‹ Mémoires sur Béranger: souvenirs, confidences, opinions, anecdotes, lettresChapitre 109 sur 117 · LES DERNIÈRES CHANSONS · texte numérisé non relu

LES DERNIÈRES CHANSONS

» pcndieux, les attentions délicates d'un dévouement » que je puis appeler filial.

» La magnifique édition que vous annoncez aujour- » d'hui, sans nécessité pour votre commerce, est en- » core un effet de ce dévouement. C'est une espèce de » glorification artistique que vous voulez donner à mes » vieux refrains ; entreprise que j'ai dû désapprouver, » en considérant ce qu'elle vous causerait de dépenses » et de peines.

» Quelque succès qu'aient déjà obtenu les premières » livraisons de cette édition, illustrée par les dessina- » têur's et les graveurs les plus distingués, commenta- » teurs ingénieux, qui trouvent souvent au texte qu'ils » adoptent plus d'esprit que l'auteur n'en a su mettre; » quelque succès, dis-je, qu'aient obtenu ces livraisons, » je sens qu'il est de mon devoir de vous venir en aide » autant que cela m'est possible.

» Sans avoir la fatuité de croire que je manque à la » promesse faite au public de ne plus l'occuper de moi, » je me décide donc à extraire du manuscrit des chanh sons de ma YieillessCi manuscrit qui vous appartiens » dra à ma mort, sept ou huit chansons, auxquelles » vous pourrez joindre les couplets imprimés le jour du » convoi de mon vieil ami Wilhem. J'ai choisi ces chan- » sons parmi celles qui se rapprochent le plus, par les » sujets et la forme, du genre de celles dont se compo- » sent mes précédents recueils. Ce n'est certes pas un » riche présent que je vous fais; mais, quelles qu'elles » soient, acceptez-les vite, car l'envie de les reprendre » pourrait me venir. Vous savez mieux qu'un autre, » mon cher Perroiin,- combien me coûte aujourd'hui la » moindre publication nouvelle. Aussi, j'espère qu^on

964 MAPOLfiON ET CHARLEHAGNE

» ne verra dans ce chétif larcin fait à mon recueil pos- » thume qu'un témoignage de gratitude donné par le » vieux chansonnier à son fidèle éditeur. J'ajoute que » près de vingt ans de bonne intelligence, entre un » homme de lettres et un libraire, est malheureusement » chose assez rare, depuis l'invention de Timprimerie, » pour que tous les deux nous en soyons également » fiers. En vous offrant la preuve du prix que j'y attache, » mon cher Perrotin, je suis à vous de cœur.

» P. J. DE B^RÂNGER.

> Pany, 10 décembre 1846. >

» P. S. Je regrette de ne pouvoir vous donner une de » mes chansons inédites sur Napoléon : mais je tiens à y> ce que celles-là paraissent toutes ensemble. »

Et à ce propos quelqu'un lui' disait : « Comment! encore des chansons sur l'Empereur?

— C'est singulier, répondait-il, plus je vieillis, plus la pensée de ce grand homme me revient, plus il s'empare de moi. Et il racontait qu'un jour Lucien lisant tout haut un poëme sur Charlemagne qu'il écrivait, « mon frère Lucien, s'écria l'Empereur, ne se doute pas que je suis plus poétique que son Charlemagne; mais nul n'est prophète chez lui. » L'idée qu'il n'était pas compris des siens contrariait vivement Napoléon.

L'Empereur prédisait juste au sujet de Charlemagne et de lui, ajoutait le chansonnier; ce fut juste surtout après Sainte-Hélène, où il purifia sa gloire.

Nous ne dirons rien des chansons nouvelles qui paraîtront bientôt. La curiosité publique n'aurait rien à gagner à l'analyse de quelques sujets dont le grand

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