‹ Mémoires sur Béranger: souvenirs, confidences, opinions, anecdotes, lettresChapitre 11 sur 117 · S8 PORTRAIT · texte numérisé non relu

S8 PORTRAIT

parce que la réputation est venue me prendre. Mais, mon cher, il y a encore un portrait quelque part où je suis représenté en costume de Jeannot. Vous ne vous imaginez pas combien j'avais alors la physionomie de remploi. »

Et prenant sa vieille amie à témoin : « N'est^il pas vrai, Judith?

— C'est vrai, répondait eii riant mademoîselle Frère, mais pas tant que vobs le dites cependant. »

Béranger étai^ chauve avant trente ans» il avait des yewx gros, saillants et à ffeur de tête; dans Temportement, ces yeu^c, d'un hleu, céleste, charmaient et foudroyaient tout à la fois; son crâne large, élevé, puissant, ses tem,pes solides, droites et dégagées, son nez quelqpQ peu,fhoijiib9nnien, sa tête JTorte et d'une forme (^ 44sçsp^^f 1^ st^tuftiiie , tout en lui décelait une intel- Ugepee,Qù les calculs les plus positifs pouvaient s'unir i^x méditations les plus élevées. Sa bouche était à elle seiule iQute une physionomie ; elle était très-particulièremeût remiirquable : l'ironie mordante et contenue, une certaine sensualité, que tempérait la bonhomie souriante, en faisaient les caractères distinctifs; ses lèvres, charnues au centre, accusaient, aux, extrémités une finesse pleine de malice et de supériorité; quand une pensée railleuse traversait Tesprit de Tiiomme, ce qui n'était pas rare chez lui, sa bouche s'enlr'ouvrait légèrement, uiy des coins se fermait coHM^e.pOMr fuir ou contenir le mot railleur prêt à s'échapper^daas un trait satirique ; on voyait Teffoi t, on devinait le reste. Lamèhnàîè'Wâfôiitàft' bètiùttiiti'cettë'dprèdètotf'aez le poète; il disait alors ':'V:'Bâ^aÂè<S^'àë'itioq(ié dé nous. »

l'ÉLOQUENCR de BÊRANGKn 29

Quand celle bouche, si expressive, s'abandonnailau rire ouvert, toutes les grâces de Fcnfance, naïves, vives et enjouées, voltigeaient sur ses lèvres. II n'était pas rare de voir cette physionomie pétrie d'intelligence, d'une mobilité insaisissable, se charger tour à tour de nuages, d'éclairs» de douleurs et de rayonnementSt selon l'auditoire ou les thèmes qui Tinspiraient. Sa voi\ alors élait profonde, sévère, grave ou tendre. Il rivait naturellement très-belle, sonore. Sa parole, un peu stridente, n'était ni précipitée ni lente, elle était celle de la réflexion. Ce n'était pas la parole tonnante du tribun, c'était la parole intime, celle d^une conversation mesurée et sage : elle n'entraînait pas, elle persuadait. Je le verrai toujours, l'attachant causeur, la tête penchée à gauche» le front méditatif, nous expliquant le passé, cherchant l'avenir dans les profondeurs de' éon regard et de sa haute raison. Quel chaiTne on avait à Tentendre, et les plus grands d'entre les plus grands! Je le vois toujours dans sa robe de chambre bleue, coiffé d'une calolie grecque verte, en pantoufles de tissu brodé, ses longs cheveux blancs, blonds autrefois, sa physionomie pleine, encore colorée, les traits larges et accentués comme ceux du peuple. On eût dit un homme des anciens temps. C'était la noblesse rustique des vieux patriarches jjoirttë à la bonté évangélique des premiers

pères de l'Église.

To)ci le* portrait que nous en fait M^ le vicomte de Chateaubriand: <- > ?

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f Une tête ç^ui^^,, up ajr un peu ,ft^stique mais fin et voluptueux^, oflnpnçç^t. le., poêle. » . . ,

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