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Il s'en était peu fallu , quelques jours aupara*' vaut , qu'une mort imprévue ne privât Voltaire ^ (le cet éclatant triomphe: une hémorragie violente l'avait mis en grand danger.
Le clergé, qui n*osait plus le combattre, avait espéré le convertir. D'abord Voltaire céda , reçut l'abbé Gauthier, se confessa et écrivit ime profession de foi qui ne satisfit pas pleinement le» prêtres, et qui mécontenta beaucoup les philosophes.
Échappé au péril, il otiblia ses craintes et sa prudence : quelques semaines après, retombé plus gravement malade, il refusa de voir aucun prêtre, et termina, avec une apparente insensibilité, une si longue vie, agitée par tant de travaux, par. tant d'orages, et nyonnante de tant de gloire.
Ceux qui n'avaient pas eu le pouvoir de s'opposer à son triomphe, lui refusèrent ime place au milieu des tombeaux du peuple parisien. L'im de ses parcns, conseiller au parlement, enleva son corps et le porta rapidement dans l'abbaye de Scellières , où il fut inhumé avant que le curé du lieu eût reçu la défense de lui donner la sépulture, défense qui lui arriva trois heures trop tard. Sans le zèle de cet ami , les restes mortels de Fun de nos plus i;rands hommes, et de celui dont la gloire remplissait le monde, n'aviraient pas obtenu quelques pieds de terre pour les couvrir.
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Malgré tous les efForts du clergé, des magistrats et de l'autorité, qui défendirent pour quelque temps au théâtre de jouer les pièces de Voltaire » et aux journaux de parler de sa mort, Paris fut inondé d'un déluge de vers, de pamphlets et d'épigrammes, seules armes dont l'opinion pût se servir pour venger cet outrage fait à la mémoire d'un homme qui avait illustré sa patrie et son siècle.
De tous ces écrits, celui qui me frappa le plus alors , fut une pièce de vers composée par la marquise de Boufflers, mère de ce chevalier de Boufflers, le Chaulieu et l'Anacréon de notre temps :
Dieu fait bien ce qu'il fait , La Fontaine Ta dit ; Si j'étais cependant l'auteur d'un si grand œuvre , Voltaire eiit conservé ses sens et son esprit; I Je me serais gardé de hriser mon chef-d'œuvre.
Celui que dans Athène eût adoré la Grèce , Que dans Rome à sa table Auguste eut fait asseoir , No<; Césars d'aujonrd*hui n'ont pas voulu le voir , Et monsieur de Beaumont lui refuse une messe.
Oui, vous avez raison, monsieur de Saint-Sulpice : Eh ! pourquoi l'enterrer ? n'est-il pas immortel ? A ce divin génie on peut , sans injustice.
Refuser un tombeau , mais non pas un autel.
Madame de Boufflers, par un de ces vers, en
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parlant des Césars , faisait allusion à Fempereur Joseph II.
Ce monarque était venu Tannée précédente en France, sous le nom de comte de Falkenstein : il avait étonné la cour par la simplicité de ses manières, les philosophes et les savans par son instruction , le peuple par son afiabilité : moins il montrait de morgue, plus on lui trouvait de grandeur et de vraie dignité. Sa popularité faisait^ avec l'étiquette un peu orientale de notre cour, im contraste qui n'échappait pas à l'opinion pu* blique; il se montrait favorable aux opinions nouvelles , autant qu'ennemi des vieilles routines et de la superstition.
En lui le prince disparaissait tellement sous l'apparence d'un sage qui voyage pour recueillir des himières, que les amis ardens de la révolution américaine furent tentés de le croire démocrate comme eux. Une femme , passionnée pour cette cause , le pressa un jour étourdiment de dire son avis sur la lutte établie entre le roi d'Angleterre et les provinces en insurrection : « Madame, ré- » pondit-il un peu sèchement, mon rôle est d'être
» royaliste. »
Ce monarque, dont je pus alors très rarement in'approcher, mais que depuis j'eus l'occasion de voir en Russie fréquemment, offrait en sa personne un mélange assez bizarre d'ambition belliqueuse»
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de prétentions à la philosophie, de penchant pour les innovations et de jalousie pour son autorité. Si nos princes, mal conseillés, risquèrent leur trône en voulant trop résister au torrent de l'esprit du siècle, Joseph, pour avoir voulu le devancer , perdit momentanément une partie de ses États.
Au reste l'empereur, qui s'était fait admirer et chérir à Paris, ne porta pas le même esprit et ne fit pas la même impression dans nos provinces. I^a beauté de nos ports, la force de notre marine, la richesse de nos villes de commerce et l'activité de *f os manufactures excitèrent sa jalousie ; il ne sut pas la dissimuler. Enfin , passant près de Ferney, il dédaigna de voir Voltaire. On blâma également, avec raison , et l'indifférence de la puissance pour le génie , et la faiblesse du grand poète et du philosophe, dont l'amour-propre parut trop sensible à cette légère blessure.
La même année qui nous enleva Voltaire vit aussi périr Rousseau. Ces deux flambeaux s'éteignirent presqu'à la fois, et ils disparurent de la terre au moment où leurs doctrines , mal interprétées par les passions de leurs disciples et de leurs ennemis, allaient ébranler l'Europe jusque dans ses fondemens.
Voltaire avait vu à Paris le célèbre Franklin jouir de son triom|)he. Le vieillard finançais bénit