LA RÉVOLUTION DE JUILLET
lait bientôt triompticr. A quoi Béranger songe-t-il? h la république? à Tempire? nullement : il songe à un roi pris plus près du peuple, à un roi bourgeois, enfin, € que nous nommerons , quoique Bourbon , disait M. de Talieyrand. — Non, parce que, » répondit Béranger, faisant entendre par là qu'un roi de cette race ne pourrait se maintenir qu*à la condition de travailler dans le sens de la révolution, et que, dans le cas contraire, il serait facile de le faire déloger.
La débâcle de 4 830 arrive. Les amis du poète entourent le pouvoir nouveau; le chansonnier se retire; tous les honneurs lui sont proposés, il les refuse :
Non, mes amis, non, je ne veux rien être; Semez ailleurs places, titres et croix.
Non, pour les rangs Dieu ne m'a pas fait naître : Oiseau craintif, je fuis la glu des rois.
Cette persistance constante de Béranger à ne rien être, est le résultat d*un calcul profond : sans noblesse, sans fortune, n'ayant d'autre prestige que ses chansons, il* sentait qu'il lui serait difficile de se maintenir au poste élevé qu'on lui laisserait choisir. .. « Je ne serai quelque chose, disait-il, qu'à la condition que je ne serai rien. » Aussi à l'hôtel Laffitte, si vide les premiers jours, alors que tout le monde perdait la tête, tandis que le peuple élevait des barricades et se battait, le poëte tenait contre Torage, rassurait les uns, gourmandait les autres : le chansonnier était devenu soldat. Le 29 juillet 4830, H. Thiers allait déposer aux pieds du duc d'Orléans, en compagnie de M. Mignet, la couronne bosselée du vieux roi en roule pour l'exil. Et quelques jours après, la