STO GEORGE SAND
ce jeune homme les qualités et les défauts qui font les grands dramaturges. Je vois que bien des choses dans ie Demi-Monde sont ménagées, pour ne pas froisser le goût du public, mais il m'a semblé qu'il p(end parti pour le conveniL J'aime un peu de générosité chez les jeunes hommes; il y a tant de gens vertueux pour défendre la morale! » ajoutait-il avec ce demi-sourire qui ordinairement achevait sa pensée.
Il avait pour le .talent de madame Sand une admiration particulière , quand elle ne se lançait pas trop dans les romans d'aventure comme dans Consuelo^ dont la première partie est si belle, et qu'elle a gâté par une surcharge d'intérêt qui ne va pas à sa nature. « Qu*elle nous fasse des Champi^ des Petite Fadette et des Mare au Diable , disait-il , et je la suivrai. Il était plein d'admiration pour cette éloquente nouvelle. C'est là un yéritable chef-d'œuvre de langue. Quelle mesure et quelle simplicité de langage! Je ne m'étonnerais pas que madame Sand n'eût pas une profonde estime pour ce petit poëme. Nous sommes ainsi faits , et c'est un bienfait de la nature, nous passons notre vie à plaider pour nos enfants difTormes, et nous sommes indifférents pour ceux-là que le monde recherche. »
A propos de l'Histoire de ma vie, il disait : « Madame Sand désole ses amis. »
Voici un fait qui a bien aussi sa signification. Après 1830, M. Jules Janin pensait que le rôle du chansonnier était fini ainsi que sa gloire, que le chansonnier allait être oublié, ce qui, dans tous les cas, eût été de l'ingratitude. Le 'spirituel critique exprime sa pensée tant bien que mal dans un article de la Revus de Paris,
Pour la grande édition de 1847, M. Perrotin alla sol-
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liciter une préface à M. Jules Janin pour placer 5 la tête des chansons. M. Jules Janin fit un article char^ manl, en efifet. « Je fus remercier M. Janin, me dit Béranger, un peu en tremblant, car le critique s'imagine toujours, quand on va le remercier, que c'est pour lui demander de nouveaux éloges. »
Quelques jours après sa visite , Béranger reçut deux volumes de M. Janin, les GaietéSy je crois. Le critique désirait beaucoup d'entrer à l'Académie, pour prouver à son beau-père qu'il avait quelque mérite. » M. Huet , disait à ce sujet M. Jules Janin à Béranger, se figure que sa fille a pris un mari dans le ruisseau. « Le fait est que M. Huet disait souvent de son gendre : « Vous verrez qu'il ne sera pas même de l'Académie 1 » M. Jules Janin avait compté ses peines et ses espérances à Béranger, qui répondit : « Quand on a fait vingt ans le métier de critique, on a ameuté bien des colères autour de soi, c'est un mauvais chemin pour y parvenir.» M. Jules Janin avait donc imaginé d'écrire le livre des Gaietés champêtres, « C'est le livre d'un homme, disait Béranger, qui glisse sa carte très-humblement sous la porte pour tenter l'entrée. Tout cela est respectueux, poli» mais ça manque des défauts qui ressorlent quelquefois d'un caractère : rénergie et l'indépendance. »
Du reste, il ne reconnaissait, dans ces derniers temps, qu'un véritable critique , tant pour la solidité du jugement que pour le courage de l'afficher. Cet homme, c'est M. Gustave Planche, que j'ai eu deux ou trois fois l'honneur de rencontrer chez Béranger.
Il achevait les Confessions d'un révolutionnaire, <i Voilà, dit-il, le livre d'un honnête homme, mais rien ne fait plus de tort au bon sens que les bêtises dites à coté. »
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Il paraît qu'il y avait des bêtises dans ces confessions de Proudhon, c'est possible , je ne les ai pas lues, je m'en lave donc les mains.
Il connaissait peu les romanciers de second ordre» les romanciers de fabrique, ou n*en disait que peu de chose.
Venait le tour des poêles. Il avait pour Alfred de Musset une tendresse véritable en ce qui touchait le talent. « Celui-là, disait-il, est un véritable poète rempli de charme , de finesse et de grâce. Je donnerais dix de mes chansons pour avoir fait la Marquise, » Il était loin d'avoir à l'égard de ce pauvre Musset les fureurs lyriques de M. de Lamartine. Sans doute, Bérajiger déplorait la perte de si belles facultés fourvoyées dans les jupes des Phrynés et noyées dans des coupes plus délétères qu'enivrantes ; mais n'était-ce pas là encore un de ces excès dont abonde notre siècle et dont le malheur ou le châtiment est de mourir jeune?
« Musset a donné tout ce qu'il pouvait nous donner, disait-il. On ne va pas loin avec la fantaisie. La fantaisie a des ailes d'or, sans doute; mais son vol a peu d'étendue : le souffle de l'humanité ne l'élève ni ne le soutient. »
De toutes les comédies de M. Emile Augier, l* Aventurière est celle qu'il préférait. « Du reste, disait-il, tout cela c'est de l'eau tiède, de l'esprit, point d'œuvre. » Pour ce qui est de M. de Laprade : des vers bien faits, ennuyeux et sans portée. Il trouvait ridicule que M. le panthéiste Laprade ait mis les Évangiles en vers. « C'est un monument sacré, disait-il, que le temps a respecté; il est au moins inutile d'en badigeonner les portiques. »
Quelqu'un lui parlait de M. Ponsard : « C'est un hon-