FÊTE DU COMTE DE BRIENNE, I
; Sua l'air ; Dans le fond d'une écurie.
Dans le plus beau jour du inonde • A Brienne consacré,
Quand son nom est célébré Par vos santés , à la ronde ; Je chanterai de nouveau , Si votre voix me seconde , Je chanterai de nouveau Et Brienne et son chSteau.
"Voyez ce lieu délectable , Où les bons mets, les bons vins, A vos désirs incei tains Offrent un choix agréable.
Comus donna ce projet, Pour placer les dieux a table , Comus donna ce projet Du plus beau temple qu'il ait.
Au salon si je vous mène, Vous admirerez encor, INon pas la pourpre ni l'or Qu'étale une pompe vainc ,
DE MOREIAËT. GtfAP. XIII. 267
Mais une noble grandeur
D'où l'œil s'arracbe avec peine. ^*
Mais une noble grandeur.
Symbole d'un noble cœur.
D'une plus grande richesse Brienne embellit ces lieux :
Objets doux et gracieux , Belle et brillante jeunesse , Pour le cœur et pour les yeux Source d'une double ivresse.
Pour le cœur et pour les yeux Intérêt délicieux.
La , d'un temple de Thalie n a tracé les contours 5 Le ton du monde et des cours A l'art de Baron s'allie 9 Le vice et les préjugés EInfans de notre folie.
Le vice et les préjugés En riant sont corrigés.
Des lieux où la trompe sonne , Je vois sortir à grands flols Chiens et chasseurs et chevaux Que même ardeur aiguillonne j Diane apprête ses ti-aits Comme la fière Bellone , Diane apprête ses traits Pour les monstres des iorêts.
La déesse, bienveillanle Pour ses utiles vassaux, Respecte dans leiu^ travaux La culture diligente ;
Elle garde les bienfaits Que chaque saison enfante , Elle garde les bienfaits De Bacchus et de Cérès.
C'est vainement que l'histoire Vante ces donjons fameux , D'où les maîtres orgueilleux Dominaient leur territoire j Sur ces lieux qu'on admira , On nous en a fait accroire ; Sur ces lieux qu'on admira , Brienne l'emportera.
Trop souvent le brigandage De ces seigneurs châtelains A leurs champêtres voisins Portait la mort et l'outrage j Le maître des mêmes lieux En fait un plus digne usage; Le maître des mêmes lieux N*y veut voir que des heureux.
Ces preux, je veux bien le croire, Parlaient peu , mais buvaient bien; Au lien d'un doux entretien, Ils s'endormaient après boire.
Bacchus , les plus beaux présens , Ceux a qui tu dois ta gloire , Bacchus , tes plus beaux prëscns INe font qu'éveiller nos sens.
Les femmes irréprochables De ces nobles chevaliers , N'en déplaise aux romanciers , Étaient plus sages qu'aimables.
DE MOREXLET, CHAP. XHI. 269
Et dans celles-ci je vois Vertus et dons agréables , Et dans celles-ci je vols Tous les charmes à la fois.
Chez eux la grosse opulence
Effrayait la volupté ,
Jamais leur simplicité
?»e fut que de l'ignorance;
Ici l'on sait réunir
Et le choix et l'abondance ,
Ici l'on sait réunir
Les biens et l'art d'en jouir.
C'est la demeure nouvelle D'une aimable déité, La noble hùspilalité , Dont la faveur nous appelle; Qui, pour verser ses bienfaits ^ A pris l'air d'une mortelle , Qui , pour verser ses bieniâits De Brienne a pris les traits.
Puisque ce séjour abonde En biens , en plaisirs si grands , Revenons-y tous les ans De tout autre lieu du monde; J'y chanterai de nouveau , Si votre voix me seconde.
J'y chanterai de nouveau Et Brienne et son château.
On trouvera plus tard, en contraste avec cette splendeur, la fin tragique de toute cette famille.
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et on pourra se figurer l'impression que j'en conserve encore.
Cependant, au milieu de ces dissipations et de ces fêtes , qui devaient être suivies de tant d'infortunes, je ne perdais pas de vue l'objet principal de mes études et de mes travaux, et je nVoccupais avec une grande assiduité. Je me retirais toujours le soir de bonne heure, suivant l'habitude de toute ma vie; je me levais matin, et je travaillais une moitié de la journée sans sortir de ma chambre , m'abstenant des déjeuners en société , des promenades , des parties de chasse , et autres distractions chaque jour renouvelées.
Je passai de même les mois d'août et de septembre de 1779 à Brienne, au milieu de la société nombreuse qui s'y rassemblait , des bonnes conversations, des plaisirs et des fêtes. J'y faisais^ toujours quelques chansons ; mais je m'occupais encore plus de mes recherches et de mes études favorites.
