BONAPARTE ET MADAME DE STAËL
1797. — A son retour de Farmée d'Italie, Bonaparte accepta chez M . de Talleyrand , ministre des affaires étrangères du Directoire, une fête à laquelle il avait invité toiy^es les célébrités de l'époque. C'était deux mois après le 18 fructidor j madame de Staél, qui avait provoqué cette journée, et qui savait que Bonaparte avait approuvé la mesure , s'était rendue de bonne heure, chez M. deTalleyrand, dans l'espoir de causer avec le général. Le voyant sans cesse entouré d'admirateurs et de questionneurs, elle paraissait trèscontrariée de ne pouvoir pas lier conversation avec lui , lorsqu'enfm le signal de la danse le laissa un peu plus libre. Elle prend alors le bras d'Arnaull, et lui demande de la présenter au général, o Vous pré- » senler, madame? Vous voulez dire, vous nommer, » cela suffira. » Et, en effet, il la nomma à Bonaparte, et l'enlrelien commença. Madame de Staël épuisa en quelques minutes le vocabulaire de la louange j mais
son interlocuteur ne répondant que par des monosyllabes , elle résolut de le forcer dans ses derniers retranchemens , et espéra s'attirer des complimens , en amenant la conversation sur un autre sujet (i). « Voyons, général , lui dit-elle, quelle est la femme » que TOUS aimez le plus ? — La mienne. — C'est tout » simple; mais quelle est celle que vous estimez le » plus ? — Celle qui sait le mieux s'occuper de son » ménage. — C'est encore très-naturel ; mais enfin y) quelle est pour vous la première des femmes ? — » Celle qui fait le plus d'enfans, madame. ^ Et il se retira , en la laissant au milieu d'un cercle qui riait plus qu'elle de celte boutade.