‹ Mémoires, souvenirs et anecdotesChapitre 12 sur 14 · MÉMOIUES · texte numérisé non relu

MÉMOIUES

cieux , et par tout le bien xp'elles nous disaient de nos conip»gnons d'armes dont elles regrettaient sincèrement l'absence , nous résolûmes de leur donner un beau bal e.t un magnifique souper : ce qui n'était pas d'une extrême prudence , car uous n'étions que sept ou huit officiers à dix lieues.de notre armée.

Long-Island, occupée par nos ennemis, était peu éloignée de New-Port; on nous fit observer que les corsaires anglais faisaient de temps à autre des apparitions sur la côte , et , le bruit de notre galante fête s'étant répandu, ils auraient pu nous faire une visite et troubler assez ridiculeiBent notre joyeuse réunion.

Ce danger nous parut peu probable : je fis. venir très lestement quelques soldats-musiciens du régiment de Soissonnais. Desoteux, qui, depuis, eut quelque éclat dans notre révolution comme chef de chouans, sous le nom de Cormartin,se chargea avec Yauban des préparatifs du bal, du souper^ et nous allàujes par toute la viUe porter nos invitations.

Cette petite fête fut une des plus jolies que j*aie vues, parce que les grâces en faisaient romemenf, et la cordialité les honneurs. Mais Poily Leîton ne pouvait y venir, et comment ne pas dire que cette triste réflexion voila quelquefois ma gaité ?

Nous passions des instans trop doux à New-

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Port, pour nous presser de retourner à nos tentes. Ainsi ^ comptant sur l'indulgence de notre générai , nous dépassâmes de quelques jours le congé quil nous avait donné. Mais M. de Kochambeau, connaissant mieux que personne tout le prix de la discipline, nous envoya Tordre précis de rejoindre sans délai nos drapeaux; nous partîmes avec tristesse , et nous nous rendîmes prompteraent au quartier général, qui était alors à Pro- ▼idence.

Providence, qui doit être à présent une grande et populeuse cité, pouvait alors déjà passer pour une jolie petite ville. Elle ne contenait encore que trois mille habitans ; mais tous y jouissaient d'une aisance acquise par de constans travaux et par une active industrie* Elle occupe le milieu d'un vallon qu'arrose la petite rivière de Naraganset , assez large et navigable. Ce nom de Nara^ ganset me rappelle qu'avant d'arriver à Providence, j'avais traversé un village nommé ainsi, ou plutôt ime irrégulière collection de misérables huttes. C'était le dernier débris de la nombreuse tribu sauvage des Naragansets , qui , pendant plusieurs siècles , avait possédé seule cette province.

Partout où les hommes civilisés se montrent, les hommes sauvages disparaissent. Pour ceux-ci la civilisation , loin d'avoir des attraits , est un joug insupportable et dont ils ont horreur.

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