Je suivis avec une égale assiduité mon travail sur le commerce , pendant tout le cours des années 1779, 80 et 81 , et je continuai de rassembler l'énorme quantité de matériaux qu'on trouvera chez moi sur toutes les questions de l'économie publique. Je me propose de donner, à la fin de ces mémoires, une notice de tout ce que je laisse de papiers, d'articles rédigés ou prêts à l'être, d'ouvrages même presque finis, sur la théorie général*'
du commerce , et d'autres points de gouvernement ou d'administration (i).
Livré à ce travail suivi , mais non contraint; entouré de ma famille; ayant un joli logement, des amis gens de lettres, gens du monde, artistes; souvent de bonne musique chez moi , et toujours une bonne conversation; allant aussi dîner plusieurs fois la semaine chez mes amis; passant régulièrement deux ou trois jours à Auteuil , où j'avais la société de Francklin et toute celle de M*"^ Hclvétius; et durant l'été et l'automne, allant dans la vallée de ]Montmorcncy , à Monligny , chez M. Trudaine , à Brienne , etc. , ces cinq ou six années , et plusieurs des suivantes, se sont écoulées délicieusement pour moi.
Pendant ce temps , j'ai donné parfois des articles au Mercure et au Journal de Paris. A peine ai- je conservé le souvenir de ces petites pièces : je me rappelle cependant les Chenets (2) , plaisanterie contre l'usage des chenets j qui a déterminé plur sieurs personnes à les bannir de leurs foyers ; et un Essai (Tune nouvelle Coniétologie (5) où j'établis que les folies humaines, revenant périodiquement comme les comètes, il est possible de calculer et de déterminer l'époque de leur retour. Dupaty, à
(i) On trouvera cette notice a la fin du second voIu:ne. avec le catalogue de tons les ouvrages inipiiniés. i^i) Mélanges, tome III, page 68.
(5) Mélanges, tome IV, page 258,
qui J'avais donné ce manuscrit , l'avait fait imprimer; il y trouvait quelque chose de ce que les Anglais appellent humour.
Je me rappelle aussi que , vers ce temps-là , j'envoyai au Mercure deux petits papiers écrits avec soin; dans l'un, je relevais un règlement de la police de Paris , bien contraire aux principes d'une bonne administration et à ceux de la liberté civile , par lequel il était défendu aux gens delà campagne de vendre eux-mêmes dans Paris les fruits de leurs jardins à poste fixe et autrement qu'en marchant , et cela , pour maintenir le privilège exclusif des marchandes fruitières de Paris; dans l'autre , J'attaquais , sous le voile d'une ironie assez piquante et bien suivie , un usage sot et cruel établi dans le parc de Monceaux, appartenant au duc d'Orléans, où se trouvait un pont à bascule, qui faisait tomber dans l'eau ceux qui voulaient le passer. Des femmes de ma connaissance y avaient été prises; et l'une d'elles, mademoiselle P***, ramenée chez elle toute trempée , ses vêlemens perdus, frappée d'une grande frayeur, enrhumée, malade, en était demeurée quinze Jours sur sa chaise longue, et avait même couru quelque danger.
Mais ces deux écrits ne purent être imprimés , les rédacteurs du Mercure craignant de se faire des affaires avec la police pour le premier, et avec le duc d'Orléans pour l'autre. 11 est assez étrange que ce grand partisan de l'égalité, ce coryphée de
la révolution , ce zélé patriote^ exerçât alors sur ses concitoyens une petite tyrannie, digne de ce qu'on raconte des anciens seigneurs châtelains, dans les temps où chacun d'eux était despote chez lui, et tyran de ses vassaux.
L'année 1781 a été marquée pour moi par une perte douloureuse qui vint troubler mon repos et mon bonheur, celle de M. Turgot, dont on peut dire comme Tacite le dit d'Agricola : Potestvideri etiam àeatus , incoiuini dignitate , florcnte fa- TJiâ, salvis afflnitatîùus et amicitiis , futura ef-
f agisse Nonvidit eâdem strage tôt consuia-
riuni cœdes y tôt nobilissimarum fœminaruin exilia et fugas , etc.
Je me suis souvent demandé quelles eussent été, dans nos désastres, les idées et la conduite de cet homme incapable de faiblesse et de dissimulation , et dont les intentions étaient toujours droites, et les vues profondes et justes. Eût-il exercé quelque influence sur l'état des affaires et sur les conseils du roi ? Eût-il été dans les mouvemens populaires le »i forte virum quem conspexêre, siient? IN 'eûtil pas été emprisonné , égorgé comme M. de Maîesherbes, son ami? Aurait-il quitté la France? Dieu, en le retirant sitôt de la vie , a voulu f 2utétre récompenser ses vertus.
MORELLET, TOM. I. 2* édït. l8
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