‹ Mémoires. Suivis de documents inédits sur les capitaines gascons pendant les guerres de religion et de la généalogie de la maison d'AntrasChapitre 25 sur 38 · EXPÉDITIONS DU CAPITAINE SUZ · texte numérisé non relu

EXPÉDITIONS DU CAPITAINE SUZ

assiéger quelque trouppe de soldats pycoriens et voleurs qui sestoient lougés à Saint Blancarta fut tué d'une harquebusade, qui fut une grant perte, pour estre un brave gentilhome qui cil eut vescu eut fet fortune. Il fut fort regretté de tous ceux du party et dautres grans et petits et moy particulièrement ie fis une grant perte pour estre un de mes meilleurs amys.

[1590?] 11 faut encore dire quelque chose dun autre entreprinse que fît ledit sieur de Sus avec les Byernois estant lors le sieur de Lau(147) àMarciac^. Il partit de Byarn avec cent ou six vingts chevaux et environ trois cents harquebusiers pour le venir voir, de quoy il ne fut jamais adverty que sur Iheure de son arrivée ou peu près, et comme il passoit à Saint- Justin iestois à Cornac c où lalarme arriva à la veue de forse gens.

Et les voyant passer par le chemin dudit Saint-Justin droit à Marciac je montis à cheval et men allant le long de la Serre d pour voirie chemin quils voloient prandre, je pansis les rencontrer sur le haut, et sans quelques arbres desquels ie me couvris ils mussent apperceu et incontinent chargé croyant quils mussent fet desplezyr, combien que iestois bien monté et non pas armé, car ie nestois plus loing deux que de cent cinquante pas. Et comme ils furent passés je reprins un autre chemin pour aller à la ville de Marciac trouver le dit sieur

a Commune du département du Gers, canton de Masseube. Sur le beau château de Saint-Blancard, qui appartient à M. le marquis de Gontaut-Biron, voir dans la Revue de Gascogne de mai 1867, l'étude publiée par l'un de nous sur V amiral Bertrand d'Ornezan, baron de Saint-Blancard.

1> C'est-à-dire gouverneur de Marciac. U faut donc reporter aux guerres de la Ligue cette expédition du capitaine Suz; 1590-1594. Jacques de Lau, enragé ligueur, était alors gouverneur de Marciac pour la Ligue. (Voir note 147.)

c Le château de Cornac, près Marciac, était l'habitation de d'Antras. I\ étai seigneur de cette terre du chef de sa femme Françoise de La Violette, dame de Cornac. Voyez la généalogie.

d La Serre, vient de l'espagnol sierra, chaîne de montagne. D'Antras suivai la crête des coteaux : a pour voir le chemin qu'ils voloient prandre, je pansis les rencontrer sur le haut. »

82 EXPÉDITIONS DU CAPITAINE SUZ. [l590?]

de Lau qui estoit desja en alarme avec fort peu de gens ayant long tamps devant quil ne sestoit veu si mal accompaigné.

Et après luy avoir dit ce que j'avois veu et descouverl de la dite trouppe, nous alames luy et moy seuls du cousté ou nous pansions quils viendroiont desçandre. Nous voyla les rencontrer hure hure où il ny avoit quun grant chemin entre deux. Cestoit César heutenant dudit sieur de Sus, avec dix ou douze coureurs bien montés et bien armés. A la vérité cils fasçent venus à nous qui estions seuls et désarmés ils nous eussent fet du mal ou nous fère retirer en diligense. Il y eut certains propos entre nous toutesfoys fort courts.

Ils fesoient cepandant desçandre leurs harquebusiers par les vignes et latrouppe à leur queue. Et nous nous retirâmes droict à la porte de la ville où nous ne famés sitost arrivés que les voicy venir en bon ordre, cabalerie et tout, comme cils euscent volu attaquer ou assiéger la ville, jusques à ce quils furent à environ deux cens pas des murailles doii ils firent un grant salve de harquebusades et les gens de cheval en bataille pour voir si personne sortiroit; mais ledit sieur de Lau ne se sautant assez fort pour navoir que fort peu de gens, il ne fit samblant de rien, que cil eut esté adverty de ceste venue, je masçeure quil y eut pourveu pour les voir de plus près.

