‹ Mémoires, souvenirs, œuvres et portraits (volume 2)Chapitre 64 sur 154 · LA QUOTIDIENNE ET LE DUC DOTRANTE · texte numérisé non relu

LA QUOTIDIENNE ET LE DUC DOTRANTE

1815. — Pendant les Cent -Jours, la santé de M. Michaud ne lui ayant pas permis de quitter Bourgen-Bresse, où il se trouvait, je devins rédacteur en chef de la Quotidienne, M. de Rippert, propriétaire de ce journal, ayant reçu une lettre du duc d'Olranle qui l'invitait à se rendre à l'instant chez lui , il me demanda si je voulais le remplacer ; j'acceptai : a peine élais-je dans le cabinet du ministre , qu'il me pria de prendre communication d'un article qu'il voulait faire insérer dans la Quotidienne, C'était une série d'accusations contre les princes de la maison de Bourbon , et particulièrement contre monseigneur le duc de Berry; je répondis que jamais notre journal ne changerait son drapeau contre celui qu'on nous proposait, « Je ne vous demande pas^ répondit le » duc d'Olrante, de prendre tout-à-coup une grosse » cocarde tricolore^ mais vous pouvez mettre^ me » disait-il en me montrant son petit doigt , aujour- » d'imi un peu ^de bleu, demain un peu de rouge j

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» et vous finirez par cire comme tout le monde,

» — Cela ne se peut pas , répliquai-je, nous vou- » Ions rester ce que nous sommes, et l'article ne pa- » raîtra pas.

» — Prenez garde alors que le journal ne soit snp- » primé.

» — Vous en êtes le maître , vous avez la force en » main ; mais rien ne peut nous obliger de consentir » a une lâcheté.

» — Ainsi vous êtes décidé à ne pas insérer Tar- » ticle?

» — Très-décidé.

» — Ce que vous faites là est d'une mauvaise tête.

» — Ce n'est pas sa tête que l'on consulte en pa- » reil cas, c'est son cœur, et le mien n'hésite pas.

» — Vous pouvez annoncer au propriétaire qu'à » compter de demain la Quotidienne ne paraîtra » plus.

» — Je le lui dirai, mais son parti est pris. Nous » attendrons.*

M. de Rippert, auquel je vins raconter cette scène, me remercia de n'avoir pas cédé. Le journal fut en effet suspendu pendant quelques jours, mais il ne fut pas déshonoré comme il Teût été par l'insertion d'un article qui aiarait été pour nous un parjure.

LETTRE GRAVE A TROPOS d'uXE CHANSON.

1815. — Les royalistes ne coaraienl pas, dans les Cent-Jours, danger de la vie; mais ils elaienl exposés à mille tracasseries et à l'ennui continuel d'un espionnage infatigable. Du '21 mars au G juilîel , j'ai eu constamment un homme attaché h mes pas : ce n'était jamais le même; mais je ne pouvais pas m'y tromper : quand je m'arrêtais il s'arrêtait , il suivait tous mes mouveraens , il était pour ainsi dire l'ombre de mon corps ; quelquefois aussi des agens de police entraient dans mon cabinet , sous le prétexte de voir un appartement à louer : j'ai surtout éprouvé ce désagrément au moment où l'on a répandu dans tout Paris ies couplets : Rendez-nous notre père de Gand. Un certain Méhëe^ rédacteur en chef d'un mauvais journal, me les ayant attribués , la police m'honora d'une surveillance plus active encore, et je fus obligé' d'envoyer aux journaux la lettre suivante; je la reproduis parce qu'elle a été insérée dans quelques recueils avec des falsifications. Je ferai observer que celte lettre a été imprimée le jour où le canon des Invalides annonçait aux Parisiens la victoire de Charlcroy, et où l'on pouvait croire que la cause de Napoléon triompherait.

Paris, IG juin 1815.

« Monsieur le Rédacteur ,' » Un homme qui veut bien me recommander pé-

» riodiquemenl a l'estime publique par ses injures m'a » fait rhonneur de me dénoncer dans le Patriote de » 1789 comme auteur d'une chanson dont le refraiiK » est, dit-il : Rendez-nous hc^rc père de Gand, J'a-« » vais le projet de ne point répondre ; mais comme j'ai » reçu un grand nombre de lettres anonymes plus ou » moins polies , et certaines visites que je ne veux » pas qualifier, je déclare que cette chanson n'est pas » de moi;, si j'avais eu à traiter une question d'une » telle importance , ce n'est pas par un calembourg » que j'aurais exprimé mon opinion sur un prince » auâsi respectable par ses vertus que par ses mal- » heurs.

» Alissan de Chazet. ^

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