LES CHANSONS LÉGÈRES
sieurs de mes chansons ont dû m'attirer de la part des esprits austères, peu disposés à pardonner quelque chose, môme à un livre qui n'a pas la prétention de servir à Téducalion des demoiselles. Je dirai, sinon comme défense, du moins comme excuse, que ces chansons, folles inspirations de la jeunesse et de ses retours, ont été des compagnes fort utiles données aux graves refrains et aux couplets politiques; sans leur assistance, je suis tenté de croire que ceux-ci auraient bien pu n'aller ni si loin^ ni aussi bas, ni même aussi haut, ce dernier mot dût-il scandaliser les vertus de salon. »
Un éditeur, s'imaginant sans doute que ses gaudrioles entravaient la vente, ou voulant peut-être que le poète passât à la postérité dans le blanc suaire de la virginité , sous les roses blanches de l'innocence , lui proposa de retrancher quelques-unes de ces chansons. A cette ouverture, le poëte irrité répondit : « Vous attendrez au moins, monsieur, que l'oiseau soit mort pour lui arracher les ailes ! »
Reprenons ses idées sur son genre :
« La chanson est en soi un genre très-difficile à traiter : le refrain donne de la force à la pensée, sans doute; mais cette nécessité d'asservir la pensée au refrain en gêne l'élendue et le développement Sainte- Beuve, qui écoute aux portes et prend des notes en sortant, a répété en partie tout ce que j'ai dit là-dessus, attendu que je lui ai souvent communiqué mes remarques à ce sujet. Les quelques obscurités qu'il m'a reprochées, non pas sans raison, tiennent encore à cette