‹ Mémoires, souvenirs, œuvres et portraits (volume 2)Chapitre 56 sur 154 · RIVAROL ET M · texte numérisé non relu

RIVAROL ET M

1812. — Je rencontre souvent lexhevalierdeP***; c est un homme avec lequel on est charmé de se trouver; sa conversation est très-substantielle; il a Tesprit fin , légèrement railleur, et va beaucoup dans le

iiunde; on le plaisante sans cesse sur le peu de soin (ju'il prend de sa personne : c'est lui qui, allant voir Rivarol à Hambourg, lui demanda la permission de jCter son manteau sur* son lit. « Je le veux bien, dit » Rivarol, mais où jetterai-je mon lit? »

Le même M. de P*** ne se gênait nullement pour tourner en ridicule l'ambition de certains courtisans de Napoléon. Un d'entre eux, qui n'avait pas pu obtenir une préfecture, disait dans un grand cercle qu'il était entré dans les gardes d'honneur, et qu'il regardait celte preuve de dévouement comme un excellent moyen pour fixer l'attention de l'Empereur, a C'est » très-bien, lui dit iM. de P***, vous voilà sûr de » votre fait ; au premier combat que livrera l'armée » française, exposez-vous le plus que vous pourrez, » et vous serez nommé sous-préfet sur le champ de » bataille. »

M. de P*** était très-lié avec le ministre de la marine Decrès, et avec M. l'abbé de Pradt, depuis archevêque de Malines. M. Decrès aimait à briller dans la conversation. Un jour il demanda à M. de P*** lequel il trouvait le plus spirituel de M. de Pradt ou de lui : « Monseigneur, lui répondit M. de P***, je » vous dirai cela quand vous ne serez plus ndinislre. »

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