MERVEILLES OPÉRÉES PAR NAPOLÉON
AIR : Qui veut savoir l histoire entière.
Voulez-vous voir la France entière Périr de faim et de misère ? Aimez- vous la conscription ?
Allez trouver Napoléon.
Voulez-vous, messieurs et mesdames.
Voir des crimes, des mélodrames.
Se réaliser tout de bon?
Allez trouver Napoléon.
Voulez-vous aux sables d'Egypte Et sur la glace moscovite Voir périr tous vos bataillons?
Allez trouver Napoléon.
Désirez-vous à toute force .
Trouver une bote féroce Friande du sang des Bourbon !
Allez trouver Napoléon.
l'enfant patriote .'k>
Mais du sang et de l'infamie Voulez-vous sauver la patrie?
Mort au tyran l Vive le roi l Dites ce refrain avec moi.
Voilà quelles étaient ces sages pensées élégamment écrites. Les échos de nos cabarets eussent gémi d'en redire de semblables, lant pour le fond que pour la forme.
La propagande réactionnaire était vivement recommandée dans les écoles chrétiennes. Un exemple entre mille pourra nous donner une idée des luttes d'alors.
C'était en 1825, après la guerre d'Espagne, au retour du duc d'Angoulême. Un dimanche, le supérieur de l'école des frères du IV' arrondissement, située alors rue Jean-Lenlier, avait conduit ses écoliers aux vêpres. Tous étaient entassés dans une petite chapelle à droite du chœur. Les chantres et les prêtres, les fidèles et les orgues chantaient. Nous étions au Magnificat. Un jeune garçon, âgé d'environ onze ans et placé au dernier banc, se met tout à coup à fondre en larmes. Le frère supérieur s'en aperçoit, fait signe à l'enfant de s'approcher et lui demande le sujet de son chagrin. L'enfant hésite, le frère insiste.
a Je pleure, répond l'enfant, je pleure Napoléon mort à Sainte-Hélène.
— C*est bien, lui dit le frère ; vous viendrez me parler à la classe au sortir des vêpres.
— Oui, cher frère, » répondit l'enfant. Et il retourna rêver à sa place.
Nous disons rêver, car c'est au souvenir des récits et des lectures qu'il avait entendus dans sa famille, que l'imagination du jeune écolier s'était exaltée , et que sa
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sensibilité, surexcitée par les accents graves des chantres et des orgues, avait déterminé cette émotion si irrésistible et si naïvement poétique. Notre petit patriote ne tarda pas à recevoir la récompense de ses sentiments élevés. Il se rendit à la classe, ainsi que le supérieur le lui avait recommandé. Celui-ci aborda Tenfant d'un front sévère, ferma avec soin les croisées qui donnaient sur la cour et aussi la porte, s*arma d'une férule et dit au petit drôle :
<( Tendez la main !
— Pourquoi donc, cher frère? demanda-t-il.
— Pour ce que vous m'avez dit tantôt à Téglisé, » répondit le frère, rœil éclatant de fureur.
L'enfant refusa d'obéir. Une lutte s'engagea; le jeune gaillard ne manquait pas d'énergie, mais l'homme était grand et fort : il s'empara du bras de Télève, qui ne voulut jamais ouvrir la main. Le supérieur frappa, frappa tant qu'il put sur ce poing fermé. L'enfaut mordait et donnait des coups de pied à cette béte féroce qui lâcha à bout de force; l'enfant essuya ses larmes et rentra chez lui, n'en disant rien à son père qui aurait administré une volée au frère, rien à sa mère qui aurait pleuré.
L'enfant d'alors, c'est l'homme d'aujourd'hui qui écrit ces lignes.
Quelques jours après, ce frère supérieur nous faisait chanter ces couplets de sa façon sur le retour du duc d'Angoulême :
Enfin ïa France fidèle A vu luire l'heureux jour Où des héros le modèle Parmi nous est de retour.
LA LYR^ POPL'LAinn «TT
N*écoutant que sa vaillunce, Il triompbe. Le Français, Trompé par sa resscmblaDce, A dit '. (Vest le Béarnais.
Halle-là !
Le duc d*Angoulêmc esl là !
Cet homme n'était donc pas une Letc, c'était un fanatique.
MM. de Chateaubriand, de Lamartine, Victor Ilugo, tiennent leur lyre plus haut, mais pour défendre la royauté. Mais la gloire populaire attend son chantre , son consolateur, car elle est en deuil ; son défenseur, car elle est traquée; son vengeur, car elle est insultée.
Déranger paraît.
De vieux Français m*0Dt dit : « Grâce à ta muse. Le peuple enfin a des chants pour sa voix.
Ris d'un laurier qu'un parti te refuse, Consacre encor des vers à nos exploits; Chante ce jour, qu'invoquaient les perfides, Ce dernier jour de gloire et de revers. »
J'ai répondu, baissant des yeux humides :
Son nom jamais n'attristera mes vers.
« Périsse enfin le géant des batailles !
Disaient les rois ; peuples, accourez tous I
La liber(^ sonne ses funérailles.
Par vous sauvés, nous régnerons par vous. »
Le géant tombe, et ces nains sans mémoire
A l'esclavage ont voué l'univers.
Des deux cdtés ce jour trompa la gloire.
Ëh quoi ! déjà les hommes d'un autre Age,