M. SAINTE-BEUVE
ture; attendez, ce n'est pas tout encore, de lui obtenir une préfecture située dans un département où il lui serait possible, à ce poète sans inspiration , de prendre les eaux pour refaire sa santé, et sans doute aussi pour donner un peu de ton à sa muse énervée. Mais ce diable de Béranger, qui se mêle de tout, selon M. Sainte- Beuve, répond ceci au solliciteur :
« Mon cher monsieur Sainte-Beuve, votre place n'est pas dans les services olBciels de Tadministration , votre place est à l'Institut. »
M. Sainte-Beuve ne fut pas préfet ; il est devenu ce que Béranger avait dit : académicien. C'est sans doute par reconnaissance de cette prédiction que M. Sainte- Beuve, dans un article hargneux de ses Causeries, dénonce le grand conseilleur. Seulement, M. Sainte- Beuve a une telle modestie , qu'il n'ose pas citer cette histoire , qui prouve la bonne opinion que Béranger avait pour le bénin causeur. Certainement que cela nous donne une noble idée du caractère de M. Sainte- Beuve et nous explique ce riche article qu'il fit sur la mort de l'illustre poëte, en réparation du brillant article qu'il commit dans les Causeries du ly/ndi.
Si c'est un grand bonheur pour les petits esprits de découvrir des taches aux belles œuvres^ M. Sainte- Beuve doit être un heureux homme.
M. Louis Blanc avait remporté une foule de prix au collège, dans toutes les académies , dans tous les concours pour les prix de poésie. Il avait quelques raisons conséquemment pour se croire un véritable poëte, sinon un grand poëte. Plein de cette croyance , qui est celle