Il ny eut rien de mort ny de blescé quun cheval près de la porte qui estoit audit sieur de Lau, lequel monsieur de Tourdun (148) montoit ce jour, ny de lautre cousté auscy de la muraille en hors, encore que Ton tiroit incescement et comme ils virent quil ny avoit autre moyen de fere autre chose ils se retirarent par le mesme chemin quils estoient venus.

Vous avez entandu par mes précédons discours comme après la bataille de Moncontour et après le siège de Sent Jean Dangely, il y eut un pourparler de paix qui dura quelque

tamps sans pouvoir réusçir ny venir au point, jusques à la fin, par les longues alées et venues des députés fut conclue et arrestée, durant laquelle paix il se fit une entreprinse à la comté de Foix par les catholiques qui se saisirent de la ville du Caria a, de quoy Ion salarma fort, et mesmes les huguenots qui firent estât de sen revancher.

[1579] Et surtout les Byernois qui firent autre entreprinse sur la ville de Marciac, lesquels après avoir fet une grant assemblée la surprindrent de nuict lorsque Ion ne fesoit poinct de garde, accause de la dite paix, chose qui estoit fort facile et aisée ne trouvant à leur arrivée un qui va là? sur la muraille. Que si Ion eut esté advertis seulement demy heure devant il nestoit pas en leur puisçance dy entrer.

Geste entrée leur fut un sesjour de sept ou huict moys, la où il se fit quelque désordre aux églises ^ , non pas tant que Ion eut pansé, où ils firent bone chère et fere contribuer les environs jusques à ce que ils furent commandés de quitter et d'en sourtir par la diligense de ceulx qui sen employarent, non sans une bone some dargant pour ranson. Le bruit fut après leur sourtie que sils y eussent demouré jusques au len-

» Carla-le-Comte, commune du département de l'Ariège, arrondissement de Pamiers, canton du Fossat, patrie de Pierre Bayle.

b C'est le 22 février 1579 que la ville de Marciac fut surprise. Cette date nous est donnée par l'mventaire des titres de la maison de Lons, rapporté par M. le baron de Cauna dans le tome m de V Armoriai des Landes. Il y est fait mention à Tarticle de Jehan de Lons du titre suivant : « Les seigneurs de Lons et de BegoUe capitaines de la garnison de Marciac, s'étant emparés le 22 février 1579, de ladite ville par escalade, firent un traité avec le syndic d'icelle, le 28 avril suivant, par lequel ils promirent de l'évacuer après l'engagement pris par ledit syndic de leur payer 2,000 écus. » Il faut donc écarter la date de 1578 donnée par d'Aubigné, et adoptée par M. l'abbé Canéto (Revue de Gascogne^ numéro de janvier 1870, p. 39).

M. l'abbé Canéto (Revue de Gascogne de janvier 1870, p. 37) a été trahi par sa mémoire quand il dit, au sujet de la surprise de Marciac parle baron de Lons et par Begole : « Dans ses Mémoires, le chevalier d'Antras, qui s'était réfugié à Saint-Justin, pour maintenir au pouvoir des catholiques cette place voisine, raconte que l'église de Saint-Pierre ne conserva que le porche avec la voûte qui le couronnait. »

demain ils nen fuscent ïieslougés de long tamps, suivant un commandement qui leur arriva pour nen deslouger, qui leur fut un indissible desplesyr, où je croy quils eussent fet une segonde Rouchellela .

