‹ Mémoires, souvenirs, œuvres et portraits (volume 2)Chapitre 79 sur 154 · NOBLE DESAVEU · texte numérisé non relu

NOBLE DESAVEU

1834. — Lorsque, pour obéir aux inspirations d sa conscience, on a précipité sa femme et ses enfan d'une position douce et heureuse dans une siluatio pénible, on n'a pour se consoler d'un pareil malhen que la pensée d'un devoir accompli, l'estime de so même et celle des autres : on éprouve alors un senti ment bien douloureux si quelque récit infidèle vou prèle une conduite opposée îi celle que vous avez le nue, et vous reproche les torts dont vous avez S'

ous garantir. Voilà préciséineiil ce qui nVesl arrivé : me personne qui veut bien prendre à moi un véritable intérêt a eu l'obligeance de me prévenir que madame la duchesse d' A branles m'avait représenté dans ses Mémoires comme ayant conservé des places sous Louis-Philippe. N'ayant pas à cette époque l'honneur de connaître celte dame célèbre , je me disposais à lui écrire pour reclifier les faits , lorsque je reçus la visite de celui de nos jeunes auteui's dont le talent, tout à la Fois brillant et naturel , a le plus d'attrait pour moi (M. Alexandre Dumas). Il me trouva soucieux, me demanda la cause de ce te préoccupation, et me proposa avec une extrême obligeance de voir le soir même l'auteur des Mémoires. Il fut exact, car je reçus dès le lendemain la lettre la plus polie de madame la duchesse d'Abranlês : elle me mandait qu'elle avait été trompée, sur ce qui me concernait, par une personne qu'elle devait croire bien informée , et me promettait de léparer tiès-incessamment Terreur involontaire qu'elle avait commise. Elle me tint parole, et, dans le volume suivant, voulut bien me consacrer quelques pages remplies d éloges beaucoup trop flatteurs. Je me rendis aussitôt chez elle pour la remercier de son aimable empiessement. Quand on écrit un si grand nombre de volumes sur tant d objels et de personnages différens, il est impossible de ne pas tomber dans quelque erreur ; mais on s'honore soi-même en la désavouant avec franchise , et c'est

ainsi qu'on prouve à la fois la bonlé de son cœur et la noblesse de son caractère.

Page 1