‹ Mémoires. Suivis de documents inédits sur les capitaines gascons pendant les guerres de religion et de la généalogie de la maison d'AntrasChapitre 16 sur 38 · SIÈGE DE RABASTENS · texte numérisé non relu

SIÈGE DE RABASTENS

lequel fut incontinent retiré et pansé et dens peu de tamps bien guery, et continuant ladite batterie on ne peust rien faire de ce iour iusques au lendemain. Gepandant ils se deffandoient bien.

La nuict le canon fut approché et Fendemain la batterie fort furieuse et bicntost après la délibération fut prinse daler à lassant où Ton ala bien avant à la brèche non pas tant quil eust esté besoing par ce qu'il y avoit un endroit où le canon ny pouvoit voir et les assiégés tiroient de là en hors sans cesse qui fut cause que le dit sieur de Montluc fut blessé au visage a , lequel fut aussitôt retiré et à mesme tamps le chasteau prins avec une belle resolution voyant nostre chef fort blessé et le tout fut mis au fil de lespée.

Ce que ayant exécuté avec peu de butin le chasteau fut mieulx rompu et mis hors de defîanse pour ny pouvoir les ennemys plus longer. De quoy le pays de Bygorre et tout le pays voisin desmourarent fort contans et soulagés qui despuys sy estant retirés et un peu reparés (91) ils en furent chassés et le dit chasteau mis par terre et en tel estât qu'il nest possible de le voir iamais reparé quand on voldret y employer tous les moyens de la comté de Bygorre.

Monsieur de Montluc deslougea tout blessé dudit siège de Rabastens avec toutes ses trouppes et artilherie et sen ala longer à Marciac où il demeura trois ou quatre iours ^ à cause de sa blessure et y layssa quelques jours les canons et après print son chemin droict à Agen où il demeura longtamps plustost qu'il ne fut bien guéry (92).

En ce mesme tamps se fesoient de courses dun cousté et d'autre et de Byarn aussy où il y avoit dordinère force gens

a Voir le récit de l'héroique blessé (p. 423). On admire Biaise deMonluc en l'entendant, tout inondé de sang, dire à M. de Goas qui voulait le soutenir : « Laissés moi, je ne tumberay point; suives vostre pointe. »

^ Monluc dit (p. 433) : « Toute ceste brave noblesse print congé de moy, et le lendemain matin, qui feust le troisiesme jour de ma blessure, Monsieur de Leberon, mon nepveu, me fit pourter à Marsiac, qui est à deux grands lieues de Kabastens. »

5^ SIÈGE DE RABASTEXS. [1570]

de pied et de cheval, qui occasionna Monsieur le mareschal de Monluc de quiter sa charge accause de son indisposition et pour ne pouvoir continuer et fere ce qui! eut volu comme devant pour le servisse du Roy et le debvoir de sa charge. A la vérité il fut un tamps en tel estât et si iudisposè que Ion le tenoit pour perdu. Toutesfois il vesquit longs iours après en la plasse duquel sieur mareschal de Monluc fut esleu Monsieur le marquis de Villars lieutenant de Roy en Guienne où il ne fut rien remué en ces iours demourant le tamps fort calme qui ne dura guière.

[1375] Rientost après arriva en ce pays un sieur capiteine Lysier des environs de Montauban (93) avec une trouppe de soldats ou plustost voleurs tenant le party des huguenots, qui se saisit de la ville de Seint-Sever de Rustan a , lequel estant lougé en ce heu il fit si bien qu'il sy accommoda et le fortifia et le mist en assez bon estât que de là en hors fesoit des courses sans contrediction, parce que tous les capitènes ou en partye et aultres galans homes du pays estoient occupés en France ou ailleurs de sorte qu'il eust un temps les coudées franches et presque ne se doubtoit de rien.

[1374] Il pourta de grans incommodités à la ville de Tarbes et de grans ruynes de laquelle il sestoit saisy pour du tout la ruyner qui seroit long à raconter et y eut demouré plus longtamps sans Monsieur de Gramont Antoyne (94) qui Ten fit deslouger avec lassistance dune grant assemblée de noblesse et bone trouppe de harquebusiers quil employa, lesquels il fit arriver au iour assigné; à quoy par ledit sieur de Gramont je fus employé avec quelques uns de mes amys.

Et comme estant lors gouverneur de Marciac je fis venir à

a La petite ville de Saint-Sever-de-Rustan (canton de Rabastens, à 22 kilomètres de Tartes) est bâtie sur la rive gauche de l'Arros, d'où elle tire son nom de Rustan, Arostang. C'est au mois de mars 1573 que Lysier s'en empara et pilla l'abbaye. Celte date est établie par une information du sénéchal de Tarbes faite en 1575 et insérée dans les Essais historiques sur la Bigorre, de M. Davezac-Macaya. L'abbaye de Saint-Sever-de-Rustan fut restaurée par les Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, qui y établirent la réforme.

Page 1