Les chefs de ceste exécution et entreprinse estoient les sieurs de Lons (149) et de Bégole (130) et autres des principaux de Byarn qui estoient bien accompaignés. Aussi y avoit il alors plus de gens dexecution que apresant et de bons soldats, et estant lesdits Byernois à Marciac ma retrette fut à Saint Justin avec certains de mes amys, mes frères et autres. Auquel lieu il ne fut rien enlreprins tant que nous y demourames que par quelques escarmouches. Que si nous eussions esté mieulx accompaignés que nous nestions les eussions veus plus souvent, combien quils fesoient bone garde et dans la ville une forte garnison.

Les pauvres babitans de Saint Justin estoient aussi en grant alarme et fesoient bone garde et nous aussy avec eulx pour avoir les ennemys si près. Ils nous fesoient bonne chère et de bon cœur sans rien espargner, comme estant gens de bien et bons amys et voysins, qui sexposoint volontiers atout fère. Auscy les soulagions nous en tout de toute nostre puisçance.

Et après le deslogement des huguenots Byernois de la ville de Marciac, peu de tamps après. Monsieur de Parrabère (loi) avoit fet un beau régiment de gens de pied pour aler trouver le Roy de Nabarre en quelque heu assigné. Et voulant passer par le pays Darmaignac droict à la ville de Sos, Monsieur de Monluc (132) en fut adverty qui fit une belle asçamblee de gentishomes du pays et quelques harquebusiers pour laler attaquer et le combatre, où il nestoit pas, si ce nest les capi-

a La comparaison est quelque peu ambitieuse et fait penser à cette exclamation, qu'un naïf historien du Quercy n'a pas craint de placer dans la bouche de Jules César, s'écriant en face de la ville de Cahors, Divina Cadurcorum : /e vois une autre Rome !

tenes de son régiment qui estoit fort beau et de bons homes.

Et sans le retardemant de demy heure seùlemant il les eut gardés de gaigner les vignes et autres lieux difficiles pour aler gaigner le pont de la dite ville de Sos et le pasçage de la rivière, ce que ne fut possible. Il est vray que aux derniers qui sourtoient des vignes il leur fit une charge luy devant tous, que son cheval luy fut tué et luy par terre qui fut bientost relevé, et le reste furent chargés jusques à ce quils eurent gaigné le pont qui fut leur gaing de cause, parce que la ville et le chasteau tenoient pour eulx qui aussy de la en hors tiroient incesçemant, et accause de quoy Monsieur de Monluc en fut bien marry parce quil desiroit se fère voir en quelque belle occasion sur son commansemant qui navoit encore jamais porté les armes.

A la vérité il n'arresta pour cella de se mesler parmy ces harquebusiers qui le tuarent son cheval, que cils eusçent esté rencontrés plus tost que dentrer ausdites vignes et autres lieux difficiles pour les approcher où il y avoit une belle campaigne, nous nous fusçions bien battus.

Javois Ihoneur destre de la trouppe avec ledit sieur de Monluc pour avoir esté adverty et employé par Monsieur de Campaigne (ioo) qui lavoit prié de men advertir pour me trouver à ce beau festin, qui ne fut pas si bien appresté come nous pansions. Je vous diray bien que ce regimant fit tout ce qui se pouvoit, et grant dihgense pour se retirer devant une si belle trouppe.

Ledit sieur de Parrabère que je vis despuys ce rencontre me demanda ce quil men sembloit. Je luy respondis que je ne luy en pouvois rien dire que tout bien et que les gens de son regimant avoient fet tout ce qui se pouvoit en gens de guerre. Je vous puis asçeurer que ce jour là ledit sieur de Monluc estoit bien accompaigné et dune aussy belle trouppe que iaye veu il y a longtamps pour avoir esté asçamblée in

promptu qui se sépara aussy tost qui fut de retour. Aussy arriva-t-ii en ces jours un bruit de paix sautant de ces paix fourrées que nous avons veu de ce tamps

[Fin de la page 236 du manuscrit original, où se termine ce qui reste de ces Mémoires.]

