DOUTE RESOLU
IMITATION DE CLACDIEN.
Un doute fait flotter mon esprit incertain : J'ignore si d'un Dieu le pouvoir souverain Tient à ses volontés la terre assuj.ettie, Ou si cet univers sans chef, sans harmonie, De l'aveugle hasard suit les bizarres lois ; Si d'un oeil curieux je contemple à la fois
(i) Ces vers ont été faits quelque temps après la mort de Robespierre ; ils o£frent une imitation libre de ce magnifique morceau de Glaudien qui commence ainsi :
Sœpè mihi duhiam traxit sententia mentem Curarent superi terras, an nuUus inesset
Rector et incerto fluerent mortalia casu.
Les pièces du grand tout avec art disposées,
Aux fureurs de la mer les bornes imposées ,
Des siècles et des ans la chute et le retour,
L'instant déterminé de la nuit et du jour ,
Alors sans doute, alors l'incertitude cesse ;
Je reconnais d'un Dieu la suprême sagesse,
Qui, répandant sur nous ses bienfaits précieux ,
Donneaux saisons leurs fruits, leur mouvement aux cieu
Prêle à Tastre des nuits sa splendeur étrangère,
Fait briller le soleil de sa propre lumière ,
Oppose aux flots émus un rivage vainqueur.
Et fait fuir le néant d'un coup-d'œil créateur. |
Mais si je représente à mon ame attendrie '
Le tableau douloureux de ma triste patrie.
Les droits les plus sacrés enfreints ou méconnus ,
Et le crime couvert du masque des vertus,
De la sainte équité brisant le trône auguste ;
Le scélérat gorgé des dépouilles du juste ,
Et ce tyran farouche, insolent dictateur.
Qui , sous le poids impur d'un sceptre usurpateur ,
Courbant un peuple faible abruti par ses crimes ,
Se nourrit de la chair , boit le sang des victimes ;
Sur ce triste horizon si je tourne les yeux,
La douleur me suggère un doute injurieux :
Mon esprit se révolte, et mon cœur qui murmure
Invoque pour venger le monde et la nature
La mort de ce brigand épuisé d'attentats.
Qui prouve en exislantque Dieu n'existe pas.
Mais qu'ai-je dit? O toi, que ce blasphème offense. Pardon , grand Dieu ! Déjà ta suprême puissance D'un regard a brise ce colosse orgueilleux , Qui voulait disputer la foudre au roi des cieux. Son trône écroule tombe : il meurt. .. chacun respire ; Il imprimait l'effroi... c'est l'horreur qu'il inspire , Et son nom seul, naguère en France redouté, Est transmis comme un crime à la postérité. O toi, dont la vengeance a permis son supplice, Poursuis, il en est temps, le cours de ta justice ; Dévoile à tous les yeux ces brigands modérés , Qui, cachant sous des fleurs , leurs poisons ignorés , Usurpent le saint nom des vertus qu'ils profanent , Et pratiquant le mal que leurs écrits condamnent, Par amour pour la paix troublent notre repos, Et par horreur du sang, en font verser des flots ; Mais surtout , ô mon Dieu , d'un peuple trop facile, Daigne éclairer enfin l'ignorance imbécile; Que le long souvenir des maux qu'il a soufferts L'empêche désormais de rentrer dans ses fers ; Qu'il ne transforme plus , bizarre dans ses crimes , Ses ennemis en rois , ses amis en victimes ; Qui! dégage son front du bandeau des erreurs, Et qu'il revienne aux lois par le sentier des mœurs.