‹ Mémoires sur Béranger: souvenirs, confidences, opinions, anecdotes, lettresChapitre 115 sur 117 · ADIEU · texte numérisé non relu

ADIEU

ravalanche des séduisantes théories, à travers les chemins inextricables où se heurtaient les systèmes, sans te laisser ni séduire, ni égarer par les feux follets qui ont conduit tant d'intelligences dans des abîmes ou des impasses d'où ta raison éclairée voulut en vain les arracher; moi, je ne puis que dire : Adieu, cher maître!

D'autres expliqueront comment, vivant au milieu des illustrations les plus éclatantes en savoir, en noblesse, en fortune, tu voulus constamment rester chansonnier, pauvre, et simple citoyen.

D'autres, t'emportant sur les ailes de leur génie, expliqueront ton âme, ton cœur et ton esprit aux générations étonnées; moi, je ne puis que dire : Adieu, cher maître !

De l'ineptie et du fanatisme les détracteurs sont nés. Les Sainte*Beuve, les Pontmartin et les Veuillot ne mourront pas. Tes bonnes œuvres seront mises sur le compte d'un patient calcul; ton désintéressement s'appellera de l'égoïsme ; ta modestie, orgueil ; ton talent sera nié; tes opinions, conspuées par des interprètes ignorants. Cela sera la souffrance de ceux qui t'ont connu, de ceux qui t'aimèrent. Cette souffrance sera la mienne , mon bon père.

Cependant la voix des vieux proscrits s'est écriée : Béni sois-tu, toi qui nous rends la France dans les brouillards de l'exil! Des milliers de voix s'élèvent du fond des ateliers et des chantiers pour te dire : Béni sois-tu, toi qui as consolé nos infortunes; qui as semé des fleurs sur ks tombeaux de Juillet! toi qui as porté jusqu'au pied du trône nos misères, nos chaînes et nos vœux; et ma voix se mêle à ces voix, ô mon père !

Béni sois-tu, s'écrient à la fois les beaux-arts et les

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