‹ Mémoires, souvenirs et anecdotesChapitre 5 sur 14 · I03 MÉMOIRES · texte numérisé non relu

I03 MÉMOIRES

imposant le clergé , remportèrent sur toute autre considération.

Il en résulta que l'Autriche, ne se trouvant pas en état de lutter seule contre la Russie, changea de système et resserra ses liens avec le cabinet de Pétersbourg : ce qui nous fit perdre en grande partie notre prépondérance en Allemagne , et l'influence que nous étions habitués à exercer sur les puissances des deuxième et troisième ordres, qui jusqu'alors avaient compté sur notre protection.

Pendant ce temps la liberté , assoupie dans le monde civilisé depuis tant de siècles, se réveillait dans un autre hémisphère, et luttait glorieusement contre une antique domination, armée des forces les plus redoutables.

Inutilement l'Angleterre, fière de son pouvoir, de ses nombreuses flottes et de ses richesses, avait soldé et envoyé quarante mille hommes en- Amérique pour étouffer cette liberté dans son berceau. Une nation tout entière qui veut être Ubre est difiicilement vaincue.

Le courage de ces nouveaux républicains leur attirait partout en Europe l'estime, les vœux des amis de la justice et de Thumanité. La jeunesse surtout, par un singulier contraste, élevée au sein des monarchies , dans l'admiration des grands écrivams comme des héros de la Grèce et de Rome,

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portait jusqu'à l'enthousiasme l'intérêt que lui inspirait l'insurrection américaine.

Le gouvernement français, qui désirait l'affaiblissement de la puissance anglaise^ était insensiblement entraîné par cette opinion libérale qui se déclarait avec tant de vivacité. Il donnait même secrètement ou laissait donner, par son commerce, des secours en armes, en munitions et en argent, aux Américains. Mais , par une suite de sa faiblesse, il n'osait se prononcer ouvertement , affectait au contraire en apparence ime impartiale neutralité, et s'aveuglait au point de croire que ses démarches secrètes ne seraient pas devinées , et qu'il pourrait ruiner sa rivale sans courir le danger de se mesurer avec elle. Une telle illusion devait peu durer , et le cabinet anglais était trop clairvoyant pour laisser ainsi recueillir au notre les avantages de la guerre , sans en courir les chances.

Le vèî^ dont on se couvrait devenait de jour en jour plus transparent : bientôt on vit arriver à Paris les députés américains, Sileas Deane et Arthur Lee. Peu de temps après, le célèbre Benjamin Franklin vint les rejoindre. Il serait difficile d'exprimer avec quel empressement, avec quelle faveur furent accueillis en France, au sein d'une vieille monarchie , ces envoyés d'un peuple en insurrection contre son monarque.

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