‹ Mémoires sur Béranger: souvenirs, confidences, opinions, anecdotes, lettresChapitre 28 sur 117 · BATAILLE GAGNÉE · texte numérisé non relu

BATAILLE GAGNÉE

De ma douleur se demandent l'objet.

Que leur importe, en effet, ce naufrage ?

Sur le torrent leur berceau surnageait.

c( Mon admiration enthousiaste et constante pour le génie de Tempereur, dit Béranger, ce qu'il inspira d'idolâtrie au peuple, qui ne cesse de voir en lui le représentant de régalité victorieuse; cette admiration, cette idolâtrie, qui devaient faire un jour de Napoléon le plus noble objet de mes chants, ne m'aveuglèrent jamais sur le despotisme toujours croissant de l'Empire. En 1 8 1 4, je ne vis dans la chute du colosse que les malheurs d'une patrie que la République m'avait appris à adorer. »

Sur des tombeaux si j'évoque la gloire. Si j'ai prié pour d'illustres soldats, Ai-je à prix d'or, aux pieds de la Victoire, Encouragé le meurtre des États?

Ce n'était point le soleil de l'Empire Qu'à son lever je chantais dans ces lieux.

1830. — La bataille est gagnée, les Bourbons sont en fuite, nos libertés rappelées, la chanson politique jette à peu près ce qui lui reste de flèches. Et l'homme, qui à l'aide des matériaux épars de la révolution, avait reconstruit avec tant de labeur l'édifice social, cet homme reste enseveli dans sa gloire. Et 1830 ne s'en ressouviendra que pour ramener à travers l'Atlantique les restes du vainqueur du monde; et les tireurs d'horoscopes, qui refont l'histoire à cinquante ans de distance, et qui, semblables aux mauvais joueurs, veulent refaire la partie quand elle est perdue, n'ont jamais compris qu'un homme comme Napoléon ne pouvait être qu'un

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événement, apporté, créé par les événenienl?, et que les événements, plus forts que lui, devaient emporter, mais dont la grande existence, à quelque point de vue qu'on se place, ne lassera jamais l'admiration des hommes et de la postérité.

Ici finit le rôle politique de mon maître.

Février 4848. — Les honneurs lui sont encore dévolus et viennent le troubler dans sa solitude. Il m'écrit dans la province où je m'occupe d'élections.

« Voilà bien longtemps, mon cher ami, que je veux » vous écrire, et je n'en trouve pas le temps. Vous ne » vous figurez pas la vie agilce, tourmentée que je mène » avec mes deux commissions, les correspondances élec- » torales, les ovations, les serrements de main, etc.

» Ce qui m'épouvante, c'est la peur qu'on me fait » d'une nomination que je désire tant d'éviter. Je crois » que j'en mourrai d'ennui si je n'en meurs pas de cha- » grin. »

204,900 voix viennent confirmer ses terreurs, qui étaient sincères, puisque le 8 mai 4848 il écrivait h ^Assemblée œnstituante^ présidée par M. Bûchez. Voici le compte rendu de cet incident :

« Le Président. J'ai le regret d'annoncer à l'Assemblée que son président a reçu la démission du citoyen Béranger. (Marques de surprise et de regret.) Voici cette lettre.

« Citoyen président ,

» J'avais cru de mon devoir de prévenir les électeurs

GO PREMIÈRE LETTRR

y> du département de la Seine, en m*excusant sur les » raisons les meilleures, que je ne pourrais accepter D l'honneur de siéger dans TÂssemblée nationale.

» Malgré la reconnaissance profonde que m'inspire le

» nombre de voix qui m'ont appelé à cette assemblée,

» je n'ai pas renoncé à Tidée bien arrêtée d'avance de

» refuser un mandat auquel ne m'ont préparé ni des

• » méditations ni des études suffisamment. sérieuses.

» Ce que je n'ai pas osé faire jusqu'à présent, pour » n'être pas cause d'une convocation nouvelle du corps » électoral, une élection invalidée, qui rend cette con* » vocation inévitable, m'en offre la possibilité, et je » viens, citoyen président, remettre entre vos mains le » mandat qui m'avait été confié, et qui n'en restera pas » moins, à mes yeux, la seule gloire de ma vie.

))Ayez la bonté, citoyen président, d'assurer l'As- » semblée nationale du regret que j'éprouve de ne » pouvoir prendre part à l'œuvre complètement démo- » cratique qu'elle aura l'honneur d'accomplir.

» Faites-lui agréer et agréez vous-même, citoyen pré- » sident, l'hommage de mon respect le plus profond.

» Votre dévoué concitoyen, Béranger. »

» Une voix. Il ne faut pas accepter la démission.

» De toutes parts. Non 1 non I

» Le Président. Il y a des exemples de démissions données et non acceptées. Je consulte l'Assemblée sur la question de savoir si elle accepte la démission du citoyen Béranger. »

L'Assemblée décide à l'unanimité qu'elle n'accepte pas la démission.

DÉMISSION RKFUSÊR 01

Cet hommage éclatant cl*unc Assemblée composée (le tous les systèmes et do tous les partis ne découragea pas celui qui s*étalt juré de n'être jamais rien.

SÉANCE DE l'assemblée NATIONALE DU 15 MAI 1848.

ce Le PaÉsiDENT. Je vais avoir l'honneur de donner lecture à TAssemblée de la lettre que j'ai reçue du citoyen Déranger.

a A M. le président de l* Assemblée nationale.

» Citoyen président,

» Si quelque chose pouvait mettre en oubli mon âge, » ma santé et mon incapacité législative, ce serait la » lettre que vous avez eu l'obligeance de m'écrire, et » par laquelle vous m'annoncez que l'Assemblée nalio- » nale a honoré ma démission d'un refus.

» Mon élection et cet acte des représentants du peuple » seront l'objet de mon éternelle reconnaissance. Par » cela même qu'ils sont un peu trop au-dessus des fai- » blés services que j'ai pu rendre à la liberté, ils prou- » vent combien seront enviables les récompenses réser- » vées désormais à ceux qui, avec de plus grands la- » lents, rendront des services plus réels à notre chère » patrie.

» Heureux d'avoir été l'occasion de cet exemple en- » courageant et convaincu que c'est la seule utilité que » je pouvais avoir encore, citoyen présidcni, je viens de » nouveau supplier à mains jointes rAsscmbléo nalio-

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