‹ Mémoires, souvenirs, œuvres et portraits (volume 2)Chapitre 62 sur 154 · LETTRE COMIQUE · texte numérisé non relu

LETTRE COMIQUE

Au commencement de la Restauration, LouisX VIII visitait , dans ses promenades , les villages des environs de Paris ; le maire d'un des plus jolis hameaux de la vallée de Montmorency, regrettant beaucoup de n'avoir pas encore vu le roi, et attribuant detle contrariété à la position topograpbique de son endroit, situé sur un des points les plus élevés ide la vallée, prit le parti d'écrire à Louis XVIII pour le supplier de ne pas priver de sa présence ses fidèles sujets. Voici la lettre textuellement copiée sur l'original :

a Sire,

« Nous savons que Votre Majesté procure souvent » aux populations qui avoisinent la capitale le bon- » heur de lavoir. JNolre petite commune est tout au » plus a quatre lieues de Paris, et cependant nous » n'avons pas encore pu contempler les traits chéris » du meilleur des rois. On a peut-être dit à Votre » Majesté qu'il est difficile d'arriver chez nous? On » vous trompe , Sire : les ânes montent avec la plus » grande facilité. D'après cela , nous espérons vous » voir bientôt , ct^ dans cette attente, j'ai l'honneur » d'être, etc., etc. »

i— io5 — i

Louis XVIII rit aux éclats en lisant celte lettre. Il voulut voir l'excellent maire qui l'avait écrite. 11 ne tarda pas à combler ses vœux , et gravit , sans le secours des ânes , la montagne à pic , habitée par des sujets fidèles et par un administrateur plus dévoué que spirituel.

LES DEUX FILS DE REGiaDE.

1815. — Le général Beauvais, principal rédacteur de l'ouvrage intitulé : Victoires et Conquêtes^ homme de talent et d'esprit, avait reçu du roi la croix de Saint-Louis en 1814, et, quoique fils d\m conventionnel qui avait volé la mort de Louis XVI , il voulut aller au service funèbre célébré à Saint-Denis le 21 janvier 1815, en mémoire du roi martyr. Un de ses amis lui fit observer qu'il avait tort de s'y rendre , qu'il serait dans une fausse position , et comme le général Beauvais insistait pour y aller, son ami lui dit : a Mais enfin , quand tu sei'as dans l'église, où le met- » tras-tu? — Moi, je ne serai pas embarrassé, répon- » dit le général ; je me mettrai dans le banc du duc t> ^'Orléans. »

— io6 —

Page 1