‹ Mémoires sur Béranger: souvenirs, confidences, opinions, anecdotes, lettresChapitre 110 sur 117 · LE TESTAMENT · texte numérisé non relu

LE TESTAMENT

mérite est surtout dans ce beau style qu'on retrouvera toujours ferme, ample et pur.

Aujourd'hui M. Perrolin, Tancien colporteur, a vingtcinq mille francs de rente. — Et Béranger ? me demande encore la maudite curiosité publique, — Béranger? quand il est mort, il lui restait quatre mille huit cent francs de rente en tout. — Comment, se récrie-t-on, un éditeur a vingt-cinq mille francs de rente, et Bérangerl... Je vous arrête là, ô noble indignation. Si Béranger n*a pas au.moins autant que son éditeur, c'est qu'il n'était point placé au même point de vue. Béranger s'était fait une vie de célébrité et dé peu de besoins, d'abnégation pour lui, de dévouement pour tous; il serait déraisonnable de faire à M. Perrotin le procès d'une fortune légitimement et honorablement acquise. Il se pourrait bien qu'il entrât quelque peu d'envie dans cette appréciation qui tend à trouver extraordinaire la richesse de l'un par rapport à la pauvreté de l'autre.

M. Perrotin a fait beaucoup pour la fortune littéraire de son auteur. •

Béranger lui laisse une valeur de plus de cinquante mille francs. Ne serait-ce pas par hasard l'acquittement de dettes qui auraient pesé à sa fierté? Comme tout le monde, il est bien entendu que je n'avance ici qu'une supposition. Si elle n'est pas des meilleures, au moins en est-ce une.

Du reste, M. Perrotin est dans l'intention de ne rien garder de cette succession, qui l'honore. « Je distribuerai tout, » m'a-t-il dit. Dans ce testament, qui fait de M. Perrotin le seul héritier du poëte, il y a pourtant une recommandation spéciale ainsi conçue :

Dans le cas où mon ami Antier viendrait à perdre sa

266 LA CUAVBRE MORTGAIRB

place^ je prie mon cher Perrotin (Tavoir soin de sa vieil^ lesse. Je cite de mémoire cette pièce justificative, que M. Perrotin me fit lire, pour ainsi dire, devant le lit de de mort de mon illustre maître.

Par cet écrit, Béranger ordonne encore qu'on détruise toutes les lettres, tous les manuscrits et autres papiers qu'on trouvera chez lui à l'heure de sa mort.

« Il y a là une reconnaissance de cinq cents francs, vous la rendrez aux personnes, » a-t-il dit à M. Perrotin quelques jours avant son décès.

Enfin il a complété ses dernières volontés par cette recommandation qu'on a pu lire sur les murs de Paris, le n juillet 1857 :

« Quant à mes obsèques^ si vous le pouvei^ évitez le bruit public, faites-le, je vous en prie^ mon cher Perrotin. J*ai Jiorreur, pour les amis que je perds^ du bruit de la foule et des discours à leur enterretnent. Si le mien peut se faire sam ptiUfliCf ce sera un de m^s vonix accompli. »

Nous avons déjà ditque M. Perrotin était rigide comme une consigne. Si Béranger lui a donné des ordres verbaux pour des dispositions secrètes, il a pu s'endormir tranquille; nous ne saurions faire un meilleur éloge de la probité de l'heureux éditeur.

C'est toutefois par une inspiration spontanée et qu'on ne saurait trop louer, que M. Perrotin a fait enlever de la chambre mortuaire de Béranger tous les objets qui y figuraient, pour recomposer dans sa maison de Châtilion une sorte de fac-similé de la dernière retraite que le poète a habitée sur cette terre.

Jugements et opinions. — Soumet. ^ Balzac. — Les deux Dama^i. ■*- George Sand. — Jules Janin. — Gustave Planche. — Proudhen. — Alfred de Musset. — • Emile Angier. — Ponsard. ~ Lamartine. — Pierre Dupont. — Victor Hugo. — Muses et mutettet. — Décampa. — Eugène Delacroix. — Ary Scheffer. — Paul Delaroche.'— Horace Vemet. — lugres'. — Pradier. — David (d^Angers). >- Rude. — L'arc de triomphe de l'Etoile.

Personne plus que lui n^était attentif au mouvement des arts et des lettres ; il lisait tout, voulait voir tout. 11 jugeait par lui-même si cette France était encore à la tète du monde par son génie littéraire, artistique et dramatique, et quand il rencontrait un homme, n'importe en quel genre, son bonheur était sans égal. Chaque découverte alors était le sujet de ses conversations, il en devenait aussitôt le premier propagateur, caractérisant chaque chose, comme il avait habitude de le faire, d'un trait court, lumineux, mais incisif.

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