NOTES DE L'AVERTISSENENT

(1) On peut rapprocher de ceci le passage de V Introduction à la Chronique d'Isaac de Pérès, où M. A. Lesueur de Pérès, ancien conseiller à la Cour d'appel d'Agen, décrit le lamentable état dans lequel on trouva le manuscrit du journal rédigé, à la fin du xvi® siècle et au commencement du xvii®, par un de ses aïeux (Revue de VAgenais, livraison de janvier et février 1879, p. 25). Pour ne pas sortir du sud-ouest, rappelons que le manuscrit original des précieux Mémoires de Jean de Fabas, premier vicomte de C astets-en-Dorthey donnés par M. H. Barckhausen dans le tome i des Publications de la Société des Bibliophiles de Guyenne (Bordeaux, 1868), a été également retrouvé incomplet aux archives du château du Carpia.

(2) M. Curie Seimbres (Monographie du château-fort de Mauvezin, Hautes-Pyrénées, Tarbes, in-8°, 1868), a signalé (p. 39) l'importance de ce qui nous reste des « épaves, » comme il s'exprime de la Vie du pauvre capdet de Gascougne.

(3) Voir sur ce manuscrit, dont une copie se trouve aux archives du séminaire d'Auch, la Préface des Essais historiques sur le Bigorre, par M. A. d'Avezac (Bagnères, in-8o, 1823, t. i, p. x). Notre éminent compatriote, alors âgé de vingt-trois ans seulement, préluda par cet excellent ouvrage aux beaux travaux qui devaient faire de lui un des plus renommés membres de l'Institut, et qui honoreront à jamais sa mémoire.

(4) Paris, imprimerie de Guirandet et Jouaust, 1847, in-8°, notes. M. de Fezensac ne nous fournit malheureusement aucun renseignement sur la source où ont été puisées les citations que nous lui empruntons. On voit seulement par le titre donné, dans son livre, aux fragments des Mémoires reproduits par lui d'après une ancienne copie, que le manuscrit était autrefois conservé au château de Cornac, où, comme nous l'apprend la lettre de M. Clausade, on l'y possédait encore en 1815. D'après Larcher (Glanages,

88 NOTES DE l'avertissement.

t. XVI, p. 302), la Vie d'un pauvre capdet de Gascogne était, au XVIII* siècle, « entre les mains de M. de Gardères, de Marciac. »

(3) A la Bibliothèque nationale (Cabinet des titres), on n'a, dans le dossier d'Antras, qu'une notice d'une insigne maigreur. A la Bibliothèque de la ville de Tarbes (Glanages Larcher), on conserve une généalogie moins insuffisante, mais où, nous osons le dire, les renseignements ne sauraient être comparés, ni pour la précision, ni pour l'abondance, avec les renseignements réunis par celui de nous qui a fait une étude spéciale de l'histoire de la noblesse gasconne.

(6) L'abbé Monlezun (Histoire de la Gascogne, t. vi, 1849, p. 610) regarde le manuscrit des Mémoires de d'Antras comme « d'autant plus précieux, qu'à part Monluc, mort au commencement du règne de Henri III, aucun écrivain ne nous a conservé le récit de ce qui se passa dans le diocèse d'Auch, durant les guerres de rehgion. » Avant que M. le baron A. de Ruble eût si bien publié les œuvres complètes de Biaise de Monluc, M. A Curie Seimbres avait eu l'intention de reproduire les Mémoires de d'Antras à la suite d'une édition des Commentaires. L'idée était des plus heureuses, car les deux écrivains se complètent l'un l'autre sur bien des points en ce qui regarde l'histoire des luttes civiles en Gascogne. On s'étonne de ne trouver pas une seule fois dans les Commentaires le nom du seigneur de Cornac. En revanche, on verra combien de détails les Mémoires de ce dernier nous fournissent, sinon sur Biaise de Monluc, du moins sur plusieurs membres de la famille du grand et glorieux guerrier.

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