MADEMOISELLE FELIGIE DE FAUVEAU
1837. — Noble jeune fille à la lête poétique, k l'arae ardente et pure, poussée par un penchant irrésistible dans la carrière où elle brille, elle s'est indignée à la vue de tant d'artistes au talent vénal et sans foi; elle n'a compris les arts qu'avec un but utile, et c'est à la Divinité qu'elle emprunte ces rayons immortels dont elle anime ses ouvrages. Son bénitier, son monument de M. de Bonnechose, élèvent le cœur et exaUent la pensée; le bas-relief de Christine , exposé au salon de 1828, parut remarquable à tel point, que l'auteur fut jugée digne de la grande médaille d'or; c'est en la lui remellant que Charles X prononça ces mots si fins et si gracieux : « Ce n'est pas un encouragement , c'est une récompense. » Sa dernière composition , celle qui fixe en ce moment les regards de tout ce qui sait voir et senlir, est d'un travail admirable. C'est Francesca di Rimini lisant avec Paolo les amours de Lancelot et de la reine Geneviève, et ne pouvant , dans l'ivresse de sa passion , retenir le livre qui s'échappe de ses mains. Rien n'était plus périlleux que le choix d'un pareil sujet, rien n'est plus parfait que l'exécution. Mademoiselle de Fauveau a exprimé en grande arlisle les trois scènes de ce beau drame : la faute, la sentence et le châtiment. La vérité des costumes et la scrupuleuse exactitude des ornemens complètent cette œuvre si belle et si conscien-
cieuse qui mériter ait un prix national , s'il y avait aujourd'hui un gouvernement qui s^occupât des progrès des arls.
A la honte de la France , c'est un étranger qui a demandé à mademoiselle de Fauveau ses nobles inspirations , et qui est devenu possesseur de ce monument , honneur éternel de la sculpture française. M. de Pourtalès , on lui doit cette justice, ne jouit pas en avare de ce trésor, et son obligeance accorde aux vrais connaisseurs le plaisir d'admirer chez lui cet admirable ouvrage , Tun des plus beaux ornemens de sa magnifique galerie. N'est-il pas triste de penser que l'auteur d'un pareil chef-d'œuvre l'a exécuté loin de son pays? C'est à Florence , c'est dans la patrie de Dante qu'elle a conçu, fait et terminé ce beau travail. C'est là qu'un poète a traduit un poêle , et , par un rapprochement plus triste, c'est là qu'une exilée a rendu hommage à un proscril.