‹ Mémoires; suivis de sa correspondance, avec Le Comte R...;Chapitre 7 sur 46 · DE M. MORELLET. ^U · texte numérisé non relu

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de ses Iravaux. 11 devint le conseil de loul ce que la France possédait d'administrateurs distingués, Trudaine , Gournay , Montaran , Fourqueux et Turgot:«Yous êtes, lui • écrivait Voltaire, le protecteur de Ferney, du com- » merce , de la liberté et de la raison. » En Angleterre , le gouvernement l'eût appelé dans son sein; en France, il resta magistrat de l'opinion. Ministre , il aurait eu des flatteurs; écrivain consulté, il garda son talent et son indépendance, il est permis d'hésiter sur la préférence des deux régimes.

Dans cette enceinte où l'apothéose de Lhospital et de Sully , de Colbert et de d'Aguesseau anima plus d'une fois les fêtes de l'éloquence , je ne crois pas parler une langue étrangère, en arrêtant vos regards sur quelques travaux économiques de M. Morellet; c'est lui qui, par douze années d'elTorls contre de stupides préjugés , obtint à l'industrie française une liberté dont jouissaient les esclaves de l'Inde et de la Perse, et naturalisa parmi Dous la fabrication , aujourd'hui si florissante , des toiles imprimées ; c'est lui qui éclaira les provinces sur la nature des douanes, des entrepôts, et des ports-francs, et prépara l'abolition ' des barrières qui formaient plusieurs France» dans un seul royaume.

C'est lui qui sapa le privilège de la compagnie des Indes, si onéreux à l'état, et si funeste au commerce national. Il pressentit le dangef de substituer à l'utile concurrence des particuliers la rivalité armée des compagnies. Aussi a-t-il pu voir un phénomène inouï dans les annales du monde ; un comptoir de marchands étrangers qui a surpassé les invasions d'Alexandre , de Gengis , et de Tamerlan , et qui , après avoir commencé dans l'Asie tributaire par le monopole de quelques denrées, a fini

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])ar y trafiquer des couronnes et des peuples. C'est lui qui, dans une extrême vieillesse, et dtiputé par la ville de Paris à la channbrc législative , calcula ce que coûterait à l'agriculture , un impôt démesuré sur les fers exotiques, et, poussant les derniers soupirs d'un économiste, tempéra les lois fiscales qui vont ronger jusqu'au soc de la charrue.

Enfin l'on n'a pas oublié l'assaut qu'il soutint dans la discussion sur le commerce des blés contre deux adversaires, dont le parlait contraste amenait sur le même théâlrc ce que la France possédait déplus grave et de plus fantasque ; l'un , M. Necker , déj«j recommandable par son éloge de Colbert , mais apportant sur la matière les préoccupations d'un écrivain né dans une république sans territoire et sans laboureurs ; l'autre , l'abbé Galliani , spirituel et sans bonne foi , jetant une lueur piquante sur les accessoires du problème , et laissant le fond dans l'obscurité. Par leur agrément, leur vogue, et leur inutilité, les dialogues tant célébrés de cet Italien , rappellent ceux de Fontenelle sur la pluralité des mondes; et l'on n'apprendra pas mieux l'administration dans les uns que l'astronomie dans les autres. L'équitable Morellet exposa par une simple analyse les timides erreurs du publiciste gène-' vois; mais il rompit sans ménagement les illusions du Protée napolitain. Son livre fonda les principes du commerce libre dont on ne s'est pas encore impunément écarté.

Dans ces ouvrages d'utilité spéciale , la manière de l'écrivain est forte, serrée, lumineuse; le raisonnement el la raison ne s'y font point la guerre; les propriétés de la langue philosophique y sont bien observées. Avare d'ornemens , elle permet seulement à l'ironie socratique de s'y îûtroduire quelquefois. Mais ce champ ne suffit pas au zèle

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de l'auteur; homme du monde autant qu'homme de lettres, il combat de sa parole comme de sa plume; elTune commente avec abandon ce que l'autre a tracé avec justesse. Au travers de formes un peu rudes, il épanche une âme sensible au bonheur des hommes , passionnée dans leur défense, et persuasive par sa propre conviction. Il remporta dans cette lice un avantage d'une telle importance qu'il semblait réservé à ces anciennes républiques , où le salut de la patrie était le devoir de tous. Montrons la page où l'histoire déposera ce beau souvenir.

L'événement le plus mémorable du siècle dernier fut sans contredit la paix qui donna au Nouveau-Monde un peuple indcpeDdant, et qui, pour la France, répara les erreurs de la paix d'Aix-la- Chapelle , et les aflronts du traité de Paris. La négociation eut un caractère de fran* chise et de philantropie , jusqu'alors inconnu dans les coutumes diplomatiques , et dont la cause doit à jamais honorer M. Morellel. Lié par des rapports intimes avec lord Shelburne ( depuis marquis de Lansdown) , mis récemment à la tîîte du ministère britannique , il avait passé à Londres , et persuadé à son illustre ami que l'intérêt des nations s'accommode mieux d'une bienveillance mutuelle que des petitesses de l'égoïsme. Au moment où il eut signé la paix , le ministre anglais ne cacha point à M. de A'ergennes l'éloquent missionnaire auquel il devait sa conversion. Ce fut en voyant la lettre où le marquis do Lansdown s'avouait si généreusement vaincu parle philosophe français, que le roi récompensa M. Morellet par nne pension de quatre mille francs, sur les fonds des économats , bien étonnés sans doute d'avoir à paver de tels services.

Celui qui a cherché dans les combinaisons politiques lo

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