‹ Mémoires, souvenirs et anecdotes (volume 4)Chapitre 8 sur 46 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

duc d'Orléans, et qui sympathisait à ce titre avec les idées de M"'' de Staël , tout en se rapprochant par sa position sociale des antécédents du prince de Ligne , semblait le point d'intersection entre ces deux intelligences si contrastées , le dieu Terme qui veillait à ce que le domaine de chacune d'elles fût scrupuleusement respecté.

Il serait difficile d'exprimer le plaisir infini que nous donnait ce ravissant spectacle : jamais le prince de Ligne ne fut plus fin , plus coquet , plus ingénieux ; jamais M""® de Staël ne fut aussi brillante ; seulement il y avait en lui une légère, une imperceptible teinte d'ironie qui, sans blesser M™*^ de Staël , lui opposait une sorte de résistance passive qui n'était pas sans attrait pour elle. Quand Corinne s'envolait au septième ciel par une explosion d'inimitable éloquence , le prince de Ligne la ramenait petit à petit dans son salon de Paris. Quand lui , à son tour, se jetait follement dans les causeries parfumées de Versailles ou de Trianon , M"*^ de Staël se hâtait d'indiquer en quelques paroles brèves et énergiques, à la manière de Tacite , l'arrêt de cette société condamnée à périr de ses propresmains. On se trouvait entraîné tantôt vers l'un, tantôt vers l'autre, sans qu'il fût possible de décerner le prix ; personne d'ailleurs ne voulut les mettre d'accord, tant cette lutte était de bon aloi et de bon goût. Empressons-nous de dire que dans ces charmants assauts il n'y avait rien d'apprêté, rien de factice : c'étaient deux natures différentes qui se produisaient sans effort , c'étaient deux habiles jouteurs qui se renvoyaient la balle avec courtoisie , vivacité d'expressions soudaines toujours polies et naturelles, causerie facile , presque négligée, qui allait de l'un à l'autre au hasard , soin extrême d'éviter toutes les aspérités de la parole, bonhomie réciproque, si l'on peut se servir de ce mot , — tel était le trait distinclif de ce feu d'artifice inouï , dont les merveilleuse^ fusées se retracent encore avec délices à ma mémoire.

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