DE M. MORELI.ET. XV
soumit M. Morellet , vous ne me pardonneriez pas , Messieurs , d'omettre celles qu'il affronta pour l'intérêt de l'Académie. Du sein de cette illustre compagnie , qui subsistait comme un témoignage vivant de la haute politique du cardinal de Richelieu , et de la magnificence éclairée de Louis XIV , une voix infidèle s'éleva pour en provoquer la ruine. Tout se taisait alors devant l'inquiète passion des nouveautés; M. Morellet seul osa combattre une agression dénaturée ; et comme , dans le cœur de cet écrivain , les affections et les devoirs ne se séparaient jamais , il fut heureusement inspiré. Sa réponse à votre adversaire parut très -remarquable , même à cette époque d'espérance et d'imagination , où se débordaient sur nous tous les flots de l'éloquence.
Bientôt de plus pressans dangers exigèrent un plus grand courage. Quand les émissaires d'un pouvoir destruteur vinrent fermer les portes de l'Académie, M. Morellet, accoutumé à rester le dernier sur la brèche , avait déjà soustrait à leurs regards , et déposé dans sa propre maison vos archives , vos registres et le titre même de votre création. Quoique ce trésor de la science fût sans valeur pour des barbares, il n'est pas douteux que leur jurisprudence n'eût fait suivre de la mort la découverte de ce pieux larcin. Quelle fête ce fut pour ce vieillard, lorsque dix années après , il put rentrer dans l'Académie renaissante , et lui rapporter ses dieux domestiques arrachés au pillage des Vandales ! Combien son cœur fut ému en se retrouvant avec ses anciens confrères, sauvés comme lui du naufrage, pour continuer la dynastie des muses françaises ! C'était Ducis, le poète des douleurs paternelles , qui courba sous le joug les monstres indomptés de Shakspeare; Delille , semant avec la facilité d'Ovide des vers dignes de Virgile; La Harpe,