LAMARTINE
néte homme, répondit-il, sous un talent médiocre. Sa- Lucrèce est encore ce qu'il a fait de mieux. Ne me parlez pas de VH&nmur et V Argent, comédie sans comédie, commune dans le fond et dans la forme. Je n'ai jamais pu m'expliquer la raison de ce succès. La Bourse est insupportable : pourtant c'est encore ce que nous avons de mieux comme vers au théâtre. »
On vint à parler des Girondins de M. de Lamartine :
« Lamartine ! dit-il, la démocratie lui a une grande obligation : il est le premier écrivain de ce siècle qui a écrit l'histoire de la Révolution avec autre chose que de la boue et du sang. C'est une belle âme qui malheureusement ne saura pas descendre et qui fera encore bien des ingrats. »
Je lui présentai la chanson de la Paix de Pierre Dupont.
« Faites-moi le plaisir de me dire dans quelle langue ceci est écrit? demanda-t-il après avoir lu. En voilà un que la popularité est venue chercher, quoique en vérité il n'eût pas fait grand'chose pour elle. Il était donc son très-humble obligé; il devait au moins, après avoir surpris son amour, travailler à mériter son estime, dans le cas oii l'amour déserterait. La chanson ne vit pas de procédés : elle veut des sentiments nets, francs; la couleur est le contraire de la raison et de la sensibilité, le descriptif ne peut lui aller; elle n'a pas assez de place à donner au cadre. Je suis fâché de n'avoir pas tenu ce garçon-là quelques heures dans ma main, ajoutait-il, j'en aurais fait quelque chose : il est poète, plus poète que moi. »
Ce mot-là, Béranger l'a dit devant moi à Pierre Dupont, rue d'Enfer, où le grand chansonnier demeurait
275 VICTOR iiur.o
Alors. Dupont, dans celte entrevue, qui était la première , a été fort modeste et fort convenable. Les deux poètes s'embrassèrent « Vous êtes jeune, lui dit Déranger ; je vais partir bientôt; je suis bien aise qu'un jeune homme fasse revivre la chanson; on ne vit qu'à la condition qu'on est plusieurs.
— J'espère bien , répondit Dupont , que vous vivrez encore longtemps, que vous nous donnerez le. bon exemple en toute chose. »
Béranger fut très-touché de cette réponse, dont il s*est souvenu.
Que Pierre Dupont médite les critiques paternelles d'un bon vieillard qui lui portait le plus grand intérêt, c'est pour lui que j'écris ces quelques lignes.
On lui parlait souvent de Victor Hugo depuis quelques années ; il aimait à dire que, de toutes ses poésies, ce qu'il préférait c'étaient les dernières, celles toutefois qui ont paru avant les Contemplations.
Je termine là ses jugements sur les poètes, les autres n'étant guère que des imitateurs plus ou moins heureux de ces différents maîtres.
Mais les Muses, me dira-t-on, est-ce que vous ne nous direz rien des Muses? Muses 1 Muses ! ma foi non. En fait de Muses, je ne connais que des musettes, ceci soit dit entre nous et tout bas, car j'en connais une à la voix rauque qui pourrait bien se fâcher tout rouge de la qualification. « Il était réservé au règne galantin du roi Louis-Philippe de renter ces Muses... sottes, quand tant de braves mères de famille mouraient de faim, y> disait Béranger à ce sujet.
Dans l'ordre de la peinture et de la sculpture, il avait aussi ses éloges et ses critiques: en peinture, il admirait