‹ Mémoires, souvenirs, œuvres et portraits (volume 2)Chapitre 12 sur 154 · DISTRACTION · texte numérisé non relu

DISTRACTION

1792. — Le comle de Lanc;eron, Français d'origine, général au service de Russie, élait l'homme Je plùs disiiail que Ton ailjama's connu. Quelque temps après la prise d'Ismaël , les sentinelles avaient eu la consigne décrier à vingt pas à tout le monde, même à leurs officiers : Qui marche? (c'est le qui -vive russe.) M. de Langeron, toujours levé de grand matin , avait l'habitude de se promener sur les remparts en sifflant; le factionnaire, le voyant arriver, cria comme il en avait l'ordre : Qui marche? M. de Langeron ne répondit pas; alors on lui dit : « Qui » ètes-vous? » 11 réfléchit un moment pour trouver son nom, et comme il ne put en venir à bout, qu'il n'avait qu'une redingote et que rien n'indiquait son grade, on le conduisit au corps-de-garde; h peine y élait-il arrivé, que Suwarow, l'apercevant, lui dit : a Bonjour donc , général Langeron ! — C'est vrai , » dit celui-ci au factionnaire avec le plus grand sang- » froid, je suis le général Langeron ! » Pousser la distraction jusqu'à oublier son nom m'aurait paru une chose incroyable , si le fait ne m'avait pas été raconté par un témoin oculaire.

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