BONAPARTE ET MADAME TALLIEN
1797. — Madame Tallien m'a raconté que, pendant l'été de 1795, elle avait une maison de campagne à Chaillot , et qu'elle aperçut un jour un homme en redingote d'uniforme qui paraissait accablé de chaleur, et qui s'était assis dans la cour sur un banc de pierre; elle alla alors prévenir Tallien, qui, après l'avoir regardé, s'écria : « Oh ! c'est ce Bonaparte » qui a été destitué par Aubry et qui vient encore
(i) Je n'étais pas à cette fcte ; mais Arnault m'a i-aconté plusieurs fois cette scène comique.
» in'ennuyer pour qu'on lui rende sa place. — Il me » paraît assez jusle, dit madame Tallien , toujours » bonne et obligeante , qu'un militaire tienne à son » emploj,, surtout s'il n'a que cela pour vivre; celui- » là a l'air bien mallieureux, et, en attendant qu'on » puisse faire droit à sa réclamation , il faut venir à » son secours. » Madame Tallien descendit alors, parla à l'officier en non activité et le pria d'accepter une pièce de drap gris , que l'on donnait tous les mois aux députés et qu'on avait apporté la veille à son mari.
Je répète que cette anecdote m'a été racontée par madame Tallien , et je ne la rapporte que pour prouver tous les obstacles que Bonaparte eut à vaincre, et quels pas de géant peut faire le génie.