CONSEILS AUX PAUVRES
^ proche cette exagération qui tend à irriter les esprits » au lieu de les rapprocher. Vous savez, monsieur, ^ que je suis du parti des pauvres, mais je ne veux pas » qu*on leur apprenne à maudire les riches, dont le » prétendu bonheur ne m*a jamais fait envie. Selon » moi, les uns et les autres ont un égal besoin d'être » éclairés : c'est là, monsieur, la mission des hommes 3» qui aiment sincèrement leur patrie comme vous pa- » raissez Taimer.
» Si vous ne pouvez mieux faire pour elle , servez-la » par vos chants, cette chère France, et soyez sûr que » vous aurez un jour ou l'autre le prix de vos efforts. Je * suis la preuve qu'il est de ses enfants qu'elle récom- » pense bien au delà de leur mérite.
» Avec mes remercîments, monsieur, recevez Tassu- » rance de mes sentiments les plus distingués.
» Paris, 25 mai 1850. »
Voilà dans quelle mesure, dans quel esprit de sagesse il offrait les trésors de ses conseils, l'éclat de ses lumières aux jeunes gens qui venaient le visiter. Quelquesuns, comme M. Sainte-Beuve, triste oiseau des nuits,
ont nié le grand jour. Tant pis pour eux, je dis tant pis, car ils donnent aux jeunes gens le détestable exemple de l'ingratitude. Quand le sentiment de la reconnaissance ne lie plus les hommes, les protecteurs deviennent des dupes et les protégés des faillis. Que Dieu me donne à son gré le premier rôle, soit; mais je le supplie à mains jointes de disposer du second en faveur des Sainte-Beuve \
252 Ll COURAGE DIS DÉVOTS
C'est M. Saiote-Beuve qui a commencé l'attaque contre le plus illustre de nos poètes. M. de Pontmartia et les Veuillot, qui ont suivi les Causeries du lundis n*ont été dans cette ignoble campagne contre Béranger que les sergents de M. Sainte-Beuve. Croira- t-on jamais qu'on ait pu écrire ceci à propos du plus noble, du plus courageux» du plus spirituel des hommes : Vil, lâche et bétel
Les dévots ont tant de courage, à défaut de dignité.
Le recueil àe 1833. — Les quatre caractères des chansons de Béranger. Lucien Bonaparte.— Mes chansons, c*est moi.— L'idée de Jacques.
« Méfiez-Yous, disait Béranger à son éditeur, ne tirez pas un trop grand nombre ; il se pourrait que ce recueil n*eût pas de succès. » Bér^ger eut en partie raison. Ses dernières chansons se vendirent, mais elles n'obtinrent qu'un médiocre succès dans le cours des premières années. L'esprit public, dérouté par la grandeur et la nouveauté des idées, ne pouvait se retrouver au milieu de ces cadres sévères, de ces pensées de haute morale, de philosophie chrétienne; on ne le comprenait pas, on le niait. Les refrains joyeux ne s'y retrouvaient plus.