I OO MEMOIRES
réformes, d'améliorations, de liberté, de tolérance et d'une égalité légale^ me ravissait.
Le sort me mit cependant à portée plusieurs fois de voir de très près les principaux personnages et l'intérieur même des coulisses ; mais ce hasard, loin de dissiper mon illusion , y ajoutait; et il était en effet impossible de passer les soirées chez D' Alembert, d'aller à l'hôtel de La Rochefoucauld, chez les amis de Turgot, d'assister au déjeuner de l'abbé Baynal, d'être admis dans la société et dans la famille de M. de Malesherbes, enfin d'approcher de la reine la plus aimable et du roi le plus vertueux , sans croire que nous entrions dans une sorte d'âge d'or ^ dont les siècles précédens ne nous donnaient aucune idée.
Cependant des faits mieux observés, et qui ne tardèrent pas à se multiplier , auraient du dessiller les yeux de spectateurs plus expérimentés, et une suite d'événemens qui se succédèrent avec rapidité ne devaient manifester que trop clairement à nos yeux , d'un côté, l'imminence de la crise qui approchait, la fougue des passions innovatrices qui se propageaient , l'effrayante jalousie qui animait l'ordre plébéien contre les ordres de la noblesse et du clergé, l'irritation de ceux-ci , et y de l'autre côté , la faiblesse des pilotes chargés de nous diriger entre tant d'écueils.
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En effet, déjà par sa faiblesse le ministère de Louis XV avait laissé honteusement partager la Pologne par la Russie, la Prusse et l'Auriche : partage funeste ! car il eut le double inconvénient, i"* de rompre l'équilibre établi par le traité de Westphalie , d'augmenter considérablement la force de trois puissances déjà formidables, tandis que l'Angleterre, d'un autre côté, avait acquis la plus grande prépondérance par la conquête de ilnde : ce qui rabaissait la France au second rang des monarchies, elle qui jusque-là avait occupé le premier ; a*" de substituer le droit de convenance au droit des gens, puisque sans prétexte on avait démembré une puissance inoffensive, et par cette injustice ouvert la porte à la violation de tous les engagemens , de tous les droits et de toutes les propriétés.
La même faiblesse semblait toujours paralyser nos conseils au dedans et au dehors. La Russie , active et constante dans son ambition, envahit bientôt la Crimée. Vainement l'Autriche s'efforça , pour la seconde fois, d'engager la France à opposer une digue à tant d'accroissemens. Vainement l'empereur Joseph, lorsqu'il vint à Paris, redoubla ses instances , et annonça le péril dont la gigantesque grandeur du colosse russe menaçait l'Eu^ rope. L'amour du repos, le désordre des finances et la timidité qui empêchait de les rétablir en