‹ Mémoires sur Béranger: souvenirs, confidences, opinions, anecdotes, lettresChapitre 108 sur 117 · M. PERROTIN · texte numérisé non relu

M. PERROTIN

Iriotes, où elles obtiennent un grand succès. M. Perroiin gagne beaucoup d*argent; mais il est arrêté, jugé et condamné à un an 3e prison et à cinq cents francs d'amende.

« Ce n'est pas le tout d'avoir du génie , me disait un .jour Béranger, il faut encore avoir du bonheur. » M. Perrotin a eu du génie et du bonheur : le bonheur de rencontrer un auteur comme Béranger, qui a été pendant trente-trois ans l'enseigne de son magasin, et du génie , car il est le premier qui nous ait donné les éditions illustrées à cinquante centimes, prix énorme, qui permettait à Fapteur et à l'éditeur de faire une fortune rapide.

M. Perrotin prit les chansons des mains de MM. Bau-

^ douin et Fournier, qui étaient probablement à bout de:

traité. « J'ai choisi Perrotin, me disait Béranger, parce

qu'il était pauvre, ancien soldat et honnête homme. Du

reste, il a pour moi une tendresse toute filiale. )>

En 4834, après la publication des dernières chansons, Béranger vendit à M. Perrotin ses chansom présentes et à venir pour une rente viagère de huit cents francs, réversible sur la tête de mademoiselle Judith Frère.

Béranger était lié plus que par un traité; il Tétait par sa conscience.

M. Perrotin déploya une grande et intelligente activité; il soigna religieusement la réputation de son poëte« tant par la multiplicité des réclames et des articles, que par les beaux dessins et les magnifiques gravures qu'il fit faire par nos meilleurs artistes et paya toujours fort cher. Les plus éloquentes plumes, les plus spirituels dessinateurs, les plus fin« graveurs, étaient par lui couverts d'or. Tous les artistes conviennent que M. Per-

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rotin n'a jamais regardé à Targent, quand il s'agissait de faire quelque chose pour les chansons de son poëte.

Dans maintes circonstances de la vie, H. Perrotin , qui a suivi Béranger à Tours, à Fontainebleau , à Fontenay-sous-Bois, n'a cessé de rendre à son auteur des services que tout Tor du monde ne saurait payer. Enfin M. Perrotin, pour dernier trait, avait porté successivement la pension viagère de huit cents francs à trois mille francs.

H. Perrotin a cent fois supplié son auteur de venir habiter sa propriété de Châtillon.

« Perrotin voudrait me loger dans son château ; ce serait un exil, car alors mes amis n'oseraient pas m'y venir visiter, » disait-il.

Il avait raison, mais cela n'en prouve pas moins l'attachement filial de M. Perrotin. En 1847, Béranger lui adressait la lettre suivante, alors que M. Perrotin dépensait soixante mille francs pour sa grande édition :

* « Il y a douze ans, mon cher Perrotin, que, pensant » à l'oubli où, selon moi, mes chansons devaient tomy> ber promptement, je vous cédai toutes mes chansons, » faites et à faire, pour une modique rente viagère de » huit cents francs. Vous hésitiez à conclure ce marché, » que vous, trouviez désavantageux pour moi. Avec un » autre que vous il l'eût été en effet ; car, en dépit de )> mes prédictions, le public m'ayant conservé toute sa » bienveillance, les éditions se succédèrent rapidement. » De vous-même alors, et à plusieurs reprises, vous » avez augmenté cette rente, que ma signature vous » donnait le droit de laisser à son premier chiffre. Bien x> plus, vous n'avez cessé de me prodiguer les soins dis-

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