‹ Mémoires. Suivis de documents inédits sur les capitaines gascons pendant les guerres de religion et de la généalogie de la maison d'AntrasChapitre 15 sur 38 · SIÈGE DE RABASTENS · texte numérisé non relu

SIÈGE DE RABASTENS

de tout le Royaume de Poulongne d'estre leur Roy, ce que fut promis vivant encore le Roy Charles; et après le siège levé larmée se retira et il s'en ala en court et le dit ambassadeur avec luy là où il fit ses préparatifs pour sen aler en Poulongne (88).

Et quelques iours après se mit en chemin bien accompaigné où il ne demeura long tamps après la mort du Roy Charles son frère ^ parce que comme savez, après son retour il fut Roy de France, et encore durant son règne les guerres civiles ont continué par toute la France avec aussi la continuation de grans desordres qui seroient à les raconter trop longs, masseurant que ceux qui sont encore en vie en porront dire quelque chose et en porter un bon tesmoignage.

[1570] Je ne veux aussy oublier à vous dire que plustost que le siège de la Rouchelle ne fut levé les huguenots de Byarn sestoient emparés de Rabaslens en Bygorre et du chasteau qui estoit bien fort de soy mesmes^ et encore plus avec la dihgense et travailh que Ion y avoit apporté pour le mettre en deffance, relever et nettoyer les fossés en tel estât quils estoient tousjours remplis deaux iusques à la hauteur d'une pique; lequel ayant réparé et rendu en défiance et lougeable, un nommé le capiteine Ladoue (89) y fut commandé pour la garde dudit chasteau, et avec luy une bone trouppe de soldats qui ordineiremant fesoient de ravaiges et desordres par toute la Bygorre et Ueus circonvoisins, de sorte que cella continua un fort long tamps iusques à ce que cella vint aus

a Charles IX mourut à Vincennes le 30 mai 1574, jour de la Pentecôte. Henri III à cette nouvelle abandonna précipitamment le trône de Pologne (18 juin) et arriva le 6 septembre à Lyon.

b D'Antras donne de beaucoup trop vagues renseignements chronologiques quand il se contente de dire : Plustost que le siège de la Rouchelle ne fust levé. La vérité est que Monluc reprit Rabastens aux huguenots bien avant que le siège de La Rochelle ne fut même commencé, c'est-à-dire le 23 juillet 1570. Il reste encore quelques débris des remparts en brique du château de Rabastens (chef-lieu de canton des Hautes-Pyrénées, à 19 kilomètres de Tarbes). Monluc, qui a donné tant de détails sur le siège de Rabastens, assure que c' a estoit ung chasteau le plus fort que feust en la puissance de la royne de Navarre. »

55 SIÈGE DE RABASTEN'S. [1570]

oreilles de Monsieur le mareschal de Monlluc lieutenant de Roy en Guienne, par les plaintes qui luy en furent fêtes de ceulx du pays de Bygorre et autres qui en esloient fort incommodés sur quoy ledit sieur de Montluc voyant ces plaintes se délibéra de laler assiéger après avoir asamblè de belles trouppes de gens de pied et de cheval.

Il arriva donc en Bygorre au dit Rabastens avec quatre canons a quil fit à son arrivée tirer à la muraille de la ville où il fut bientost fet une brèche raisonable laquelle ne fut que fort peu defïandue pour navoir moyen de tenir le tout, la ville et le chasteau, là où ils se retirèrent délibérés dy tenir bon ou de morir, de sorte que le dit sieur de Montluc fit longer le canon dans la ville à la plasse près dudit chasteau lequel il fit cerner que personne ny pouvoit entrer ny sortir et mit de gens de cheval en campaigne pour si les huguenots de Byarn leur viendroient donner secours.

La batterie fut dressée audit lieu pour batre à l'endroit du chasteau que Ion pensoit le plus foible; mais les murailles estant si bones et fortes on ny put du commancemant rien fere et continuant toujours la batterie et les tenant de si près, ils ne pouvoient sen desdire de se randre ou morir de quoy à leur samblant ils navoient envye de fère lun ny lautre.

Et sur ce Monsieur de Montesquiou fils dudit sieur mareschal de Montluc et père de Monsieur le comte de Carmain, et ensamble le viscomte de Labattut (90), mon frère et moy et autres avec eulx nous alames longer contre la murailhe du dit chasteau a cousté droict doù la batterie se faisoit et y ayant demouré une partye du jour pour espérance dy entrer les premiers si la bresche eust esté raisonnable.

Et estant audit heu il fut tiré une harquebusade entre autres qui blessa ledit sieur de Montesquiou près de la bouche b,

a Monluc ajoute à la mention de ces quatre canons celle d' «une grande coulouvrine » et de « deux baslardes. »

b On lit dans les Commentaires (tome m, p. 416) : a Mon fils le capitaine Monluc feust aussi blessé d'une arquebouzade au menton tout auprès de moi et deux soldats tués. »

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